Laura Anglade et l’ONJ ouvrent le grand livre

La musicienne jazz montréalaise Laura Anglade
Photo: Steve Walsh La musicienne jazz montréalaise Laura Anglade

Laura Anglade a 27 ans. Elle est encore à l’aube de sa carrière, mais depuis quelques mois, tout déboule pour elle, avec la sortie de son deuxième album, Venez donc chez moi, exercice de chanson jazzée enregistré avec le guitariste montréalais Sam Kirmayer. Le charmant album a capté l’attention de Melody Gardot, qui l’a invitée à tourner avec elle ces derniers mois ; Anglade revient à Montréal, où elle a étudié, le temps d’un grand concert avec l’Orchestre national de jazz de Montréal (ONJ) qui aborde l’oeuvre du compositeur Jerome Kern.

« Je n’ai jamais chanté avec un tel orchestre auparavant ! » lance, emballée, Laura Anglade, affirmant du même souffle que chanter avec pour simple accompagnement une guitare « est aussi difficile, parce que davantage dans l’intimité. Mais l’important, c’est de rendre hommage à la chanson, peu importe l’accompagnement », et celle de Jerome Kern mérite ce genre d’hommage.

Considéré comme l’un des plus grands compositeurs de musique populaire et de musique de scène, Kern est l’auteur de plusieurs titres inscrits au Great American Songbook et repris par les grands du jazz, à commencer par Smoke Gets in Your Eyes (1933), The Way You Look Tonight (1936) et A Fine Romance (1936). Un répertoire dont raffole Anglade, qui a eu l’honneur de choisir la liste des oeuvres au programme du concert. « Ça se monte tellement bien avec un orchestre », affirme la musicienne, inspirée par l’album Ella Fitzgerald Sings the Jerome Kern Song Book (1963). « Ses arrangements sont magiques et connus, on se reconnaît dans les airs, les paroles des chansons », dont plusieurs sont écrites par la célèbre librettiste Dorothy Fields.

Peu après notre entrevue, Laura prenait l’avion à destination de l’Angleterre, invitée par le London Jazz Festival à chanter samedi dernier en première partie de Melody Gardot, avec qui elle partage cette affinité pour la chanson jazzée et rassembleuse. « Elle m’a trouvée sur Internet. Le jour où elle a relayé une de mes vidéos sur Instagram, je n’en revenais pas — je l’écoute depuis toujours, toute petite dans la voiture, lorsque mes parents m’amenaient à l’école. Et en plus de ça, elle est adorable, elle m’a donné la chance pour la première fois de faire une tournée internationale ! »

Je n’ai jamais chanté avec un tel orchestre auparavant !

 

Drôle de coïncidence, ces deux musiciennes ont eu une trajectoire similaire, mais à l’envers : l’Américaine Gardot réside aujourd’hui à Paris, la Française Anglade, née à Montpellier, habite aujourd’hui Toronto, après avoir vécu aux États-Unis, puis à Montréal. « J’ai grandi dans le Connecticut et je suis partie à Montréal faire mes études en traduction, raconte-t-elle. C’est ainsi que j’ai commencé à fréquenter les jam sessions et à connaître les musiciens de la scène jazz. » Après sept ans chez nous, cap sur Toronto, où elle poursuit sa carrière — dans les deux langues, un peu comme le fait Gardot.

« Je tiens à exprimer ces identités, ce sont les deux mondes qui m’ont façonnée, et entre l’anglais et le français, je fais beaucoup de parallèles », dit la musicienne.

À voir en vidéo