Un rappeur accusé d’antisémitisme sera de passage à Montréal

La salle de spectacle ne produit pas l’événement de Freeze Corleone, mais elle a accepté d’en être le diffuseur. L’Olympia affirme n’avoir reçu qu’une seule plainte depuis.
Photo: Capture d'écran YouTube / Mangemort Squad La salle de spectacle ne produit pas l’événement de Freeze Corleone, mais elle a accepté d’en être le diffuseur. L’Olympia affirme n’avoir reçu qu’une seule plainte depuis.

Vivement dénoncé en France pour les paroles foncièrement antisémites de ses chansons, le rappeur Freeze Corleone se produira malgré tout à l’Olympia de Montréal le 4 décembre prochain. La salle de spectacle a choisi de maintenir le concert au nom de la « liberté d’expression ».

Or, d’aucuns sont d’avis que les chansons de Freeze Corleone dépassent largement le cadre acceptable de la liberté d’expression, et incitent carrément à la haine envers les juifs.

Dans sa pièce S/O Congo, le rappeur français d’origine italienne et sénégalaise déclare entre autres n’avoir « RAF [rien à foutre] de la Shoah ». Il récidive dans Baton Rouge, où il dit arriver « déterminé comme Adolf dans les années 30 ».

Freeze Corleone, qui a passé une partie de sa vie au Canada, a sorti son premier album, LMF (La menace fantôme) le 11 septembre 2020. Une date qui n’a probablement pas été choisie au hasard, ont avancé certains dans la presse française, ne manquant pas de relever les maintes allusions au complotisme et à l’islam radical qui teintent ses chansons.

Photo: Freeze Corleone 667 via Facebook Le rappeur français Freeze Corleone

Outre-Atlantique, la controverse a été immédiate. Le géant Universal Music a rapidement mis fin à sa collaboration avec le sulfureux rappeur. Puis, une enquête a été ouverte pour « provocation à la haine raciale » et « injure à caractère raciste » à l’automne 2020.

« Malgré l’ouverture d’une enquête en France, il n’a jamais été jugé coupable pour incitation à la haine ou antisémitisme », rappelle par courriel l’Olympia de Montréal pour justifier le maintien de son spectacle dans la programmation.

Simple provocation ?

À noter que les deux propriétaires de l’Olympia sont eux-mêmes de confession juive. Ces derniers sont à l’aise avec la décision de présenter le spectacle de Freeze Corleone, assure-t-on : « nous considérons que ce n’est pas à l’Olympia de juger de la culpabilité d’un artiste face à une polémique ».

La salle de spectacle ne produit pas l’événement, mais elle a accepté d’en être le diffuseur. L’Olympia affirme n’avoir reçu qu’une seule plainte depuis. Au contraire, depuis que les billets ont été mis en vente, il y a une semaine, on observe que la salle se remplit « très bien ».

L’Olympia ne voit pas dans ce succès une quelconque adhésion à l’antisémitisme, réitérant plutôt faire confiance à l’intelligence du public. « Le rap est un genre à part entière qui se caractérise par une écriture qui se veut provocatrice et dénonciatrice de faits de société. L’artiste est connu dans le milieu pour ses formules chocs sur de nombreux sujets et ne se revendique ni raciste ni antisémite », souligne-t-on par courriel.

En France, il est courant que des rappeurs soient taxés de propos haineux, que ce soit envers les juifs, les homosexuels ou encore les « Français de souche ». Aux États-Unis, le rappeur Kanye West a été mis au ban dans les dernières semaines après avoir tenu des propos antisémites.

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