20e cérémonie des Victoires de la musique - Le «M» de la victoire

Matthieu Chédid, alias M
Photo: Agence France-Presse (photo) Matthieu Chédid, alias M

Pour sa 20e édition, la cérémonie des Victoires de la musique s'est offert le luxe de couronner un jeune chanteur au look improbable, faisant souffler un air de folie sur la grande scène du Zénith à Paris. Samedi soir, c'est incontestablement M, alias Matthieu Chédid, qui a régné sur la soirée.

M avait déjà goûté aux Victoires en 2000, avec deux récompenses pour son disque Je dis aime. Cette année, il double la mise, avec quatre récompenses, et non des moindres. Meilleur album pour son troisième opus Qui de nous deux, DVD de l'année, spectacle de l'année... et surtout artiste masculin, le titre par excellence.

En coulisses, le chanteur, personnage de clown perpétuel en veste noire, la coupe à la diable, n'en revient pas. «Irréel, surréaliste... un jour ou l'autre, je me réveillerai et je me dirai: "oh la la"!» Mais Matthieu Chédid n'est pas dupe des paillettes. Il promet déjà de mettre ses nouvelles Victoires «au placard, avec les autres», et va jusqu'à affirmer sur scène: «Il y a beaucoup de gens plus doués que moi. Et notamment mon père [Louis Chédid] qui n'a jamais gagné ce truc-là.»

Déception pour Corneille

Une pique lancée au jury de 800 professionnels qui décerne les prix. Parmi les mal aimés des Victoires, on peut désormais également compter Corneille. Le chanteur canadien, nommé à deux reprises en 2004, était alors passé à côté des récompenses. Cette année encore, Corneille, seul artiste québécois en lice avec Natasha Saint-Pier (qui elle était uniquement nommée en catégorie vidéoclip), est reparti les mains vides. Après s'être fait voler la vedette comme artiste masculin par M, il n'a même pas obtenu de prix de consolation pour le vidéoclip, finalement attribué à Alain Chamfort. «Ce sont les aléas des Victoires, allez comprendre le jugement des professionnels», soupire en coulisses Pascal Nègre, le p.d.-g. d'Universal. «Mais le plus important, c'est le public. Corneille est un vrai "grand", doté d'un charisme, d'une voix, d'une écriture.» L'accueil de la salle lorsqu'il vient sur scène chanter Comme un fils ne laisse d'ailleurs aucun doute sur sa cote de popularité. Touché lui aussi, Jack Lang, ancien ministre de la Culture sous François Mitterrand: «Corneille, c'était un des grands moments de la soirée, émouvant, bouleversant... Il fait beaucoup pour la francophonie.» Malgré le soutien de ses fans, le chanteur, déçu, s'éclipse discrètement avant la fin de la soirée.

Une très longue soirée

On ne saurait d'ailleurs lui en vouloir d'être parti aussi tôt. Pour les vingt ans des Victoires, France 2 a concocté une soirée de presque cinq heures. L'anniversaire, ponctué d'un bric-à-brac d'images d'archives, s'étire en longueur, tandis que les animateurs distribuent les prix et les hommages. Même la douce Françoise Hardy, sacrée artiste féminine de l'année, en perd patience: «Moi, j'aime ce qui va vite. Mais je ne veux pas cracher dans la soupe, sinon on va m'enlever ma Victoire», sourit-elle dans les loges.

Malgré tout, la soirée a réservé quelques beaux moments. Bien sûr il y a eu la prestation déjantée de Matthieu Chédid. Mais aussi Jane Birkin en duo avec Mickey 3D, la délicate Jeanne Cherhal à son piano, sacrée ensuite révélation du public. Ou encore la joie de la Grande Sophie, révélation scène. «Vous pouvez me dire tout ce que vous voulez, je ne sais plus où je suis», lance-t-elle aux journalistes venus l'interroger.

À presque deux heures du matin hier, la cérémonie s'est achevée. Quatre prix spéciaux ont été décernés à des «anciens», dont Alain Souchon et Mylène Farmer. Mais hormis ces récompenses, au vu du palmarès, on peut se dire que les Victoires ont décidément cherché à prendre un coup de jeune.