Heureux «Triple Concerto» à l’OSM

Ce concert était dirigé par Laurence Équilbey, ex-cheffe de choeur reconvertie à la direction d’orchestre.
Photo: Antoine Saito Ce concert était dirigé par Laurence Équilbey, ex-cheffe de choeur reconvertie à la direction d’orchestre.

Au moment où se déroule son Concours, une édition dédiée au piano qui se conclura samedi à 14h par une finale entre trois candidats qui joueront un concerto avec l’orchestre sous la direction de Jacques Lacombe, l’OSM a eu l’idée de programmer le Triple Concerto de Beethoven avec trois anciens lauréats : une heureuse initiative.

Blake Pouliot, violon, est le lauréat du Concours OSM 2016, Bryan Cheng, au violoncelle, a remporté celui de 2019. Quant à Angela Hewitt, au piano, elle s’était distinguée en 1975.

Le Triple Concerto est une oeuvre très délicate qui ne souffre aucun déséquilibre. En 2012, l’Orchestre de Toronto l’avait démontré à ses dépens en venant jouer cette oeuvre avec André Laplante, Jonathan Crow et la violoncelliste Shauna Rolston, cette dernière épouvantablement mauvaise. Avec le choix de trois lauréats, l’OSM minimisait les risques.

L’uniformité de l’excellence est donc un atout, mais il n’est pas gage de réussite si l’un des membres du trio s’avisait de vouloir tirer la couverture à lui. C’est ainsi qu’au disque, le Triple concerto le plus cher de l’histoire, Oïstrakh, Rostropovitch, Richter et Karajan, est aussi l’un des plus décevants, puisque trois solistes plus un chef tentent de ravir la vedette.

Un grand violoncelliste

Ce qu’il y avait de très bien avec le trio Pouliot-Cheng-Hewitt c’est que dès la prise de parole de Bryan Cheng, nous étions rassurés, car cette interprétation se plaçait dans la perspective du dialogue (les jeux presque espiègles entre Pouliot et Cheng) et de la raison. Personne n’allait ici chercher à jouer les gros bras et les trois solistes jouaient dans le même registre du dialogue chaleureux, qui sied d’ailleurs très bien à Angela Hewitt.

Dans ce trio il faut vraiment mentionner Bryan Cheng, celui qui a donné le ton. Plus on entend ce violoncelliste, plus on aime cette simplicité, cet art de ne rien forcer. Et le violoncelle Stradivarius de 1699 qui lui est prêté par la Fondation Canimex est une pure merveille.

Ce concert était dirigé par Laurence Équilbey, ex-cheffe de choeur reconvertie à la direction d’orchestre. Le contraste était grand entre sa gestique verticale et saccadée, vaguement stressante, et l’élégance ailée et heureuse de Lina González-Granados à l’OM vendredi dernier.

Mais Laurence Équilbey profite de la vague et vogue actuelle : tant mieux pour elle. Chacun répondra en son âme et conscience si un homme avec la même technique avait été engagé à l’OSM (je parle évidemment aujourd’hui, pas du temps révolu du défilé des amis du précédent directeur musical, genre Ruzicka, Adams, Eötvös ou autres ; autant de concerts gags ou catastrophes).

La cheffe française a dirigé Coriolan de Beethoven et la 1re Symphonie de Farrenc de la même manière avec une sorte d’efficacité verticale, justement. Avec l’engagement d’un orchestre de la classe de l’OSM, mené aussi efficacement par Olivier Thouin, les mesures sont en place et éloquentes en soi, avec des contrastes nets. Mais l’air et la « chair » dans les lignes (phrasés de bois dans Coriolan), dans ce qui chante et se répond, sont comme asséchés. Pareil dans le 2e mouvement de Farrenc : des phrases sans galbes ni contours et, dans le 4e mouvement, de légères baisses de tensions.

Cette musique en noir et blanc qui manque de chair donne à Farrenc un aspect très « post Sturm und Drang », alors que Yannick Nézet-Séguin, il y a un mois, tirait la même oeuvre vers Berlioz. Oui, vous lisez bien : Montréal a eu droit deux fois à la 1re Symphonie de Louise Farrenc en moins d’un mois.

Voilà ce qu’il en résulte quand tout le monde verse à l’unisson dans le dogme de la désormais sacro-sainte « diversité ». Plus c’est divers, plus c’est pareil : quelle ironie !

Le Triple Concerto de Beethoven aux couleurs de l’OSM

Beethoven : Coriolan. Triple Concerto. Farrenc : Symphonie n° 1. Blake Pouliot, violon ; Bryan Cheng, violoncelle ; Angela Hewitt, piano, Orchestre symphonique de Montréal, Laurence Équilbey. Maison symphonique, 10 novembre 2022.

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