M pour Montréal: Mothland cultive le goût du risque

Les trois fondateurs de la maison de disques et boîte de production Mothland: Marilyne Lacombe (au centre), Philippe Larocque (à gauche) et Maxime Hébert (à droite)
Photo: Valérian Mazataud Le Devoir Les trois fondateurs de la maison de disques et boîte de production Mothland: Marilyne Lacombe (au centre), Philippe Larocque (à gauche) et Maxime Hébert (à droite)

Jusqu’à samedi prochain, la vitrine musicale et professionnelle M pour Montréal mettra de la vie dans les salles de spectacle, qu’admirateurs, membres de l’industrie venus d’une vingtaine de pays et musiciens d’ici — presque une centaine à l’affiche — pourront apprécier ! Pour la petite équipe de Mothland, ce sera également l’occasion de célébrer, le 18 novembre à la Sala Rossa, cinq ans d’audacieuses productions musicales ayant rendu la boîte multifonctionnelle indispensable à la scène musicale québécoise, voire canadienne. « On a servi d’incubateur à plein d’artistes d’ici », dit Marilyne Lacombe, directrice musicale, entre autres fonctions.

« Ça fait cinq ans pile qu’on a démarré Mothland », précise Philippe Larocque, qui nous accueille dans les bureaux de l’entreprise en compagnie des cofondateurs Marilyne Lacombe et Maxime Hébert. Acteurs de l’ombre, leur travail est toutefois reconnu par les mélomanes : le festival Distorsion, c’est eux. Tout comme le Taverne Tour, qui reviendra en force les 9, 10 et 11 février 2023. Les forces de Mothland ont également travaillé en coulisses aux programmations de Pop Montréal et du Festival de musique émergente en Abitibi-Témiscamingue.

« On ne vient pas nous voir pour qu’on “booke” un concert d’Hubert Lenoir ! » échappe Marilyne en riant, évoquant par cet exemple que les énergies de Mothland (qui a par ailleurs déjà organisé un concert de Lenoir, avec Crabe) sont concentrées vers la découverte. « Notre motivation de départ était vraiment de travailler à présenter des artistes issus du champ gauche, qui ont une proposition musicale plus risquée. Ceux qu’on ne voyait pas beaucoup sur des scènes de festivals — et je pense que nos efforts ont eu un impact à long terme » sur le milieu québécois du festival.

« On trouvait que les festivals au Québec ne prenaient pas beaucoup de risques dans leurs programmations, abonde Marilyne. Pourtant, s’il y a un endroit où le risque est permis, c’est bien dans un festival, puisque le public est déjà là, au rendez-vous. On a allumé quelques lumières » dans le milieu, croient les fondateurs de Mothland.

Né des cendres d’un autre festival de musiques psychédéliques — au pluriel, puisque comme le précise Maxime, « sur le plan des genres, rock, punk, électro, on était trop disparates pour être un festival niché », le Distorsion Psych Fest a précédé la naissance de Mothland. À l’époque, les membres du trio fondateur se connaissaient de vue, gravitant tous sur la scène musicale montréalaise parallèle, se croisant plus régulièrement à l’Esco, chacun y travaillant soit derrière le bar, soit derrière les tourne-disques. « On s’est rassemblés autour de l’idée de faire un festival de musique subversive et psychédélique digne de notre scène musicale », résume Philippe Larocque.

L’idée a germé en une agence à tout faire ce pour quoi les musiciens eux-mêmes n’avaient ni le temps, ni l’envie, ni les compétences, comme la planification de tournées. « Au fil des années, une communauté de musiciens s’est tissée autour de nos événements, explique Marilyne, et nous travaillons à répétition avec eux. On a fini par leur proposer de les représenter », parfois même de les aider à gérer leur carrière dans les méandres de la scène parallèle.

Puis la pandémie a fait dérailler leurs plans de festivals et de tournée — une occasion en or pour faire ce qu’ils s’étaient promis de ne jamais faire : créer une maison de disques. Comme pour le reste de leurs activités, dit Marilyne, « on comblait des vides. Avec le temps, on a pris d’autres rôles ».

Maxime : « On travaillait avec des artistes super bons qui ne trouvaient pas de label. » Marilyne enchaîne : « La vision DIY [do it yourself] : personne ne veut le faire, alors on va le faire. La pandémie a servi d’accélérateur pour la maison de disques — on ne pouvait plus annoncer de concerts, alors on a investi notre énergie dans la production d’albums. »

Mothland a depuis lancé deux douzaines de parutions, dont les albums d’Atsuko Chiba, de Meggie Lennon, de Hot Garbage et bientôt ceux de La Sécurité et de N Nao, et développe également les projets d’artistes du Canada anglais (le quatuor rock torontois Gloin) et de l’extérieur du pays (la musicienne lettonne Elizabete Balčus, le compositeur et guitariste américain Yonathan Gat, entre autres).

« On a mis beaucoup d’énergie à créer des liens avec le reste du Canada et les États-Unis, dit Lacombe. L’industrie musicale québécoise est très centrée sur elle-même, et puisqu’en dehors de Montréal, on a du mal à avoir du succès, on s’est dit qu’on devait aller voir ailleurs. » Mothland a même récemment engagé une représentante à Toronto pour développer le marché.

L’événement M pour Mothland se déroule à la Sala Rossa le 18 novembre, dès 21 h, avec Priors, Absolutely Free, Crasher, Grim Streaker, Gloin et Anthony Piazza. Le festival M pour Mont-réal se déroule jusqu’au 19 novembre.

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