«Muse», ou le plaisir de jongler avec les genres

D’entrée de jeu, les sept acrobates choisissent un costume de football ou de ballet. On le devine, peu feront un choix qui correspond aux archétypes.
Stéphane Bourgeois D’entrée de jeu, les sept acrobates choisissent un costume de football ou de ballet. On le devine, peu feront un choix qui correspond aux archétypes.

« Iels » s’amusent en nous divertissant, les artistes de Flip Fabrique. Chaque scène de leur dernier spectacle en hommage au monde queer, Muse, qui est à l’affiche jusqu’à dimanche à la Tohu, transpire le bonheur d’être enfin ensemble. Coloré, léger et coquin, il nous transporte, un peu plus d’une heure durant, loin des lourds tracas de ce monde, quelque part entre le ciel et la terre, multipliant les acrobaties sur un anneau aérien ou rebondissant allègrement sur un trampoline.

D’entrée de jeu, les sept acrobates choisissent un costume de football ou de ballet. On le devine, peu feront un choix qui correspond aux archétypes.

Mais il faut parler de la chanteuse, Flavia Nascimento. C’est elle qui porte le spectacle au bout de ses lèvres, sur des arrangements du musicien Millimetrik. Vêtue d’une veste multicolore et frangée digne d’une drag queen, elle circule autour des numéros, micro à la main, comme pour leur insuffler la vie.

Le spectacle s’annonce résolument queer, mais c’est tout en douceur que cette proximité des genres prend la scène ici. En arrière-plan, l’approche est résolument féministe, et on peut voir défiler des projections de citations d’actrices ou d’autrices comme Olivia Wilde ou Rébecca Déraspe.

C’est cependant aussi dans les numéros que le propos du spectacle se tient. On se surprend par exemple à voir deux artistes circassiens grimpés sur les épaules l’un de l’autre, juchés à leur tour sur le ventre d’une femme dans la position du pont. Craquera-t-elle ? Non. Elle se redresse, tendant élégamment la main à ses acolytes.

Un autre moment fort du spectacle est celui qui se déroule sur l’interprétation de la chanson résolument féministe Une sorcière comme les autres, d’Anne Sylvestre. Jouant une fois de plus sur le mélange des genres, l’une de ces sorcières s’élance sur un trapèze, avant que l’on découvre que son genre n’est pas aussi défini qu’on le pensait.

Les décors, simples, du spectacle soutiennent aussi le discours. À côté d’un échafaudage penché, un homme — mais en est-ce bien un ? — se maquille longuement devant un miroir de loge encadré des lumières d’usage, comme procédant à une longue transformation.

Malgré les lectures réflexives sur les stéréotypes sexuels que le spectacle propose, son univers ludique pourrait être lu tout autrement par un public d’enfants. Ceux-ci, peu encombrés de clichés figés, ont tout pour se divertir avec les numéros où les cordes à danser se multiplient ou le numéro d’un homme qui peine à enfiler ses bas de nylon.

À la sortie du spectacle, la perspective féminine sur le monde du cirque se poursuit avec l’exposition Elle prend sa place !, présentée gratuitement par la Tohu. Tirée du Fonds Jacob-William, l’expo célèbre la place prise par les femmes dans l’histoire de l’univers circassien, à travers des affiches ou des tableaux. On y découvre l’Allemande Lillian Leitzel, gymnaste d’une force prodigieuse qui présentait des numéros aux anneaux au tournant du siècle dernier, ou encore l’Allemande Ursula Böttcher, qui se mettait en scène autour du monde avec son ours polaire Alaska. La clownesse suisse Gardi Hutter a pour sa part créé son propre personnage et elle voyage encore partout dans le monde pour le présenter.

Muse

De Flip Fabrique. À la Tohu de Montréal jusqu’au 13 novembre et au Diamant de Québec du 10 au 29 décembre.

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