«IOTA»: l’éclosion de Lous and the Yakuza

Lous and The Yakuza
Photo: Charlotte Wales Lous and The Yakuza

Deux ans après la sortie de son premier album, Gore, l’autrice-compositrice-interprète belgo-congolaise Lous and the Yakuza revient avec IOTA, frappant dès la première écoute : il y a de la lumière dans ses chansons, de l’espoir dans sa voix, même lorsqu’elle parle d’amour au passé. « Moi-même, je n’aurais jamais pensé faire un jour de la musique qui donne envie de danser ! » reconnaît la musicienne, jointe à Paris par visioconférence.

La troisième chanson de l’album s’intitule Takata, onomatopée décrivant la cadence reggaeton sur laquelle Lous (Marie-Pierra Kakoma) pose sa voix. L’ami compositeur et réalisateur El Guincho, complice de la vedette pop espagnole Rosalía, met encore la main à la pâte pour cet album fiévreux où les grooves trap du premier disque s’adoucissent pour donner plus de flexibilité à la chanson R&B de la jeune musicienne — l’album s’ouvre d’ailleurs avec Ciel, « espèce de lettre ouverte, ou de prière, abordant ma spiritualité, tout ce qui m’apaise et me calme ».

« C’est agréable pour moi de quitter certains sujets lourds, même s’ils sont encore là puisqu’incrustés dans la société, affirme Lous. Sur mon premier album, je parlais de prostitution, de racisme, de viol. » D’affreuses réalités qu’elle a intimement connues. « Ces problèmes ne sont pas disparus, mais l’obscurité n’est pas le seul sujet de l’humanité, c’est la bonne nouvelle. Dans ce projet, j’ai en effet eu envie de parler d’amour, d’expériences que j’ai vécues, en termes de relations. »

Sur IOTA, les auditeurs trouveront un fameux enchaînement, dans la dernière ligne droite de l’album : Kisé, rythmique trap bondissante, Monsters, superbe douceur électro-pop, puis l’étonnante Lubie, ballade acoustique enregistrée avec Damso, qui révèle une autre facette du populaire rappeur belge.

« On était au téléphone, raconte Lous, on parlait de tout et de rien, et, par inadvertance, j’ai accroché une touche du clavier, et l’instrumental de la chanson a commencé à jouer. Damso était curieux, alors je lui ai expliqué que c’était une chanson qui parle d’amour — « J’ai envie de te dire je t’aime et de partir loin d’ici » —, pas exactement le genre de thème qui l’aurait intéressé… Il m’a demandé de lui envoyer le morceau, et 16 minutes plus tard, il me renvoyait son couplet ! Damso, je pense que c’est une vieille âme dans un jeune corps. »

« Sur Kisé, je suis tourmentée, et sur Monsters, je suis apaisée, explique Lous. Kisé, c’est une histoire d’amour folle, presque toxique, où on se dit qu’on ira au bout — on finira tous les deux au commissariat. Si un de nous deux commet un crime, on ira tous les deux en prison. Et Monsters, c’est la métaphore opposée ; je chante “Quand j’entre ils me suivent calmement”, en parlant de mes monstres qui ont les clés de mon appartement », comme pour nous dire que la musicienne a réussi à apprivoiser ce qui hantait les textes de son premier album.

Le rêve d’une vie

Elle a composé ses 12 nouvelles chansons en mai 2021 à Miami, avec El Guincho et Mems, lui aussi de l’aventure du premier album. « C’est la pandémie qui m’a contrainte à faire cet album aux États-Unis et au Mexique », les allers-retours entre l’Europe et l’Amérique rendus compliqués par la circulation du coronavirus. « Mais c’est vrai que Miami est une ville extrêmement animée, et les États-Unis un pays très intéressant, dit-elle, sourire en coin. Entre Miami et Los Angeles, il y a le même écart culturel qu’entre l’Espagne et la Grèce ! »

IOTA est paru vendredi dernier, précédé d’un remarquable battage médiatique (Lous faisait la une du Vogue France en octobre dernier, rien de moins), et au terme de deux fertiles années pour la musicienne — ces derniers mois, elle a parcouru les scènes de France et de Belgique, assuré la première partie de Gorillaz et donné ses premiers concerts à New York.

« Il y a toujours une part d’étonnement. Je me demande : “Mais qu’est-ce que je fous là ?” Même là, en ce moment, je me dis : “Je parle à un média canadien, c’est fou.” À la base, je viens du Rwanda et du Congo. J’ai rêvé à ça comme une folle, toute ma vie, et même qu’il y a des rêves que je ne me permettais pas d’avoir tellement ils me semblaient inatteignables, surtout en début de carrière. Je croyais devoir attendre 15 ans avant d’arriver sur la scène internationale. Finalement, ça m’a pris une chanson », Dilemme, et son puissant vidéoclip, vu plus de 10 millions de fois sur YouTube depuis sa parution, il y a trois ans.

IOTA

Lous andthe Yakuza, Colombia Records

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