Retour à la démocratie musicale pour Jordi Savall

Avec la viole, Jordi Savall effectue un retour aux sources.
Photo: Toni Peñarroya Avec la viole, Jordi Savall effectue un retour aux sources.

Jordi Savall nous revient, non en tant que chef, mais comme instrumentiste, pour promouvoir avec son ensemble Hespèrion XXI le consort de violes. Fantaisies, batailles et danses. L’âge d’or de la musique pour consort (1500-1750) sera présenté dimanche à Québec, lundi à Montréal et mardi à Ottawa.

Les mélomanes montréalais ont de la chance : il est précieux de pouvoir entendre les fines inflexions d’un consort de violes dans la fine acoustique de la Maison symphonique. À Québec, les spectateurs bénéficieront de la chaleur des sonorités du Palais Montcalm. Car Jordi Savall effectue un retour aux sources : la viole et le répertoire pour ensembles de cette famille d’instruments, le consort.

« Au début du XVIe siècle, de nouveaux instruments entrent en scène par rapport aux instruments du Moyen Âge, analyse Jordi Savall. Il y a deux familles d’instruments avec archets. La famille des violes de bras, qui, plus tard, vont devenir le violon et ses déclinaisons. Elle comporte dessus, alto, ténor et basse, des instruments à quatre cordes accordées par quintes. L’autre famille mélange la vielle et le luth médiéval et emprunte l’archet de la vielle. Ces instruments à six cordes sont accordés comme le luth [quarte, quarte, tierce, quarte, quarte] et comportent aussi soprano, alto, ténor et basse, plus violone ou contrebasse. » Jordi Savall souligne que les instruments à bras sont ceux de la musique populaire ou de danse, car ils peuvent se jouer debout, alors que les violes de gambe, jouées assis, sont destinées à la musique de chambre.

Le meilleur de tous les pays

 

« Le son doux se prêtait au dialogue. On jouait en cercle dans des familles d’une certaine éducation. Cela a démarré en Italie, en Espagne, puis c’est remonté en France, en Allemagne et en Angleterre. Là-bas, c’est devenu si populaire que si vous étiez invité à déjeuner dans une maison et que vous ne saviez pas jouer, vous risquiez de vous retrouver dans une situation très embarrassante ! »

Cet engouement explique le nombre de compositeurs anglais qui se sont intéressés au consort. « Notre programme L’âge d’or de la musique pour consort prend les plus beaux exemples de cet art dans chaque culture », résume le chef et gambiste. Jordi Savall raconte qu’en Italie et en Espagne, les ensembles comptaient quatre violes, en Allemagne cinq, un chiffre qui pouvait monter à sept en Angleterre.

« Cette musique est étonnamment riche. On trouve des danses comme The King of Denmark’s Galiard, des oeuvres lentes et expressives comme Semper Dowland Semper Dolens, un portrait de Dowland par lui-même, des pièces brillantes comme Sopra La Battaglia de Giuseppe Guami, des pièces très recherchées au niveau des sonorités comme Durezze e ligature de Giovanni Maria Trabaci, avec de constants jeux de dissonances ou Four-note Pavan de Ferrabosco, où la voix de soprano joue quatre notes alors que les autres voix brodent des contrepoints très riches. »

Le consort de violes n’a pas été tué par l’invention du quatuor : « Le quatuor est venu plus tard, dit Jordi Savall. Ce qui a tué le consort de violes, c’est l’orchestre, avec des instruments capables de conquérir des salles plus grandes avec leurs sonorités plus puissantes. Avec le consort de violes, on rejoignait à l’époque une centaine de personnes, mais pas davantage. Après Bach, la musique évolue vers une musique plus concertante. » Mais l’évolution était aussi esthétique, préconisant, au XVIIIe siècle, « le style italien, avec une musique plus brillante, plus virtuose », alors que le consort de violes repose sur l’égalité des voix.

« Personne ne domine dans cette démocratie musicale », conclut Jordi Savall.

Fantaisies, batailles et danses. L’âge d’or de la musique pour consort (1500–1750)

Oeuvres de Bach, Brade, Cabanilles, Charpentier, Dowland, du Caurroy, Ferrabosco, Guami, Holborne, Locke, Purcell, Scheidt, Trabaci, Tye et Woodcock. Hespèrion XXI : Jordi Savall, pardessus de viole ; Philippe Pierlot, dessus de viole ; Anna Lachegyi, ténor de viole ; Juan Manuel Quintana, basse de viole ; Xavier Puertas, violone ; Enrike Solinis, théorbe et guitare.À Québec, au Palais Montcalm, le 6 novembre à 15 h. À Montréal, à la Maison symphonique, le 7 novembreà 19 h 30, et au Centre Carleton Dominion-Chalmers, à Ottawa, le 8 novembre à 19 h 30.

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