Monteverdi, d’un souffle

Vox Luminis
Tom Blaton Vox Luminis

L’ensemble vocal Vox Luminis, révélé aux mélomanes montréalais par le Festival Bach en 2017, était de retour dans la métropole jeudi pour un programme Monteverdi. La magie opère toujours avec des musiciens suprêmes qu’on espère revoir régulièrement au Québec.

En 2017, nous avions titré « Lévitation musicale avec Vox Luminis au Festival Bach ». Les attentes étaient donc hautes pour ce retour différé en raison de la COVID-19 et des restrictions liées aux voyages.

Vox Luminis a une fois de plus coché toutes les cases : intelligence du programme, beauté des voix, cohésion de l’ensemble, contrôle des dynamiques, maîtrise de l’expression. Pour préserver la cohésion de la proposition musicale et la concentration des spectateurs, l’ensemble mené par Lionel Meunier a abordé son programme d’oeuvres tirées du grand recueil de la Selva morale e spirituale d’un seul souffle, sans pause. Un programme arc-bouté sur deux piliers : le Gloria SV 258 au début et le Magnificat à huit voix (ou Magnificat Primo) SV 281 à la fin, avec notamment le Dixit Dominus Sv 264 parmi les « grosses oeuvres » au menu. Parmi les partitions plus intimistes, le Crucifixus SV 259 chanté en cercle derrière les instrumentistes et O bone Jesu SV 313 à deux voix de femmes.

Des sons nourris

 

Caractéristique majeure de la soirée : les lumineuses introductions et transitions de l’organiste Anthony Romaniuk, qui ne s’épanche jamais et sait trouver le parfait dosage en tout temps. La transition entre le Dixit dominus et le Beatus Vir, avec le théorbe qui se greffait sur la sonorité de l’orgue, était exceptionnelle. Il faut d’ailleurs saluer les cinq instrumentistes (2 violons, un violone et un théorbe, en plus de l’orgue) pour leur contribution raffinée.

La leçon majeure de Vox Luminis est la même que celle dispensée par l’Ensemble Correspondances en mai dernier dans un contexte similaire. Nous écrivions alors : « Avec Correspondances, ce répertoire du début du XVIIe siècle est chanté par de “ vraies voix ”, c’est-à-dire des solistes qui se rassemblent et dédient leur art à la célébration de cette musique. Cette démarche s’oppose en tout à celle, inverse, qui consiste à promouvoir des voix modestes de choristes dans des petits ensembles ou, pire encore, de voir des profils vocaux de choristes se pousser du col et se prendre pour des solistes en abordant ce répertoire façon “Home Depot” vocal. »

Le constat et le ressort de la réussite sont ici exactement le même : ce n’est pas parce que la musique est ancienne qu’elle est fragile ou s’excuse d’exister. L’approche sonore tonique et nourrie sert la vigueur du message. En cela l’entame du concert par le Gloria était très symbolique.

Évidemment, Vox Luminis ajoute à cela une grande force évocatrice grâce à une extraordinaire souplesse et maîtrise des nuances. Le bis, d’une grande profondeur méditative le montrait bien.

Sacro Monteverdi

Monteverdi : Gloria, SV 258 ; Dixit Dominus II, SV 263 ; Beatus vir, SV 268 ; Adoramus te Christe, SV 289 ; Crucifixus, SV 259 ; Laetaniae della Beata Vergine, SV 204 ; O bone Jesu, SV 313 ; Confitebor tibi Domine III, ‘stile alla franzese’, SV 267 ; Magnificat I, SV 281. Vox Luminis, Lionel Meunier. Salle Bourgie, jeudi 3 novembre 2022.

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