Ringo Starr et son All-Starr Band à Laval

Quand Ringo est content de son groupe et de lui-même dans ce groupe, tout est naturellement parfait
TimSnowPhoto Quand Ringo est content de son groupe et de lui-même dans ce groupe, tout est naturellement parfait

Il arrive en courant. Ringo ! Le vrai de vrai Ringo Starr des Beatles. Avec son nez de Ringo. Sa dégaine de Ringo. Sa bonne voix de Ringo. Sa sveltesse de Ringo ! Quel Ringo, ce Ringo ! La forme spectaculaire, la rigolade facile et de toute évidence, le goût très vif d’être là. Plus que jamais ? On peut l’affirmer. Son triplé d’entrée est imparable : du Carl Perkins (Matchbox, comme en 1964 de l’autre côté du 45 tours Slow Down), son premier succès solo (la parfaite It Don’t Come Easy, comme au Concert for Bangladesh en 1971), et la seule et unique chanson signée Lennon-McCartney-Starkey (What Goes On, presque jamais jouée en spectacle). C’est déjà très satisfaisant, on a les yeux dans l’eau, rien qu’à partager sa ferveur renouvelée.

Oui, renouvelée. Mine de rien, ça fait sept ans depuis la dernière fois. Presque jour pour jour : c’était au Saint-Denis, le 21 octobre 2015. Mesurons : sept ans, c’est l’intervalle entre la première photo de Ringo Starr en tant qu’officiel batteur des Beatles, en répétition au Cavern le 22 août 1962, et la toute dernière du quatuor, à Tittenhurst Park, le 22 août 1969. Mesurons à nouveau : Ringo Starr est en tournée avec les différentes incarnations de son All-Starr Band depuis… 1989. Il en est à la quinzième bande de chouettes copains musiciens vedettes, mais on peut dire que Ringo présente ce spectacle depuis plus que quatre fois sept ans. Bientôt cinq fois. De manière continue. À la pandémie près.

La pandémie galvanisante

 

Pour ce Ringo qui n’aime rien de plus dans la vie que jouer, jouer, jouer, la pandémie était une punition qui confinait à intolérable. D’autant qu’il a passé le cap des 80 ans en plein confinement. Et c’est ce qui rend cette soirée si différente. Si exceptionnelle. En 2015, au Saint-Denis, c’était moins bien qu’en 2001 au Centre Molson . En 2015, Ringo avait, comment dire ? La joie routinière. Le plaisir certes récurrent, mais un peu érodé. En 2001, ç’avait été formidable, notamment parce que Roger Hodgson, ex-Supertramp, avait été au moins autant ovationné que l’ex-Beatle. Au grand étonnement de celui-ci. Pour ceux et celles qui étaient allés applaudir Ringo et son fabuleux All-Starr Band en 1992 au parc d’amusement Canada’s Wonderland, le souvenir de Burton Cummings volant presque la vedette à notre Ringo bien-aimé est indélébile.

Faire mieux ? Sur papier, All-Starr Band pour All-Starr Band, les premières moutures sont imbattables. Mais quand on voit Ringo dans cette Place Bell de Laval qui n’existait même pas la dernière fois, et qu’il s’installe derrière sa batterie pour accompagner son groupe, en souplesse et en dodelinant du chef en signe patent de plaisir de musicien actif, c’est franchement formidable. Et le groupe est sans doute le plus soudé des quinze… Moins étincelant, mais d’une grande cohérence. Un esprit de corps, à la Ringo comme au temps béni des quatre garçons dans le vent.

Un répertoire mis en commun

 

Ça fait que tout est bon, tout devient le répertoire de ce groupe. Edgar Winter et sa Free Ride, Steve Lukather et sa Rosanna, Hamish Stuart et son funky Pick Up The Pieces, Colin Hay et son très populaire Down Under, ils jouent chaque titre très très ensemble parce que ça leur appartient désormais au présent, au sein du groupe, avec Ringo dans le rôle de pilote du véhicule, en l’occurrence un sous-marin jaune. La meilleure version de Yellow Submarine depuis Revolver en 1966, ce n’est pas rien.

« Now I’m way past 32 / And all I wanna do / Is boogaloo / Hey ! », chante joyeusement Ringo sans remplacer « now I’m only 32 » par « only 82 ». Même si on le sait. Richard Starkey aurait bien pu mourir enfant. Péritonite à six ans, tuberculose à 13. Presque trois ans à l’hôpital. Sa liste d’allergies est plus longue que ses baguettes mises bout à bout. Les excès des années 1970 (avec feu Keith Moon et Harry Nilsson pour frères de beuverie), rien n’a eu raison de ce coeur qui n’a jamais raté un seul battement.

Quand Ringo joue à son goût

Il n’y a rien qui bat un Ringo à la batterie qui chante Boys comme au temps de son « Starr Time » à Liverpool. Constat : la séquence sans lui, showcase pour chacun (surtout Edgar Winter et son Frankenstein), est à la fois superflue et utile. Ringo se repose un peu, la foule passe un bon moment, et tous les musiciens jouent pour jouer, c’est ce qui compte. En attendant Ringo. Pas trop longtemps. Lequel offre une magnifique version d’Octopus’s Garden, et revient derrière ses peaux pour Back Off Boogaloo, avec un p’tit bout de Helter Skelter en bonus. Et demeure à la batterie pour la suite. Son jeu à la grande cymbale dans Africa touche plus que l’hymne des années 1980 : Ringo continue d’être au service de la pièce jouée. Efficace Ringo ! On se rend ainsi jusqu’au bouquet final, en passant par les Isley Brothers : Ringo n’a pas eu le geste aussi leste depuis des décennies. Ajoute des roulements à Ringo. Meilleur parce que le groove est bon. Comme au temps des Beatles, Ringo Starr est inspiré et inspire tout le groupe.

Il faut le voir taper dans I Wanna Be Your Man, puis… Johnny Be Good ! On pourrait être à l’Empire Ballroom de Liverpool avec Rory Storm et ses Hurricanes ! Le Ringo d’avant les Beatles ! Wow. Les Photograph et With A Little Help From My Friends sont des cadeaux presque trop attendus après ça. Act Naturally, chanson country « Bakersfield sound » par excellence, résume idéalement la belle, belle soirée : quand Ringo est content de son groupe et de lui-même dans ce groupe, tout est naturellement parfait.

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