Rouyn-Noranda retrouve ses plus beaux atours

Tourmentée par l’actualité, la ville de Rouyn-Noranda reprend goût à la fête, au moins jusqu’à la conclusion du rassemblement musical dimanche soir qui devrait alors avoir attiré près de 35 000 spectateurs. Sur cette photo, le rappeur Koriass sur scène.
Photo: Christian Leduc Tourmentée par l’actualité, la ville de Rouyn-Noranda reprend goût à la fête, au moins jusqu’à la conclusion du rassemblement musical dimanche soir qui devrait alors avoir attiré près de 35 000 spectateurs. Sur cette photo, le rappeur Koriass sur scène.

Après deux éditions affaiblies par la menace virale, le Festival de musique émergente (FME) d’Abitibi-Témiscamingue reprend du poil de la bête pour célébrer son 20e anniversaire. Depuis jeudi dernier, les deux grands sites extérieurs de l’événement font le plein de mélomanes, attirés d’abord par l’affiche acadienne de jeudi soir – avec Lisa Leblanc, Les Hay Babies et P’tit Belliveau – puis celle d’hier consacrée au rap d’ici, avec LOUD, Koriass et Sarahmée. Tourmentée par l’actualité, la ville de Rouyn-Noranda reprend goût à la fête, au moins jusqu’à la conclusion du rassemblement musical dimanche soir qui devrait alors avoir attiré près de 35 000 spectateurs.

Météo clémente jeudi soir, délicieusement estivale hier avec ses presque 30 degrés C, l’organisation du FME ne pouvait espérer meilleur départ à cette édition anniversaire. Les rues et ruelles adjacentes à la grande scène principale nouvellement installée sur la rue Murdoch plutôt que sur une des avenues perpendiculaires grouillent de festivaliers. L’ambiance, dans le secteur Noranda, est à la fête et aux retrouvailles, la plupart des acteurs du milieu de la musique qui avaient déserté depuis deux ans le rendez-vous en raison de la pandémie ont à nouveau suivi le trajet migratoire des plus excitantes propositions musicales d’ici : cap vers l’Abitibi.

L’affiche regorge de ces attirantes propositions, Le Couleur, Naya Ali, Connaisseur Ticaso jeudi, Choses Sauvages chapeautant hier une programmation à saveur électronique sur les rives du lac Osisko, avec la compositrice Sheenah Ko en première partie. Pour notre part, la nouveauté a guidé notre parcours, à commencer par le concert de Medicine Singers, qui offrait hier après-midi un concert-surprise rachetant celui de la veille, que des témoins nous ont décrit comme indiscipliné et entaché par de fréquents larsens.

Medicine Singers est un projet né de la rencontre entre le guitariste, compositeur et improvisateur Yonathan Gat et des membres de l’ensemble Eastern Medicine Singers, musiciens algonquins de la région du Rhode Islands. L’album, paru en juillet dernier, superpose des passages électroniques, psychédéliques, parfois jazz, aux chants traditionnels des Singers, et c’est ce que la formation, réduite à cinq musiciens (ils sont souvent le double sur scène en concert) a réussi à offrir lors d’une prestation d’une trentaine de minutes, livrée en plein après-midi, tout près du lac. Hypnotique, spirituel, et brut, la guitare électrique de Gat fracassant la constance des rythmes des deux musiciens des Premières Nations. La reprise du mythique Rumble de Link Wray, l’un des plus célèbres riffs de guitare électrique de l’histoire du rock, a dû résonner jusqu’à l’autre rive.

À l’heure de l’apéro, on retrouve les amis européens dans la petite cour arrière du Cabaret de la Dernière chance, sur la scène duquel allait se faire entendre deux orchestres torontois. Tallies, le premier, a le rock mélodieux mais inoffensif, pop et shoegaze à la fois, les guitares tapissant le rythme et donnant un peu de peine à la chanteuse, dont la voix manquait d’autorité. Joli, mais gentil – tout le contraire de Bonnie Trash qui suivait, un quatuor féminin mené par un duo de soeurs, Emmalia et Sarafina Bortolon-Vettor, la première férue de guitare aux sonorités chargées et pesantes, la seconde chantant en prenant cette posture lui donnait l’air d’une statue de granite.

Le premier album du duo (complété par une bassiste et une batteuse), paru plus tôt cette année, s’intitule Malocchio, et ses chansons sont inspirées d’histoires horribles que leur racontait leur grand-mère, rien de très jojo, mais en concert, l’effet est saisissant, les filles jouant avec une maîtrise impressionnante ce rock aussi planant que glacial. Seul hic : à 18 h, il était trop tôt pour bien apprécier ce son, qui s’écoute mieux une fois le soleil couché.

Dernière escale de la soirée au Petit Théâtre de Rouyn-Noranda, pour une soirée de rock dépouillé et déglingué, celui de Chad VanGaalen et de Gus Englehorn, entrecoupé de la curiosité de la soirée, le rock chaleureux et psychédélique de l’autrice-compositrice-interprète israélienne Tamar Aphek et ses trois accompagnateurs.

La musicienne originaire de Tel Aviv ouvre son tour de chant en copiant la rythmique de The Immigrant Song de Led Zeppelin, ce qui campe illico son terrain de jeu : le rock de la fin des années 1960 et des années 1970, de préférence psychédélique – plus tard, c’est le Beatles de fin de parcours qui transpire de ses chansons, avant qu’elle ne s’intéresse ensuite à une forme de soul électrique. Un aspirateur à références rock rétro, Aphek, dont le mérite est d’arriver à s’en servir pour se créer une personnalité musicale riche en mélodies. Quant à Chad et Gus, ils ont paru bien sages en comparaison, mais plus attachants encore, surtout VanGaalen, avec ses thèmes de chansons singuliers et son irrésistible air jovial.

Philippe Renaud est l'invité du Festival de musique émergente d’Abitibi-Témiscamingue.

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