M pour Montréal prend la température de la scène musicale

Étienne Barry, Alexis Roberge et Sébastien Paquin, du groupe Barry Paquin Roberge
Photo: Valérian Mazataud Le Devoir Étienne Barry, Alexis Roberge et Sébastien Paquin, du groupe Barry Paquin Roberge

Tout le monde est le bienvenu à M pour Montréal, mais l’auditoire visé par l’événement a toujours été celui des professionnels de l’Europe et des États-Unis, invités à découvrir le talent d’ici. C’est sa mission : faire venir les décideurs du milieu musical — près de 300 cette année — et les convaincre de travailler avec les artistes mis en vitrine.

Ce sera encore plus vrai vendredi soir, alors que l’organisation prive le grand public de son concert extérieur « 100 % gratuit », Le Show-Frette, déplacé dans trois bars différents réservés aux professionnels accrédités en raison de la récente bordée de neige. Huit artistes devaient défiler sur deux scènes aménagées sous le viaduc Van Horne.

Cette dizaine de centimètres de neige a l’effet d’une tuile tombée sur la tête de l’organisation de M pour Montréal, qui n’a pas réussi à trouver une salle assez grande pour accueillir à la fois les artistes annoncés, les professionnels ainsi que le public. Une situation regrettable qui, incidemment, illustre le climat régnant ces jours-ci au sein de l’industrie du spectacle musical, refroidie par les conditions économiques.

« Remplir un Club Soda, c’est difficile »

Cofondateur de Costume Records et membre du groupe Barry Paquin Roberge, qui était à l’affiche du Show-Frette, Sébastien Paquin rentre tout juste de Berlin, où il accompagnait Flore Laurentienne (le compositeur Mathieu David Gagnon) à titre d’agent. « On a fait quatre concerts en Allemagne, ce qui est peu, précise-t-il. Normalement, lorsqu’on tourne, on essaie de faire au moins une dizaine de dates. On a eu un peu de difficulté à organiser nos quatre shows — c’était le fun, les salles étaient pleines, mais financièrement, ça nous a mis de la pression » en raison de cachets moins élevés et de coûts de production qui augmentent avec l’inflation.

Les spectacles dans les bars, ainsi que les grandes productions dans les arénas, comme la tournée de Blink-182, s’en tirent bien, mais tout ce qui existe entre les deux en arrache

 

Au moment prévu de notre conversation, Sébastien Paquin terminait tout juste une réunion avec un tourneur américain invité par M pour Montréal en prévision de la prochaine tournée de Barry Paquin Roberge. Dans les conférences organisées par l’événement, les difficultés du spectacle musical alimentent les conversations de coulisses, confirme Paquin.

« Le contexte actuel est délicat, reconnaît-il. Les groupes qui jouent dans les bars se portent assez bien, je pense que le public a besoin de faire la fête un peu, mais on parle de billets à 10 $, 15 $ ou 20 $. Ma lecture de la situation actuelle, c’est que les spectacles dans les bars, ainsi que les grandes productions dans les arénas, comme la tournée de Blink-182, s’en tirent bien, mais que tout ce qui existe entre les deux en arrache », même des groupes québécois établis qui, avant la pandémie, remplissaient sans mal de grandes salles. « J’entends des histoires d’horreur à propos de gros projets qui ont du mal à vendre des billets. Remplir un Club Soda [900 personnes debout] aujourd’hui, c’est rendu difficile. »

Réseauter

Si les groupes établis rencontrent des difficultés, on ne peut qu’imaginer la situation des artistes en développement, qui, comme Virginie B, représentent la majorité des musiciens participant à M pour Montréal. L’autrice-compositrice-interprète, qui a lancé en janvier dernier son goûteux premier album de chanson pop exploratoire et bilingue, INSULA — en lice pour le Lucien de l’Album pop de l’année au GAMIQ du 27 novembre prochain —, rêve néanmoins de jours meilleurs.

« J’ai fait mes premières Francos avec ce projet-là, c’est capoté ! dit-elle. On a établi des contacts au courant de la dernière année, j’ai tellement hâte de pouvoir me promener dans le monde pour jouer mes chansons. Je sais que j’ai ce qu’il faut pour y arriver, c’est un gros rêve que j’ai, rencontrer un nouveau public, de nouvelles personnes à faire entendre l’album — je sais, c’est cliché de le dire, mais c’est ça. »

Virginie B, qu’on entendra en « Session live » à CISM le 24 novembre, à 19 h, en est à sa première participation à M pour Montréal, et observe à distance sa petite équipe tisser des liens professionnels durant l’événement-vitrine : « Ça réseaute ! Je constate le nombre de cocktails et d’événements de rencontre où le monde jase, et ça m’impressionne. C’est vraiment un tout petit monde, où tout le monde semble se connaître, tout le monde veut se connaître et est très avenant. Tout ça m’est très étranger… »

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