Super Plage fait durer l’été à POP Montréal

Grâce à son projet électro-pop, Jules Henry a ce pouvoir de chasser la grisaille ambiante.
Photo: Annik MH de Carufel Le Devoir Grâce à son projet électro-pop, Jules Henry a ce pouvoir de chasser la grisaille ambiante.

Le moment prévu de notre conversation avec Jules Henry ne pouvait mieux tomber. « Parce qu’il pleut ? » demande-t-il. Précisément, oui : grâce à son projet électro-pop Super Plage, Jules a ce pouvoir de chasser la grisaille ambiante.

« En effet, ce n’est pas mon genre d’en rajouter à la morosité ces temps-ci », reconnaît-il. Sa musique met du soleil dans nos vies, ce dont nous avons eu bien besoin dans les derniers jours. L’auteur-compositeur-interprète et sa bande élargie d’éternels vacanciers de la pop fouleront jeudi soir la scène de La Sala Rossa, le temps d’un beach party commandité par le festival Pop Montréal.

Une semaine après avoir récolté sa première nomination en carrière pour un Félix, dans la catégorie Album électronique de l’année, Jules Henry est encore sur un nuage : « Comment je te dirais ça… Ah, c’est ça le mot que je cherche : la validation ! Lors de la conférence de presse [du dévoilement des nominations], je me sentais encore un peu imposteur. Une petite victoire comme celle-là aide, c’est comme si on reconnaissait que je fais un peu partie de cette industrie que j’admirais de loin. Je le prends avec énormément d’humilité, parce que tous ces gens qui m’acceptent, je me sentais loin à l’extérieur de leur cercle. Je n’imaginais pas un jour en faire partie — je ne sais pas si c’est aujourd’hui le cas, mais je travaille tous les jours pour que ça arrive. »

Machine à faire la fête

Sans arrêt, qu’il travaille, Jules. Avant même sa participation à l’édition 2021 des Francouvertes, le jeune Rimouskois d’origine avait déjà lancé deux albums, récidivant ensuite avec Électro-vacances en septembre 2021, puis avec un album de remix de compositions de collègues aussi musicalement diversifiés qu’Anachnid, Calamine, Safia Nolin, Ariane Roy, Valence et Les Shirley.

La maison de disques Lisbon Lux Records (Le Couleur, Paupière, Radiant Baby, Däs Mortal) l’a recruté et planifie déjà la parution de son prochain disque — d’ailleurs, Super Plage lançait début septembre une nouvelle chanson, Forêt magique, inspirée par ses concerts donnés au festival La Grosse Lanterne, en pleine forêt, à Béthanie. Et à relire les pages de son agenda chargé pour l’été qui vient de se terminer, on dirait que le mot s’est passé entre programmateurs de festivals : Super Plage, c’est une machine à faire la fête.

Ce qui est frappant, en vérité, c’est de constater que des musiciens exploitant le filon de la chanson électronique dansante comme le fait Jules, il en existe si peu au Québec. Si les radios commerciales avaient des oreilles, elles joueraient du Super Plage à longueur de journée, ça ferait changement des baudruches anglo-saxonnes devant lesquelles Jules Henry se distingue avantageusement, et pas seulement parce que ses chansons sont en français.

Ritournelles joviales et psychédéliques

« Mon histoire ? Laisse-moi te résumer ça en deux minutes : quand j’étais jeune, avec mes amis, on trippait sur le punk, genre Sum 41, NOFX, Blink-182. Mon parrain m’a donné une guitare, on a formé un groupe punk qu’on a mené pendant six ou sept ans, et on avait la chance de donner des concerts à Rimouski parce que y’avait pas beaucoup d’autres groupes du coin. Alors quand The Sainte Catherines venaient, c’était nous qui ouvrions. Un ami m’a un jour ouvert les portes de son studio pour enregistrer quelque chose, et je suis viré fou avec ça. Je suis tombé dans l’enfer des machines », les boutons, les petits écrans, les boîtes à rythmes et les synthés. Jules s’imaginait même faire sa vie comme réalisateur.

Souvent, lorsque je travaille sur un album, je m’imagine qu’il sonnera toujours hautement réalisé à la manière de Flume [vedette australienne de la pop électronique], avec des sons incroyables, mais ça finit toujours par se rapprocher davantage de la chanson pop

 

Il remercie plutôt Spotify de l’avoir mis sur le bon chemin : « Un ami m’a fait découvrir [le groupe new wave français] La Femme, et Spotify s’est mis à me recommander des trucs du genre L’Impératrice, Polo & Pan, Le Couleur — que je croyais être un groupe français, jusqu’à ce que je comprenne que les musiciens habitent à côté de chez nous. L’algorithme de Spotify m’avait compris, ça a changé ma vie ! »

Dans sa musique, Jules Henry démontre autant sa passion pour le design sonore que son pif pour les ritournelles accrocheuses, joviales (et souvent psychédéliques dans ses textes), « mais en même temps, j’écoute beaucoup de chansons, comme celles de Pierre Lapointe. Souvent, lorsque je travaille sur un album, je m’imagine qu’il sonnera toujours hautement réalisé à la manière de Flume [vedette australienne de la pop électronique], avec des sons incroyables, mais ça finit toujours par se rapprocher davantage de la chanson pop ».

Le prochain album de Super Plage paraîtra au printemps 2023, et on peut s’attendre à un nouveau coup de soleil pop rassembleur — car voilà bien une autre caractéristique de la personnalité musicale de Jules : ce gars-là s’est fait beaucoup d’amis musiciens, qui le visitent volontiers en studio ou sur scène. Mélanie Venditti, Virginie B, Le Couleur encore, Meggie Lennon, on en oublie. « Oui, j’essaie d’être rassembleur. Je me sens surtout très privilégié d’être aussi bien entouré. Je dis souvent que je ne me vante pas beaucoup dans la vie, mais je peux dire que mes amis sont hot en estie ! »


En concert jeudi, dès 20 h, à La Sala Rossa, en compagnie de Virginie B et shn shn, à l’affiche du festival Pop Montréal.

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