Saints Martyrs, violemment intelligent

Le nouvel album de Saints Martyrs est éloquent dans sa critique acerbe de la société, théâtral, même, par moments.
Photo: Nicolas Padvani Le nouvel album de Saints Martyrs est éloquent dans sa critique acerbe de la société, théâtral, même, par moments.

Ça va trembler samedi soir dans les entrailles de l’Esco, rue Saint-Denis, pour le lancement de Mythologie de dernier recours, le foudroyant second album des Saints Martyrs, quatuor composé du chanteur Frère Foutre, du guitariste Souffrance, du claviériste Anonymous Bosch et du batteur Alpha Vil. Ce nouvel album a beau être plus nuancé et mélodieux que Grossière incandescence, paru il y a deux ans, « je tiens à vous avertir, tes lecteurs et toi, que le show bûche plus que jamais », prévient Souffrance.

Sur Mythologie de dernier recours, « je pense qu’on est arrivés à mener à leur paroxysme tous les aspects qui coexistaient dans le groupe : les aspects littéraire et lyrique, l’aspect harmonique, mais l’aspect brutal aussi », explique Souffrance. « On a toujours une énergie animale, avec un niveau de sauvagerie jamais atteint auparavant, mais aussi une dimension mélodique, amenée par notre nouveau claviériste. On a voulu être ambitieux » sur ce nouvel album.

Des invités de marque

 

Et ils n’ont pas échoué. D’une part, parce qu’il est réussi, éloquent dans sa critique acerbe de la société, théâtral, même, par moments, comme sur Panne de fun, absurde et tragique regard sur notre dépendance aux téléphones intelligents et au paradoxal sentiment d’isolement qu’il induit, à travers notre quête de « likes ».

D’autre part, parce que cet album des Saints Martyrs est criblé d’invités de marque : Keith Kouna et la compositrice, batteuse (et disquaire) Rox Arcand sur Chien de garde en ouverture, Rémy Bélanger de Beauport, violoniste, pianiste et directeur de l’Ensemble de musique improvisée de Québec, Lou-Adriane Cassidy, incandescente sur Minotaure, ballade glauque acoustique de six minutes virant quasi au black metal, Mertin Höek (de CRABE) sur Panne de fun, la bonne amie du secondaire Xarah Dion sur Ceci n’est pas et T’en fais pas (y’en a pas de problème), la compositrice y mettant sa touche dark electro élargissant le spectre sonore des Saints Martyrs.

« Mais cette impulsion exploratoire a toujours été là », assure Souffrance, qui a fondé le groupe il y a une dizaine d’années avec Frère Foutre, au moment où ce dernier terminait ses études littéraires. Dans sa démarche, explique-t-il, « il y a l’influence du théâtre expérimental d’Antonin Artaud et de Heiner Müller — c’est très performatif, mais ça mène vers le surréalisme ».

« On a toujours été un band qui explorait avec une palette sonore et littéraire assez large », en témoignent les stupéfiantes Steakhouse — ballade rock douce aux riches orchestrations de cordes — et Le Christ est dans le bruit, poétique et langoureux groove rock qui termine l’album. « C’est juste que, à cause du nom, les gens pensaient qu’on était un groupe grindcore qui fait juste parler de violence », explique Souffrance.

« Bal masqué dark »

Le nom ? C’est que les Saints Martyrs étaient autrefois connus sous l’appellation Les Martyrs de Marde — ce qui, affirment les musiciens, ne les a pas empêchés de décrocher des subventions pour leur projet.

« Martyrs de Marde, ça a une connotation très forte, reconnaît Souffrance. On n’est pas seulement un truc grossier et violent, on est autre chose ! » Pour Frère Foutre, le changement de nom s’est imposé « avec le changement d’orientation musicale. À cause de l’ancien nom, c’est comme s’il y avait plein d’émotions complémentaires [à la rage et à la colère] qu’on se retenait d’explorer. La direction musicale est devenue plus grandiose, on trouvait que ça ne collait plus vraiment. »

Les costumes, eux, ont encore leur place dans l’univers du groupe. « On s’inspire un peu des films d’horreur de série B, ainsi que de l’art dada et surréaliste, puisqu’on joue avec les symboles, explique Frère Foutre. Donc, moi, je suis un membre du clergé particulièrement angoissé, prompt à se remettre en question et à sermonner le public et qui, sous la soutane, cache un attirail BDSM, que je dévoile peu à peu durant le spectacle. » Et Souffrance ? « Pour ma part, répond-il, je suis une espèce de soldat post-apocalyptique justicier, mais aussi prompt à la psychose violente. Il veut faire le bien mais, par moments, il souffre tellement qu’il ne sait pas s’il doit tendre la main ou attaquer son prochain. »

C’est l’Halloween à chaque concert ! « On veut évoquer des choses en créant un univers qui rappelle l’épouvante, mais sans être explicites », nuance Souffrance, qui réfute les comparaisons avec le mythique groupe métal GWAR, « plus gore et grotesque, dans le sens humoristique. Nous, on s’approche davantage de Nine Inch Nails et de Marilyn Manson, mais en plus sombre, dans la musique autant que dans les déclamations de Frère Foutre, qui évoquent Nick Cave ou Bashung. »

« C’est comme un grand bal masqué dark durant lequel on joue avec les fantasmes que nous avons dans nos vies civiles très rangées », résume Frère Foutre.

Mythologie de dernier recours

Saints Martyrs, disponible sur étiquette Folivora ; en concert samedi soir à l’Esco, à l’affiche du Coup de coeur francophone.

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