Un «Songe» astucieux, drôle et féerique

«Songe d’une nuit d’été»
Photo: Antoine Saito «Songe d’une nuit d’été»

Une semaine après l’historique coup d’envoi de sa première saison de directeur musical de l’OSM, avec la 2e Symphonie de Mahler, Rafael Payare a concocté un très astucieux programme permettant enfin d’entendre l’intégrale de la musique de scène du Songe d’une nuit d’été de Mendelssohn dans un spectacle de théâtre musical raffiné.

Il n’a pas raté son entrée en fonction, Rafael Payare ! Avec la 2e Symphonie de Mahler, la semaine passée, il tournait la page de la pandémie. Avec ce Songe d’une nuit d’été en seconde semaine, il coupe l’herbe sous le pied à toute velléité de nostalgie de l’ère Nagano.

Le mandat du chef émérite de l’OSM avait été marqué par des projets, tels Fred Pellerin, ou l’Aiglon. Nagano en avait fait sa signature créative un peu « intello ». En arpentant d’emblée le même terrain, mais sur un domaine nullement labouré par son prédécesseur et réalisé avec un luxe d’inventivité et d’esprit, Rafael Payare, que ce soit volontaire ou non, nous signale clairement que nul n’est irremplaçable.

Le retour du masque

 

Le Songe d’une nuit d’été, à nouveau présenté deux fois ce jeudi, est un projet judicieux et original. On ne sait trop que faire en général de la musique complète de Mendelssohn, qui pourtant est très belle. On peut jouer la musique seule, certes. Les tentatives pour la contextualiser ont souvent impliqué un narrateur résumant l’action. Mais il est possible de viser beaucoup mieux et c’est ce qu’a fait Gerard McBurney, compositeur arrangeur et écrivain britannique.

En concentrant l’action de la pièce, d’une manière où théâtre et musique peuvent s’équilibrer, McBurney recrée un genre, le masque (musique et théâtre), qui associait traditionnellement Purcell et Shakespeare. Catherine Vidal en a fait l’adaptation française et théâtrale pour le projet et nous voici embarqués pour une excellente mise en forme de la musique de Mendelssohn, habitée par un théâtre qui rend tout aussi bien justice à Shakespeare.

Les jeunes acteurs qui se démultiplient, semblent vraiment bien s’amuser, avec en apogée Simon Beaulé-Bulman et Valérie Tellos dans la représentation de Bottom et Quince. Le projet est soigné tant au niveau des lumières que des costumes (l’âne stylisé, mais irrésistible).

Rafael Payare dirige Mendelssohn avec un grand souci de finesse, de détail et une vraie joie. Il n’y a pas de recherche de virtuosité démonstrative, mais davantage de la souplesse décontractée, très juste sur le plan stylistique. La prestation du choeur de femmes et des solistes Anna-Sophie Neher et Rose Naggar-Tremblay est impeccable.

En première partie, les Nocturnes de Debussy étaient honorables, mais sans la fine souplesse de Nuages, l’ivresse de Fêtes (que Nagano, pour le coup, réussissait vraiment bien) ou la sensualité de Sirènes.

Ce concert marquait aussi un grand moment dans l’histoire de l’OSM : le départ à la retraite du violon solo Richard Roberts après 40 ans. Madeleine Careau, présidente-directrice générale, a dit qu’il s’agissait d’un des 10 plus longs mandats du genre au monde au sein d’un orchestre. On veut bien la croire. Le public a salué le musicien ému.

Le songe d’une nuit d’été de Rafael Payare

Debussy : Nocturnes. Mendelssohn : Le songe d’une nuit d’été, Ouverture, op. 21 et musique de scène, op. 61. Anna-Sophie Neher (soprano) et Rose Naggar-Tremblay (contralto), Choeur et Orchestre symphonique de Montréal, Rafael Payare. Avec les acteurs Samuël Côté, Sofia Blondin, Mattis Savard-Verhoeven, Rebecca Vachon, Simon Beaulé-Bulman, Valérie Tellos, Tiffany Montambault. Mise en scène et adaptation : Catherine Vidal d’après Gerard McBurney. Scénographie et costumes : Patrice Charbonneau-Brunelle. Éclairages : Chantal Labonté. Reprise jeudi à 10h30 (sans Debussy) et 19h30.

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