Musique classique: un Noël de tous les contrastes

Christophe Huss
Collaboration spéciale
L’Orchestre Métropolitain et Yannick Nézet-Séguin proposeront, à trois reprises les 2 et 3 décembre, le spectacle Des airs de fêtes, projet qui tient très à coeur au chef québécois.
Photo: François Goupil L’Orchestre Métropolitain et Yannick Nézet-Séguin proposeront, à trois reprises les 2 et 3 décembre, le spectacle Des airs de fêtes, projet qui tient très à coeur au chef québécois.

Ce texte fait partie du cahier spécial La culture en cadeau

Concerts à entendre, concerts à offrir, coffrets à thésauriser : l’année 2022 ne déroge pas aux axes traditionnels des cadeaux que l’on peut faire et se faire en musique classique. Si les coffrets offrent beaucoup de contrastes avec l’icône des mélodistes, un chef exalté et le prince des chefs de choeur en têtes d’affiche, les concerts se multiplient pour rattraper deux années sinistrées.

Comment ne pas penser que c’est notre premier Noël sans Boris Brott, lui qui mettait un point d’honneur à nous proposer le « premier Messie des Fêtes » et qui n’est plus là pour honorer cette tradition ? Son Orchestre classique de Montréal proposera son Messie le 13 décembre à la crypte de l’oratoire Saint-Joseph. En succession de Boris Brott, la direction a été confiée à Simon Rivard. Les solistes seront Hélène Brunet, Rose Naggar-Tremblay, Zachary Rioux et Philip Addis.

Les amateurs de l’oeuvre de Haendel se tourneront aussi vers l’Ensemble Caprice et Matthias Maute, le 4 décembre à 14 h à la Maison symphonique de la Place des Arts, avec les solistes Myriam Leblanc, Florence Bourget, Antonio Figueroa et Marc Boucher. Caprice présentera ce concert à Boucherville le 1er décembre, au Palais Montcalm de Québec le 3, à Saint-Lambert le 7, à Saint-Camille le 8 et à Terrebonne le 11.

À la veille du Messie de Caprice, c’est l’Orchestre Métropolitain (OM) qui proposera à trois reprises, les 2 et 3 décembre, avec Yannick Nézet-Séguin, son projet Des airs de fêtes, qui tient très à coeur au chef québécois. Ce sera en effet le premier grand mariage de l’OM et du jazz sous sa direction. Yannick Nézet-Séguin, son orchestre et le Choeur Métropolitain accueilleront Kim Richardson, Mélissa Bédard et le trio jazz montréalais du pianiste Taurey Butler pour présenter les plus beaux airs des Fêtes des répertoires populaire, classique, québécois et américain « drapés dans une cascade de couleurs symphoniques jazzées », nous annonce-t-on.

Bach et la tradition

« On n’est jamais trop classique », disait l’OSM il y a quelques années. Devant la proposition de l’OM, l’Orchestre symphonique de Montréal affiche les 14 et 15 décembre Chantons Noël avec Rafael Payare, un concert d’airs et de chants populaires qui comptera sur la participation du Choeur de l’OSM et des Petits Chanteurs du Mont-Royal. Le public sera invité à se joindre à la fête en entonnant certains chants de Noël.

Plus « classique » encore, la venue du très grand chef argentin Leonardo García Alarcón, pour les Cantates I, II et IV de l’Oratorio de Noël de Bach les 21 et 22 décembre. García Alarcón dirigera l’OSM et son choeur, ainsi que les solistes Marie-Sophie Pollak, Avery Amereau, Laurence Kilsby et Konstantin Krimmel. Ce concert est en quelque sorte un postlude au Festival Bach.

Car le Festival Bach se conclura, le 9 décembre à la Maison symphonique avec Bernard Labadie, Les Violons du Roy, La Chapelle de Québec, sur l’air de Jésus, que ma joie demeure avec trois importantes cantates.

On peut aussi concevoir en postlude au festival la présentation de la Messe en si mineur de Bach que Yannick Nézet-Séguin dirigera le 18 décembre à 15  h  30. Un grand rendez-vous et une manière de préparer Noël d’une façon plus recueillie.

Le recueillement est aussi l’objet du Chemin de Noël que Bernard Labadie organise chaque année le 23 décembre au Palais Montcalm de Québec avec la Chapelle de Québec. Cette édition 2022 prendra un relief tout à fait particulier après une édition 2021 qui, en pleine vague Omicron, avait dû être annulée au dernier moment, alors qu’elle devait être diffusée à la télévision.

Partout et pour tous les goûts

L’Orchestre symphonique de Laval propose Noël baroque le 14 décembre avec des extraits du Messie, la Cantate BWV 57 de Bach et des oeuvres de Vivaldi et de Corelli sous la direction de Vincent de Kort.

La programmation de Noël de la salle Bourgie du Musée des beaux-arts de Montréal comprend, bien sûr, le rendez-vous annuel du Noël de Charlie Brown. Les trois concerts du trio Taurey Butler sont déjà complets, mais la location pour Noël 2023 n’est pas encore ouverte ! Le 11 décembre, à 14 h 30, l’Ensemble Clematis dirigé par Brice Sailly proposera Un oratorio de Noël baroque allemand. Il s’agit d’un oratorio imaginaire qui puise dans des partitions du XVIIe siècle. La programmation de Noël de Bourgie inclut aussi Buzz Cuivres fête Noël !, le 9 décembre, et le concert famille Un monde pour Noël, par Ensemble ALKEMIA, le 4.

Le 18 décembre, à l’église Saint-Georges, l’Ensemble vocal féminin Gaïa, dirigé par Roseline Blain, proposera A Ceremony of Carols de Britten, avec l’excellent Antoine Malette-Chénier à la harpe, alors que Voces Boreales chantera Noël aux chandelles le 20 décembre à 19 h 30 à la chapelle Notre-Dame-de-Bon-Secours.

Parmi les propositions plus « populaires », l’Orchestre symphonique de Longueuil organise, à l’église Saint-Viateur, un concert de Noël avec Marie Michèle Desrosiers, le 3 décembre, et la Maison symphonique présente, du 26 au 31 décembre, Parapapam, affichant Guylaine Tanguay, Roch Voisine et Alexandre Da Costa. Le groupe Lyrico chantera Noël à l’opéra à la salle Wilfried-Pelletier le 4 au soir. La Sinfonia de Lanaudière, sous la direction de Stéphane Laforest, et la chorale Le Choeur des Jeunes de Laval, reprendront le 17 décembre, à la Maison symphonique, Noël symphonique… en famille, un concert des plus grands classiques de Noël avec la famille Hervieux, la famille Choquette et celle de Marie-Ève Janvier. Nathalie Choquette et ses filles précèderont ce rendez-vous par un concert Un vrai Noël en famille ! à la chapelle Notre-Dame-de-Bon-Secours, le 1er décembre à 19 h 30. Quant à La Sinfonia de Lanaudière, elle s’associera avec Tocadéo le 18 décembre à l’Assomption, au théâtre Hector-Charland, pour un concert Un cadeau pour Noël.

Concerts en cadeau

Noël est aussi le moment d’offrir des billets pour des concerts à venir. L’idée majeure pourrait être de faire mieux connaissance avec le nouveau chef de l’OSM. Au vu du début de la saison, cette éblouissante 2e Symphonie de Gustav Mahler de Rafael Payare, puis sa non moins étonnante 10e Symphonie de Chostakovitch, il serait sans doute avisé de prendre des places pour la 5e Symphonie de Mahler, le 9 mars, ou la 3e Symphonie de Mahler entre le 31 mai et le 3 juin prochains. Mais si vous voulez vraiment avoir des frissons inattendus, allez découvrir la Cantata criolla d’Estévez que Rafael Payare nous présentera les 26 et 27 avril. Il y a aussi, les 7 et 8 avril, La création de Haydn avec Bernard Labadie à l’OSM, une oeuvre que l’on a peu entendue ces dernières années.

On ira aussi écouter Madame Butterfly en mai, que l’on soit à Montréal ou à Québec, puisque les institutions des deux villes ont choisi le même opéra pour attirer les foules. Si l’on est à Québec, on ne manquera pas Jean-Guihen Queyras et Alexandre Tharaud, le 28 mars au Club musical. Et Montréal (salle Bourgie) comme Québec (Club musical) accueilleront, en mars, le formidable Ensemble Jupiter de Thomas Dunford, accompagné de la chanteuse Lea Desandre.

Mélodies et Lieder

En matière de coffrets classiques, le nectar de 2022 permet de satisfaire les amateurs de divers genres musicaux.

 

Il est impossible de ne pas évoquer en premier lieu le haut fait de l’édition phonographique québécoise : le coffret de l’intégrale des Mélodies de Jules Massenet. Publié en novembre, il convoque une panoplie d’artistes québécois : Karina Gauvin, Sophie Naubert, Anna-Sophie Neher, Magali Simard-Galdès, Julie Boulianne, Florence Bourget, Marie-Nicole Lemieux, Michèle Losier, Frédéric Antoun, Antoine Bélanger, Antonio Figueroa, Emmanuel Hasler, Joé Lampron-Dandonneau, Éric Laporte, Marc Boucher, Jean-François Lapointe et Hugo Laporte.

On a de Massenet une image de compositeur invariablement « sucré », ce qui n’est pas forcément le cas. Le mérite de l’éditeur Atma est d’avoir édité un beau produit avec un livret très complet et d’avoir astucieusement agencé les disques en faisant bien se succéder les voix. C’est ce qu’on appelle un « jalon discographique » qui fait office de référence durable pour qui s’intéresse à la mélodie française.

Et qui s’intéresse à la mélodie au sens le plus large va être renversé par le coffret publié par Universal en cette fin d’année. On pensait que cela avait été fait depuis longtemps. Eh bien non : Deutsche Grammophon (DG) nous devait bel et bien une boîte Dietrich Fischer-Dieskau. Complete Lieder Recordings on Deutsche Grammophon. Ce coffret de 107 CD est le « gros oeuvre » de DG en cette année 2022 et dépasse forcément ce que Warner (successeur d’EMI) pourra faire un jour pour honorer la mémoire du plus grand chanteur de Lieder de l’histoire. En effet c’est DG qui dispose de son intégrale des Lieder de Schubert ou de Schumann.

On rappellera à cette occasion que Fischer-Dieskau s’est partagé entre plusieurs éditeurs afin de pouvoir réenregistrer à l’envi certains cycles connus. Ce coffret, qui inclut aussi des gravures Philips et Decca, couvre une période d’enregistrements s’étalant sur plus de 50 ans — de 1949 à 2003 —, ce qui permet de suivre l’évolution de cette voix unique et de se souvenir de la curiosité insatiable du chanteur qui nous a fait découvrir tant de répertoires. Fischer-Dieskau est mort il y a 10 ans, mais il est resté la référence incontournable. Ce coffret est un bloc de marbre musical, que ce soit pour Schubert, Schumann, Brahms, Beethoven, Wolf ou Strauss. Il est enrichi par un livret de 240 pages richement illustré.

Beaucoup d’archives

L’autre monument date du milieu de l’année 2022. C’est le coffret Dimitri Mitropoulos. Cette boîte de 69 CD nous permet de nous souvenir et de cerner le style d’un géant de la direction d’orchestre. L’intégrale rassemble pour la première fois, dans une présentation de grand luxe, avec un livre superbement documenté, des documents majoritairement disparus du catalogue de leur éditeur depuis très longtemps et achève historiquement la publication des enregistrements de l’histoire de l’Orchestre philharmonique de New York, puisque Mengelberg, Toscanini, Rodzińsky, Walter, Bernstein, Boulez, Mehta, Masur ont déjà été traités par leurs éditeurs. La redécouverte de ce démiurge de la direction d’orchestre n’est jamais ennuyeuse.

Il faut signaler ici aux amateurs d’enregistrements historiques que, cette année, Sony a publié un coffret complétant sa boîte Ormandy mono de 2021. Il s’agit des enregistrements d’Ormandy réalisés dans son poste précédent, à Minneapolis. Ce coffret est déjà épuisé et en cours de réimpression — nous n’avons pu en prendre connaissance —, mais les enregistrements possèdent un intérêt historique évident.

Chez Warner, le coffret majeur de l’automne est un hommage à Michel Corboz, le grand chef de choeur suisse disparu le 2 septembre 2021. La carrière de Michel Corboz se fond avec l’histoire de l’étiquette Erato, et c’est cette histoire que nous raconte ce coffret de 74 CD. C’est en 1964 que le producteur Michel Garcin signait Corboz et l’Ensemble vocal de Lausanne, trois ans après la création de ce dernier. Corboz fut, dans les années 1970, notamment le grand interprète de Monteverdi. Son Requiem de Fauré, avec un soprano enfant, était celui que tous achetaient. Il a fait découvrir Carissimi, de Lalande et Charpentier, a enregistré Didon et Énée de Purcell avec Teresa Berganza. Certains enregistrements ont pris du poids, mais on ne leur enlèvera pas leur coeur et leur passion.

Les autres coffrets Warner s’inscrivent dans la lignée de la préservation sonore, une préoccupation palpable l’an passé avec le coffret Furtwängler. Le choix, très avisé, de cette année se porte sur Claudio Arrau et Walter Gieseking.

Claudio Arrau. The Complete Warner Classics Recordings est un coffret de 24 CD, ce qui surprend puisque Arrau-EMI est surtout, dans notre mémoire, les deux Concertos de Brahms avec Giulini. Mais c’est toute une palette d’enregistrements de 1921 à 1962 qui précèdent son contrat avec Philips et qui ont été scrupuleusement restaurés et rematricés à partir des bandes originales (pour les enregistrements de l’époque des 33 tours) ou la meilleure source disponible (pour les 78 tours). Quatre premières mondiales y figurent : la Sonate pour piano no30 de Beethoven, une étude de Chopin et deux pièces de Liszt.

Dans le cas de Gieseking, le coffret His Columbia Graphophone Recordings regroupe 48 CD. Même principe : une thésaurisation par un rematriçage aux normes les plus évoluées dans un coffret regroupant l’ensemble du legs de ce grand défenseur de Debussy. C’est bien utile, puisqu’on connaît Gieseking comme un pianiste subtil, ce que la technique monophonique d’alors ne rendait pas forcément. « De nos jours, toute la conception de l’interprétation est trop lourde, trop forte et trop flagrante », déclarait le pianiste. C’est ainsi que Gieseking s’est aussi fait un nom dans Mozart et dans Bach. Ce coffret est enrichi par des premières en CD et des raretés.

Quelques enregistrements récents

À côté de cela, les autres éditeurs ont l’air d’exploiter les fonds de tiroir ! Ainsi, nous avons Sony, avec une boîte consacrée à Lorin Hollander, pianiste américain, un bel artiste (magnifique virtuose) dont RCA a publié 8 CD ; nous avons DG, qui a publié le legs de Carl Seemann ; et Decca, qui regroupe les 58 CD de l’élégante Ingrid Haebler, des enregistrements Philips centrés sur les années 1960. Comme Seemann, Haebler était surtout connue en Allemagne et en Autriche. Seemann était associé à Bach ; l’élégante Haebler, à Mozart et Schubert. Les enregistrements à résonance internationale étaient ceux où Haebler jouait en partenariat avec le lumineux violoniste Henryk Szeryng. Ces trois coffrets sont vraiment pour « happy fews ».

Comme on le voit, l’année 2022 s’adresse principalement aux archivistes. Pour ceux qui apprécient des enregistrements plus récents, on rappellera évidemment le coffret des neuf symphonies de Beethoven enregistré par Yannick Nézet-Séguin avec l’Orchestre de chambre d’Europe pour Deustche Grammophon et paru à l’été 2022.

Il y a aussi une mise en boîte de cette fin d’année, sous le titre La Tarantella e un po’di follie, des enregistrements de L’Arpeggiata et de Christina Pluhar en 6 CD, chez Alpha. Ce n’est pas la première fois qu’Alpha met en boîte les mythiques premiers enregistrements de Christina Pluhar des années 2001-2004. Christina Pluhar a enregistré cinq projets pour Alpha, autant de références, réunies ici : La Villanella, de Kapsberger ; Homo fugit velut umbra, de Landi ; l’essentielle Rappresentatione di Anima, et di Corpo, d’Emilio de’ Cavalieri, et deux projets transversaux qui annonceront sa trajectoire artistique future : La Tarantella et All’ Improvviso.

Évidemment, tout mélomane pourra aussi profiter de l’occasion pour cimenter sa collection des jubilaires de l’année : César Franck et Ralph Vaughan Williams. Une somptueuse anthologie de l’oeuvre d’orgue de Franck vient de paraître chez La Dolce Volta par Michel Bouvard à l’Orgue Cavaillé-Coll de la basilique Saint-Sernin de Toulouse, instrument parfait pour Franck.

Pour Vaughan Williams, il y a l’exhaustive et honorable boîte Warner, qui reprend très majoritairement le coffret déjà édité antérieurement, et parmi les nouveautés, une intégrale des symphonies par Mark Elder qui, hélas, ne vaut aucunement le détour par rapport à Previn ou Slatkin.

Nos coffrets 2022

• MassenetIntégrale des mélodies.
Atma 13 CD ACD 2 2411.

Dietrich Fischer-Dieskau. Complete Lieder Recordings on Deutsche Grammophon.
DG 107 CD 486 2073.

Dimitri Mitropoulos. The Complete RCA and Columbia Album Collection.
RCA 69 CD 19439888252.

Michel Corboz. The Complete Erato Recordings.
Erato 74 CD 9029621746.

Claudio Arrau. The Complete Warner Classics Recordings.
Warner 24 CD 9029624557.

Walter Gieseking. His Columbia Graphophone Recordings.
Warner 48 CD 9029624559.

Beethoven. The Symphonies. Yannick Nézet-Séguin.
DG 5 CD 486 3050.

La Tarantella e un po’di follie. L’Arpeggiata et Christina Pluhar.
Alpha 6 CD 641.

Franck. L’oeuvre d’orgue. Michel Bouvard.
La Dolce Volta 2 CD LDV 113.4.

Ce contenu spécial a été produit par l’équipe des publications spéciales du Devoir, relevant du marketing. La rédaction du Devoir n’y a pas pris part.



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