Tout commence et tout finit à «Saint-Clair»

L’album de Benjamin Biolay, c’est 17 titres, textes à rallonge, musiques plus que variées, comme si on changeait de lieu chaque fois. Une durée de long métrage, presque. Et les chansons comme autant de scènes. On se croirait dans un Lelouch.
Photo: Mathieu Cesar L’album de Benjamin Biolay, c’est 17 titres, textes à rallonge, musiques plus que variées, comme si on changeait de lieu chaque fois. Une durée de long métrage, presque. Et les chansons comme autant de scènes. On se croirait dans un Lelouch.

Long et disparate. Première impression. Pas désagréable du tout, mais déconcertante. Dix-sept titres, textes à rallonge. Musiques plus que variées, comme si on changeait de lieu chaque fois. Une durée de long métrage, presque. Et les chansons comme autant de scènes.

On se croirait dans un Lelouch, tiens, bâti sur des flash-back, sur toute une vie. « C’est la façon dont j’imagine les choses et la façon dont je rêve que mes disques soient reçus, surtout celui-ci. Comme un parcours cinématographique », confie Benjamin Biolay au sujet de son nouvel album, intitulé Saint-Clair, dont la sortie est prévue le 9 septembre.

Un personnage principal

 

Au bout du fil, l’auteur-compositeur-interprète n’est pas mécontent. L’intention et le résultat concordent, ça se tient. « Tout part de Saint-Clair, avec la mer, la Méditerranée, qui est pour moi un personnage principal. » Le point de vue. Le témoin.

C’est la façon dont j’imagine les choses et la façon dont je rêve que mes disques soient reçus, surtout celui-ci. Comme un parcours cinématographique.

 

Biolay a grandi au milieu de la ville de Sète, dans un quartier du centre : Saint-Clair. Depuis que Brassens a écrit et composé Supplique pour être enterré sur la plage de Sète, le monde entier résume le lieu à la chanson et à ladite plage.

« Quand j’étais petit, les gens s’en plaignaient. Maintenant qu’il est parti, Brassens est devenu omniprésent dans la ville. »

Partir et revenir

 

Tout commence à Saint-Clair, tout finit à Saint-Clair : c’est le titre qui clôt le disque. « Les chiens aboient et les années passent […] Cinq heures et des poussières / Saint-Clair / Six heures et des poussières / Saint-Clair », et ainsi de suite, sept heures, huit heures… Le film se termine et il recommence : c’est la grâce des disques, tout joue et rejoue. Flash-back des premières amours dans Les joues roses, flash-back en série des amours mortes dans (Un) Ravel, flash-back d’une rupture amère dans Rends l’amour.

Et ça se promène comme ça, pas forcément dans l’ordre, au gré des regrets encore vifs, des extases ravivées et des souvenirs pas flous du tout. Évocations des « années perdues » et des « amis défunts » dans Les lumières de la ville.

Il y a comme une torpeur. Parfois, le soubresaut d’agonie se transforme en pulsion de vie.

 

Quand on arrive à Pourtant, un choc : « Pourtant j’ai fait le maximum pour mourir jeune ». On comprend pourquoi cet album est long. Trop long, exprès. « Il y a comme une torpeur », dit Biolay. Jusqu’à une sorte de regain. « Parfois, poursuit-il, le soubresaut d’agonie se transforme en pulsion de vie. »

L’insupportable demeure : pendant qu’on vit encore, tout autour, les complices meurent. « La vie c’est long / Ça tue les bons / En tout premier », chante-t-il tout doucement, bercé par une guitare acoustique. « Ça, c’est la chose la plus dure. Je perds des proches, des très, très proches. J’arrive à cette période de la vie… » glisse-t-il.

Sur la piste de ses propres traces

 

Il a 49 ans. « Et en même temps, il y a une guerre en Europe ! » En effet, ça meurt à tout âge, en Ukraine. La chanson est belle et triste, le rythme est délicatement bossa, on pense à Henri Salvador, important disparu, pour qui Benjamin Biolay et sa soeur, Coralie Clément, ont travaillé en 2000, avant le premier disque de Biolay : « Oui, je revisite mes débuts, je me promène à travers les styles que j’ai abordés en cours de route. »

Enregistré à quatre, en prise directe « pour la première fois de ma carrière », ça parle de mort, mais ça vit très fort. « C’est quatre coeurs qui battent ensemble, dans le même but… »

Ça permet à tous les flash-back de résonner au présent. À plus forte raison quand la très chère Clara Luciani vient chanter Santa Clara (septembre un jeudi soir) avec lui. Plaisir des voix qui se collent et plaisir du musicien avec d’autres musiciens. « Là, j’ai eu du plaisir à faire le guitariste ! » Et Biolay d’ajouter : « C’est pour ça que la vie, ça se passe à plusieurs. »

Saint-Clair

Benjamin Biolay, Polydor, en vente dès le 9 septembre

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