Osmo Vänskä l’extralucide

Osmo Vänskä
Antoine Saito Osmo Vänskä

Osmo Vänskä revenait à l’OSM pour la première fois depuis 1998. Le concert, que nous avons écouté lors de la reprise de jeudi, laisse espérer que le chef finlandais puisse devenir un invité régulier de l’orchestre.

Quelle 5e Symphonie de Beethoven ! On se demande parfois à quoi sert un chef. Tous ceux qui se posent la question auraient dû pouvoir vivre le concert de cette semaine avec Osmo Vänskä à la tête de l’OSM. La réponse y était accessible à chacun, puisque nous avons déjà entendu maintes fois notre orchestre jouer cette oeuvre archi connue. Mais pas comme cela…

La musique, selon Vänskä, semble scrutée avec l’acuité d’un rayon laser. Les différences avec ce que l’on entend d’habitude ne sont en rien des gesticulations interprétatives ou des facéties. Tout va dans le sens de la musique. Vänskä opère avec un grand orchestre comme Paavo Järvi avec la Deutsche Kanmmerphilharmonie : quand une note est tantôt forte, tantôt fortissimo, il faut entendre la différence ou quand, dans un équilibre, une nuance doit faire ressortir un instrument, il faut qu’on le perçoive.

Si on schématisait en disant (de manière outrancière et erronée) que l’oeuvre est conduite par les violons et les cuivres, on pourrait affirmer que le « bonus Vänskä » est de faire entendre en permanence tout ce qu’il y a entre les deux. L’image est volontairement exagérée, mais permet de se faire une idée.

Dramaturgie

 

Ce traitement orchestral extrêmement attentif à la netteté et tonicité des entrées, ainsi qu’aux dynamiques permet de gérer des gradations en mettant en oeuvre tous les pupitres (aucun altiste n’a besoin d’aller au gym cette semaine : le travail physique est accompli !), mais aussi de créer une spectaculaire dramaturgie, notamment dans les 2e et 3e mouvement, de vrais moments de suspense.

Car ce que recherche Osmo Vänskä, c’est la vie à travers une musique bouillonnante. Mais bien au-delà du concert d’un chef invité, il y avait quelque chose de très émouvant jeudi soir : la perception — subjective, me direz-vous — de la naissance de « l’OSM de Payare ». En effet, on voyait les musiciens se démener comme de beaux diables pour ce chef qui leur demandait tant. Cette générosité est celle que demande le nouveau directeur musical. C’est celle qui nous a donné l’historique 2e de Mahler en ouverture de saison.

Et là, soudain, on se remémorait les concerts du processus de sélection et ce petit malaise ressenti en observant ce même groupe face à des chefs démiurges (Altinoglu, Payare) et en notant une réserve partielle, du moins d’une partie de l’orchestre, qui ne se « lâchait » nullement ainsi. Au-delà de la prestation de Vânskä, cette Cinquième était émouvante pour cela.

Beethoven était précédé par une fort belle oeuvre atmosphérique de Kaija Saariaho s’élevant progressivement avec beaucoup de luminosité. Quant à la première partie, les encombrements routiers montréalais nous en on fait manquer des bouts. En ce qui concerne le pan le plus important, la prestation de Su Yeon Kim, lauréate du Concours musical international de Montréal 2021, les choses sont limpides : c’est une pianiste sûre, agile et de bon goût (elle ne s’épanche pas dans le 2e mouvement), mais dont la fade production sonore reste limitée aux avant-bras au lieu de naître du bassin et de tout le haut du corps. Le son est donc mécanique et pas « organique » ce qui fait que les contrastes dynamiques, dans le Finale par exemple, manquent de carrure. Prestation honorable, présentable, mais sans lendemains.

Osmo Vänskä et la 5e de Beethoven

Unsuk Chin : Subito con forza. Beethoven : Concerto pour piano n° 4. Kaija Saariaho : Ciel d’hiver. Beethoven : Symphonie n° 5. Su Yeon Kim, Orchestre symphonique de Montréal, Osmo Vänskä. Jeudi, 29 septembre 2022.

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