Oliver Sim, le laid, le beau

Sans crier gare, Oliver Sim a dévoilé en mai dernier le titre de son premier album solo en lançant un premier extrait à couper le souffle.
Photo: Laura Jane Coulson Sans crier gare, Oliver Sim a dévoilé en mai dernier le titre de son premier album solo en lançant un premier extrait à couper le souffle.

Des membres du trio électro-R&B-pop britannique The XX, Oliver Sim était celui dont on n’attendait pas d’album solo, et lui ne se voyait pas en enregistrer un. « Ça n’était pas sur mon radar, parce que j’adore faire partie de The XX. Tu sais, je forme ce groupe avec mes deux meilleurs amis depuis l’âge de 15 ans — c’est plus de la moitié de ma vie ! »

« Je suppose que j’hésitais à le faire parce que je ne savais pas comment ça sonnerait, poursuit l’auteur-compositeur-interprète. Et quelles idées aurais-je à proposer ? Qu’est-ce que j’ai à dire ? » Beaucoup de choses importantes, en vérité, découvre-t-on sur Hideous Bastard. « Ceci n’est pas un album de chansons d’amour », prévient le musicien.

Jamie XX a lancé son magnifique album solo In Colour en 2015, il en mijote présentement un deuxième qu’on espère écouter l’an prochain ; Romy Madley Croft a annoncé son album à l’automne 2020 avec une accrocheuse première chanson, Lifetime, mais on attend encore la suite.

Honnêteté

 

Sans crier gare, Oliver Sim a dévoilé en mai dernier le titre de son premier album solo en lançant un premier extrait à couper le souffle. La chanson, une ballade tissée de cordes et de guitare acoustiques au milieu desquelles surgit une rythmique étouffée, s’intitule Hideous. Hideux. Elle ouvre l’album à dessein, Sim y faisant une révélation courageuse dans le tout dernier couplet : « Radical honesty might set me free / If it makes me hideous / Been living with HIV since seventeen / Am I hideous ? » Ouf.

« Ce fut un soulagement de diffuser cette chanson », souffle Oliver Sim, contacté à Londres par visioconférence. « Dans mon cercle d’intimes, la plupart savaient que je suis séropositif ; pour certains d’entre eux, je leur dis une fois, pour ne plus jamais en reparler. » Sujet délicat, s’il en est. « Je trouve beaucoup plus facile d’être honnête en écrivant une chanson qu’en discutant avec quelqu’un de ça. La chanson, je n’ai pas à être dans la même pièce que ceux qui l’écoutent, je n’ai pas à voir leur réaction… En fait, ce qui m’a vraiment fait du bien et aidé, ce sont toutes les conversations que j’ai eues à propos de la chanson, avec mes collaborateurs, avec les journalistes. Chaque conversation m’éloigne un peu du sentiment de honte avec lequel je vis. »

Un sentiment qui trouve son symbole dans un thème principal de l’album : le cinéma d’horreur, une passion que ses amis de The XX ne partagent pas avec lui et qui contribue à donner une identité musicale propre à l’album d’Oliver, réalisé avec brio par Jamie. « Il y a, par exemple, cette espèce de son, comme un synthé qui bourdonne derrière certaines chansons, que j’adore, analyse Sim. Un son inspiré de la musique des films d’horreur que j’aime, le travail de John Carpenter, la musique [du groupe italien des années 1970] Goblin, c’est à la fois beau et sinistre. »

Porter un masque

 

Puis dans les mots : au coeur de l’album, la chanson Unreliable Narrator est inspirée d’un monologue de Christian Bale, qui joue le rôle de Patrick Bateman dans American Psycho (2000), personnage mentionné (avec le répugnant Buffalo Bill de The Silence of the Lambs, 1991) dans la dernière chanson, Run the Credits. « C’est ce type de personnage monstrueux qui me fascine le plus, abonde Oliver. Je ne suis évidemment pas un tueur en série, mais cette idée de se déguiser, de “porter un masque” pour se dissimuler aux autres, ça me parle. [La chanson] Hideous n’a rien à voir avec l’apparence, et tout à voir avec comment je me sens. Les monstres ne m’empêchent pas de dormir, mais ma solitude, ma honte, oui. »

On l’aura compris, la pop d’Oliver Sim ne flotte pas à la surface des choses, mais les mélodies, les grooves savants et les orchestrations sophistiquées allègent le propos. Dès Romance With A Memory, deuxième chanson, on a envie de danser en douceur, emportés par un groove rendant hommage au Motown classique, plus soul encore sur Sensitive Child qui suit. Never Here aurait pu être composée pour le prochain album de The XX, tout comme GMT portant la signature house de Jamie XX, qui recycle un bon flash de son propre album solo en collant sous la voix d’Oliver les harmonies vocales des Beach Boys (la chanson Our Prayer, de Smile !).

« Ma plus grande crainte est que le public perçoive cet album comme une oeuvre triste et lourde, car ce n’est pas ainsi que je l’entends, avoue Oliver Sim. J’entends beaucoup de joie, en vérité, dans l’album. »

Hideous Bastard d’Oliver Sim sera lancé vendredi sur étiquette Young.

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