Les deux faces rock de Dan Monkman

Le groupe OMBIIGIZI, en performance au Gala Polaris 2022, à Toronto, le 19 septembre dernier. Daniel Monkman est au centre au micro.
Photo: Dustin Rabin Le groupe OMBIIGIZI, en performance au Gala Polaris 2022, à Toronto, le 19 septembre dernier. Daniel Monkman est au centre au micro.

L’auteur, compositeur et interprète anichinabé Daniel Monkman en a plein les bras ces temps-ci, entre une commande de musique de film, son projet solo Zoon et son groupe OMBIIGIZI. Trois semaines après son escale au Festival de musique émergente, il revient dans la métropole à l’invitation du festival Pop Montréal.

Un retour dans la ville québécoise, là où, « pour la première fois de ma vie, je me suis surpris à passer beaucoup de temps récemment. Tout d’un coup, je me suis fait plein d’amis ! » dit le Manitobain d’origine installé à Toronto qui, en à peine trois ans, s’est imposé comme une des voix vives du rock indépendant au Canada.

Une année bien remplie

 

Zoon et OMBIIGIZI sont deux projets complètement différents sur le plan esthétique, l’un nourrissant l’autre et, par cette osmose, faisant naître de nouvelles idées musicales chez Monkman. Le premier projet, inspiré du courant shoegaze, sert d’abord d’exploration des sonorités infinies de la guitare électrique, alors que le second lui permet, tout comme à son cofondateur Adam Sturgeon, de se défouler avec un rock franchement plus dégourdi.

« Avec les gars du groupe, j’aime blaguer en leur disant qu’on fait du rock commercial en comparaison avec Zoon ! » dit-il en plaisantant. « OMBIIGIZI, c’est l’esprit de la collaboration entre musiciens, ce que je ne peux pas vraiment recréer en travaillant sur Zoon, un projet plus contrôlé, étudié. Dans OMBIIGIZI, je cherche une libération à travers la collaboration, et j’apprends beaucoup de ça », comme en témoigne le premier des deux excellents microalbums parus sous le nom de Zoon cette année, où chaque chanson met en valeur la voix d’un musicien invité différent, qui se démarque dans l’épais nuage d’harmonies, de textures et de timbres des guitares électriques.

Photo: Pop Montréal L’auteur, compositeur et interprète Daniel Monkman (à gauche), ici en compagnie d’Adam Sturgeon, vit une année record entre son projet solo Zoon et celui du groupe OMBIIGIZI.

Ainsi, Dan Monkman vit une année record, entre son projet solo et celui du groupe, tous deux invités à faire du bruit ces jours-ci par le festival Pop Montréal. Sewn Back, le premier album du duo indie rock paru plus tôt cette année, s’est retrouvé finaliste dans la course au prix Polaris, remporté par Pierre Kwenders.

Deux ans plus tôt, c’était le Bleached Wavves de Zoon qu’on avait retenu dans la courte liste du prix canadien ; depuis, Monkman a lancé deux mini-albums, Big Pharma l’été dernier, et le tout frais A Sterling Murmuration, de quoi nous faire patienter jusqu’à la parution du prochain album complet dans six mois.

Créer avec l’instinct

« Je viens d’ailleurs de recevoir le mixage final de l’album, qui paraîtra en mars », nous apprend Monkman. « Je pense qu’il sera encore meilleur que le premier », ajoute-t-il en le décrivant comme un ensemble de chansons plus « avant-gardistes », assorties d’orchestrations de cordes signées Owen Pallett, collaborateur de Basia Bulat, Sharon Van Etten, The Weather Station ou encore Klô Pelgag.

Qu’est-ce qui l’inspire à emprunter cette nouvelle voie ? « John Williams », répond-il du tac au tac. « Il y a cette composition, A Tree For My Bed, tirée de sa bande sonore de Jurassic Park (1993) — bon, enlève Jurassic Park de l’équation et va simplement apprécier l’oeuvre, c’est superbe. Plus jeune, je ne m’étais jamais aperçu à quel point cette musique est belle, mais devenu moi-même musicien et compositeur de musique à l’image, je comprends l’exploit de créer une émotion à partir de rien. »

Et comment lui-même crée-t-il sa musique ? Par instinct, répond Dan. « La plupart de mes chansons naissent de l’improvisation. Je ne sais jamais dans quelle direction je vais en commençant à composer. Je prends une guitare, je la gratte et je chante n’importe quels mots qui me passent par la tête, c’est aléatoire. J’ai ensuite besoin de passer quelques mois avec ces ébauches de chanson pour comprendre ce qu’elles veulent dire et ce que j’ai besoin d’exprimer à travers elles. Pareil pour les textes : je cherche dans mon subconscient, je laisse les paroles sortir d’elles-mêmes. Souvent, je réfléchis au passé pour m’aider à trouver du sens dans le présent et le futur. »

Un geste politique

 

Daniel Monkman a grandi dans une réserve près de Selkirk, petite ville au nord de Winnipeg. Il n’y avait ni lecteur CD, ni tourne-disque à la maison. Qu’une radio, et sa famille, musiciens amateurs. « Dans ma famille, lorsqu’on organisait des fêtes, il y avait toujours une petite scène avec des guitares et des violons, les anciens jouaient du folk et du bluegrass. Ils m’ont inspiré à poursuivre, mais de manière plus contemporaine. » C’est par la radio qu’il a découvert Nirvana, à l’âge de 8 ou 9 ans, et grâce à son ami Scott qu’il a ensuite exploré le punk, qui l’a marqué à jamais.

Contestataire, elle aussi, la musique de Zoon et OMBIIGIZI ? Non pas dans le texte, mais par la force des choses, explique Monkman : « En fait, simplement être autochtone et composer de la musique est un geste politique en soi. C’est un geste de résilience, et surtout à l’âge que j’ai. Selon les statistiques au Canada, je devrais déjà être mort. Mon père est décédé il n’y a pas si longtemps, et il n’était pas âgé. Deux de mes amis aussi sont récemment décédés. Pour moi, d’être encore vivant et de faire de la musique, c’est faire mentir les statistiques. »

En concert le 1er octobre, dès 16 h, à l’Entrepôt 77, avec HARU NEMURI, Pelada, Witch Prophet, Ura Star & Fireball Kid, Paris Pick et Father Figuer, pendant Pop Montréal

 

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