Recevoir Vincent Vallières cinq sur cinq

Le spectacle de vendredi à La Tulipe, présenté dans le cadre de Coup de coeur francophone, 36e du nom, était un peu différent des quelque 150 autres : Vallières y était tout seul… avec d’autres. Quatuor baroque, un bel habit avec quatre corps dedans, pour l’occasion.
Jean-François Leblanc CCF Le spectacle de vendredi à La Tulipe, présenté dans le cadre de Coup de coeur francophone, 36e du nom, était un peu différent des quelque 150 autres : Vallières y était tout seul… avec d’autres. Quatuor baroque, un bel habit avec quatre corps dedans, pour l’occasion.

Le nouvel album, en magasin aujourd’hui, a pour titre une question : L’entends-tu encore, Vallières ? On peut répondre du tac au tac : ça dépend. Ça ne se trouve qu’en double disque vinyle seulement : pour l’écouter, il faut une chaîne audio, une platine. Ça pèse son poids en centaines de grammes. La belle pochette en noir et blanc évoque l’époque d’avant la couleur, l’époque de la photographie qu’on développe en chambre noire. Le temps des boîtes à chansons, guitare-voix, du chansonnier seul ou presque.

C’est l’album du spectacle solo que Vallières promène (ou qui promène Vallières, c’est selon) depuis pas mal de kilomètres : enregistrement au Patriote de Sainte-Agathe en juin dernier, beau symbole d’époque. Le spectacle de vendredi à La Tulipe, présenté dans le cadre de Coup de coeur francophone, 36e du nom, était un peu différent des quelque 150 autres : Vallières y était tout seul… avec d’autres. Quatuor baroque, un bel habit avec quatre corps dedans, pour l’occasion.

Huit vagues plus tard

« Fait qu’on est rendus là, huit vagues plus tard… » lance Vincent en guise de bonsoir lourd de sens et drôle en même temps. Retrouvailles. Eille Vallières, comme dit le titre de sa chanson d’intro, c’était aussi à La Tulipe, tu te rappelles, il y a si longtemps, il y a combien d’éternités, déjà ? Vertige du grand trou de mémoire.

Toutes les versions sont à la fois familières et différentes. Eh ! Elles en ont vécu, des vies. Ça change un homme, ça peut bien changer des arrangements. Le repère tranquille et L’amour c’est pas pour les peureux sont données au piano. « Un instrument dont j’ai appris à jouer pendant la pandémie », précise le gars de guitare, pour souligner mine de rien à quel point il sort de sa zone de confort, surtout avec ces quatre musiciennes et musiciens impeccablement pros.

Entendre battre les coeurs

Le contraste est rentre-dedans quand il enfourche une guit électrique et joue L’avenir est plus proche qu’avant, avec du beau son volontairement pas propre. Revenir au chansonnier guitare-voix façon Springsteen pour une chanson en hommage aux femmes qui « tiennent tout ça à bout de bras » : Elle n’entend plus battre son coeur. On l’entend fort ce soir, hein, Vallières ? On entend des coeurs battre à la grandeur de La Tulipe. Et on comprend que Vincent Vallières a vraiment beaucoup de coeur. Ou qu’on s’entend vraiment bien, lui et nous, « Ça ira, ça ira », chantons-nous avec lui. Il fait penser à Daran, parfois : quand il chante et nous avec lui, on a moins peur de la suite du monde.

Il tousse. « Ça nous inquiète encore quand quelqu’un tousse, hein ? » C’est rassurant qu’il le dise. Il dit souvent ce qu’on pense, Vincent Vallières. On s’entend à ce point-là. Dans Le jardin se meurt, guitare-voix-harmonica, on pourrait être dans le Nebraska de Springsteen, à condition que le Nebraska de Springsteen soit au Québec : l’américanité empreinte de québécitude, c’est ça. Portrait saisissant de justesse dans le ton et le détail. Si le quatuor s’ajoute en chemin, on comprend pourquoi : c’est parce que ça vise aussi juste que large, ça nous concerne en tant qu’humains.

« Un quatuor de musiciens professionnels, ça donne le goût de mieux s’accorder », mentionne Vincent en accordant sa sèche. Beau symbole, encore une fois : s’entendre, c’est s’accorder. Ingrid St-Pierre vient rejoindre Vincent au rappel, et ça accroît encore le niveau d’attention. La beauté de voix conjuguées, ça rapproche les corps et les âmes. Il y a un mot pour ça : harmonie. L’entente quasi parfaite entre deux êtres. Ça vibre dans Lili au point où on a l’impression qu’une troisième voix s’est immiscée, création spontanée.

Dans un spectacle comme celui-là, le public peut s’immiscer aussi dans l’interstice, et vivre cette sensation d’harmonie : c’est arrivé, ça s’entendait, ça résonne même jusque dans la rue.

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