Créations Julie Aubé, vêtements et chansons de confection

La musicienne et membre des Hay Babies, Julie Aubé
Photo: Valerian Mazataud Le Devoir La musicienne et membre des Hay Babies, Julie Aubé

Il y a quelque chose de jouissivement familier dans le groove sourd et régulier qui lance Watch toi, le premier titre du nouvel album de Julie Aubé. C’est très Creedence Clearwater Revival, entre Susie Q, Down On The Bayou et I Heard It Through The Gravevine. « Pour être clair, c’est clair comme de l’eau de roche qu’il y a du CCR, du Clearwater là-dedans », opine-t-elle joyeusement. Sous-entendu : bonne façon de démarrer, hein ! Pour ça, oui. « Ça me dérange pas que ça s’entende. C’est dans moi. Depuis que je suis au monde que ça joue dans la maison et dans l’auto. Mais ces riffs-là, qui passent par les Rolling Stones ou CCR, ils viennent de quarante chansons avec un riff blues, c’est la matière brute pour créer. » La Susie Q psychédélique de CCR, de fait, est une rallonge façon San Francisco de la Susie Q rockabilly de Dale Hawkins, et le riff est joué à l’origine par James Burton, futur guitariste de Ricky Nelson, Elvis et Emmylou Harris. Tout est lié.

« Je suis alright avec ça. Je l’admets, pas de problème, ça fait partie du processus. » Il s’agit tout bonnement de reprendre le fil, et coudre autre chose. « Moi, je rapièce, je redécoupe, je m’en sers pour m’exprimer, pour mes affaires à moi. » Littéralement. C’est elle qui crée ses vêtements de scène et ceux de ses soeurs de musique des Hay Babies, inspirée par des catalogues de la fin des années 1960 et de patrons d’époque. Pour la tournée de l’album Boîte aux lettres, Katrine Nöel, Vivianne Roy et Julie avaient tout une garde-robe de ses créations en trois exemplaires. Sur ses pages Facebook, Instagram, c’est elle qui pose, faute de mannequin pour sa petite boutique-maison. « C’est juste le fun. Dans ma famille, on m’a toujours encouragée. » À faire « n’importe quoi », écrit-elle dans les remerciements du livret de Contentement.

L’appartenance et la liberté

Julie Aubé a grandi à Memramcook, au Nouveau-Brunswick. Au sud-est de Moncton, pour situer vite fait. « Mon père, c’est vraiment un beau fou. Je connais personne d’aussi spontané. Il n’a jamais eu peur de prendre des risques. Quand j’étais jeune, je le trouvais juste crazy, il arrivait chez nous avec trois motocross, pour moi et mes soeurs qui en avaient jamais fait. Pas de trouble, il nous a appris comment. Une autre fois, on était dans un pique-nique familial, on jouait au Frisbee, mon père dit : “Lâche ton Frisbee, on s’en va en Caroline du Sud !” Et on est partis ! J’ai compris plus tard que c’était son mode de survie. C’est comme ça qu’il rendait supportables ses problèmes au quotidien, sa job. Alors pour moi, c’est normal de partir en tournée, de faire des costumes, j’ai des attaches, mais je me sens toujours libre. »

Dans la chanson Deuxième main, on comprend que le sentiment d’appartenance, le désir de continuité, le besoin de créer, permettent de vivre aussi une vie rock’n’roll, avec et sans les Hay Babies. « J’verse une larme / Pour ceux qu’on blâme / Comme les belles couvertes / courtepointe / Qu’essayent de se tiendre ensemble / par des épingles » Que Julie Aubé soit devant sa machine à coudre ou devant une grosse foule joyeuse aux dernières Francos de Montréal (sous une pluie plus que battante), l’intention est toujours la même. Faire tenir les morceaux de linge ensemble, tisser des liens entre les gens.

Être bien dans son linge

 

C’est toute l’idée de Contentement. Le mot est la réponse à une grande question : est-on capable de contentement, dans ce monde jamais contené ? Peut-on être bien dans sa tête et dans son linge, où que l’on soit ? Bien toute seule avec ses propres musiciens ou avec les deux autres Hay Babies ? « Moi, je pense que ça se peut. C’est ça que ça symbolise, les vêtements colorés que je fais. C’est du bonheur que je porte chaque jour. C’est ça que je veux faire sentir dans les strummings de guitare que j’aime tellement jouer que j’en mets plein de couches. » Il y a en effet beaucoup de strummings vigoureux à travers Contentement. « Même dans les chansons tristes, je veux que la musique fasse du bien, que ça roule non-stop comme une toune de CCR. »

Contentement

Julie Aubé

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