Un respectable «Requiem» de Verdi

L’ambition de Francis Choinière de stimuler de nouveaux auditeurs se matérialise en salle.
Tam Photography L’ambition de Francis Choinière de stimuler de nouveaux auditeurs se matérialise en salle.

Le jeune chef Francis Choinière avait programmé le Requiem de Verdi avec son Orchestre philharmonique et Choeur des Mélomanes dimanche à la Maison symphonique. Initiative hardie de la part de celui qui cherche à « inspirer de nouvelles générations de mélomanes », comme le disait en préambule le directeur exécutif de son ensemble. La soirée fut d’un très respectable niveau général, notamment eu égard à la jeunesse des protagonistes.

L’ambition de Choinière de stimuler de nouveaux auditeurs se matérialise en salle. Il rassemble effectivement un auditoire plus jeune et bigarré, peut-être venu dans un premier temps pour un projet de musiques de film et qui, désormais, assiste à tel ou tel concert classique. C’est un public très respectueux.

Dimanche, pour Verdi, le chef avait rempli le parterre et la corbeille de la Maison symphonique. C’est très bien, mais il lui fallait sans doute un peu plus pour amortir une oeuvre à gros effectifs. On verra avec la version en concert de La bohème, en janvier, si Puccini attire davantage que Verdi.

Comme dans les autres concerts que nous avons vus précédemment de Francis Choinière, il y avait beaucoup de bonnes choses, notamment une sorte de « bon sens musical » qui le fait aller droit au but, mais avec une fine sensibilité des choses.

Choinière avait notamment bien préparé son choeur. Même si le premier passage a cappella (« Te decet hymnus ») n’a pas atterri juste à 100 %, le second, avec Aline Kutan dans le Libera me, fut impeccable. Lorsque le choeur chante « Rex tremendae », quelques « r » roulés bien sentis intensifient l’effet et le Choeur des Mélomanes comprend quelques basses profondes remarquables. Par ailleurs, le déploiement des grandes masses (Dies Irae, Tuba Mirum) a fort bien été maîtrisé, notamment les effets d’écho des cuivres.

Ce qui manquait, c’est une patine interprétative allant parfois au-delà du premier ou second degré. Par exemple, la fugue du Libera me n’est pas une fugue académique rectiligne à la Cherubini, mais quelque chose de bouillonnant et de dramatique. Et, à propos d’intensité, lorsque la soprano chante « Tremens factus sum ego » dans ce mouvement, les altos et violons II s’échangent des formules musicales qui forment des vagues. Ce drame doit sourdre dans la texture sonore et, ce, dès le début de l’oeuvre par une conception claire du son choral.

Quel son souhaite Verdi lorsqu’il écrit « sotto voce » ? Qu’est-ce qu’un coloris vocal italien dans une musique funèbre ? Est-il couvert ou ouvert ? Toutes ces questions se doivent d’être posées. Elles le seront au fur et à mesure où le chef reprendra la partition au gré de sa carrière. Pour l’instant, il en a fixé le cadre et la lettre, parfois avec prudence (Sanctus).

Côté solistes, Aline Kutan n’est pas la soprano dramatique requise pour le rôle, mais ses aigus sont d’une pureté admirable et sa justesse, précieuse. Rose Naggar-Tremblay aussi s’ambitionne un peu en allant aussi tôt dans Verdi, un emploi qui requiert le profil d’une Azucena (Il Trovatore). Mais sa voix très souple lui permet beaucoup… même un raté rythmique dans la 2e strophe de Liber scriptus. Le ténor Adam Luther est, lui, fort critiquable. Le timbre est très beau, mais, techniquement, le registre à mi-voix est défaillant et donne l’impression d’être étranglé. Par ailleurs, beaucoup de ses fins de phrases sont escamotées. Quant à la basse, Vartan Gabrielian, ses moyens sont exceptionnels. À de rares moments, on entend quelque chose d’étrange comme ce Mors stupebit d’une intonation assez ésotérique.

Cela posé, on l’a dit, l’impression générale dispensée par le concert était largement positive.

Requiem de Verdi

Aline Kutan, Rose Naggar-Tremblay, Adam Luther, Vartan Gabrielian, Orchestre philharmonique et Choeur des Mélomanes, Francis Choinière. Maison symphonique, le 13 novembre.

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