Le chef Daniel Barenboim se retire de la scène

Daniel Barenboim à l’Opéra d’État de Berlin
Christian Mang Daniel Barenboim à l’Opéra d’État de Berlin

Le chef d’orchestre et pianiste israélo-argentin Daniel Barenboim a annoncé mardi son retrait de la scène musicale, notamment de ses activités de chef. Le musicien de 79 ans a précisé être atteint d’une « maladie neurologique grave ».

C’est par un bref communiqué diffusé en allemand et en anglais sur Twitter et Facebook que M. Barenboim a consterné le monde musical. « C’est avec un mélange de fierté et de tristesse que j’annonce aujourd’hui [mardi] que je prends du recul pour les mois à venir par rapport à certaines de mes activités de spectacle, en particulier les engagements de direction. Mon état de santé s’est détérioré ces derniers mois et on m’a diagnostiqué une atteinte neurologique grave. Je dois me concentrer désormais sur ma santé et mon bien-être. » 

Certes, le musicien avait annulé plusieurs concerts la saison dernière, mais il était revenu à Salzbourg cet été. Tout était en place pour les festivités de son 80e anniversaire, le 15 novembre prochain. Des signes inquiétants avaient récemment été donnés à nouveau par l’annulation de sa présence au pupitre du Ring de Wagner, oeuvre emblématique de sa carrière musicale, un projet monté à l’Opéra de Berlin à la rentrée.

Ambassadeur irremplaçable

 

Ce n’est pas par hasard que le communiqué de Daniel Barenboim s’achève par un credo : « La musique a toujours été et continue d’être une partie essentielle et pérenne de ma vie. J’ai vécu pour et à travers la musique, et je continuerai tant que ma santé me le permettra. » Si les prétendants à sa succession à l’Opéra d’État de Berlin ne vont pas tarder à se manifester, un poste quasiment destiné à l’Allemand Christian Thielemann, il sera difficile de trouver un ambassadeur aussi forcené prônant la mission pacificatrice de la musique. Le chef israélo-argentin, qui possède par ailleurs les nationalités espagnole et palestinienne, s’est viscéralement engagé en faveur de la paix au Proche-Orient et du dialogue entre Israéliens et Palestiniens à travers le West-Eastern Divan Orchestra, créé en 1999 avec Edward Saïd. Une galaxie de fondations oeuvrent autour de ce projet, permettant par exemple l’établissement d’un centre musical à Ramallah et une académie interculturelle à Berlin.

Prodige

 

Daniel Barenboim, né en 1942 à Buenos Aires, fait partie du paysage musical depuis la fin des années 1950. Il étudie la direction d’orchestre avec Igor Markevitch à 11 ans et fait ses débuts à Carnegie Hall comme pianiste à 14 ans, sous la direction de Stokowski, dans le 1er Concerto de Prokofiev. Après avoir arpenté les scènes mondiales comme pianiste prodige, il fait ses débuts de chef à 22 ans avec l’English Chamber Orchestra, qui l’engage dans la foulée. Barenboim débute alors chez EMI l’enregistrement intégral des concertos pour piano de Mozart, qu’il dirige du clavier. Le chef démarre une collaboration avec le Symphonique de Chicago en 1970, et enregistre les symphonies de Bruckner pour DG. Il devient le directeur musical de l’Orchestre de Paris en 1975, qu’il dirigera jusqu’en 1989. Cette année-là, il pense bien succéder à Karajan au Philharmonique de Berlin, mais les Berlinois lui préfèrent Claudio Abbado. Il cultive alors une relation avec l’Opéra de Berlin, dont il améliore la qualité de l’orchestre de manière stupéfiante. Les Berliner Philharmoniker lui refuseront le « trône » une seconde fois au départ d’Abbado en choisissant, en 1999, Simon Rattle. Mais Barenboim préservera une relation étroite avec cet orchestre, qui fut celui de son idole, Wilhelm Furtwängler.

Malgré un emploi du temps très chargé à l’opéra et en musique symphonique, Barenboim n’a jamais lâché la pratique du piano. Il a enregistré plusieurs fois les concertos de Mozart et de Beethoven et a gravé quatre intégrales des sonates de Beethoven.

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