L’orgue Beckerath, ambassadeur musical de l’Oratoire

Pascaline David
Collaboration spéciale
L’orgue Beckerath de l’oratoire Saint-Joseph se distingue par son immensité, pour un orgue mécanique, mais aussi parce qu’il était novateur à l’époque de son installation.
PASCALINE DAVID L’orgue Beckerath de l’oratoire Saint-Joseph se distingue par son immensité, pour un orgue mécanique, mais aussi parce qu’il était novateur à l’époque de son installation.

Ce texte fait partie du cahier spécial Patrimoine religieux

Organiste titulaire de l’oratoire Saint-Joseph depuis 2015, Vincent Boucher s’emploie à faire rayonner la vie musicale de ce lieu de ressourcement. Et ce n’est pas sans compter sur la présence du grand orgue Beckerath, joyau de la basilique.

« Le grand orgue est puissant et présent, sans être trop fort. Dans son extrême douceur, on l’entend partout, affirme l’organiste titulaire de l’oratoire Saint-Joseph, Vincent Boucher, levant les yeux vers l’instrument magistral qui surplombe la basilique, et dont il décrit les mécanismes avec une précision remarquable. Même les éclatantes chamades, ces tuyaux en forme de trompette à l’horizontale, sont bien harmonisées. »

Ce colosse de bois et de métal est composé de 5811 tuyaux répartis en 78 jeux — rangées de tuyaux permettant d’obtenir un timbre particulier — et de cinq claviers, en plus du pédalier. C’est le premier du genre à avoir été construit au Québec, de surcroît par un facteur allemand, Rudolf von Beckerath. Il se distingue par son immensité, pour un orgue mécanique, mais aussi parce qu’il était novateur à l’époque de son installation.

Son arrivée en 1960, à la demande de la congrégation, relance la vie musicale de l’Oratoire et constitue une petite révolution au Québec et à l’international. Le secret réside dans la qualité et l’authenticité du son obtenues grâce à sa parfaite intégration au lieu. « On est capables d’attirer des musiciens de haut calibre grâce à sa réputation », souligne Vincent Boucher, tandis que l’organiste, claveciniste et professeur de musique à l’Université de Montréal Luc Beauséjour fait chanter l’instrument dans la basilique.

Deux salles, deux ambiances

 

Après avoir emprunté deux ascenseurs et traversé une petite chapelle, où se trouve le tombeau du frère André, Vincent Boucher entre dans la crypte construite en 1916. « Celle-ci demeure le centre nerveux de la vie pastorale, car 50 des 52 messes ont lieu ici, de même que des concerts », explique-t-il à voix basse, pour ne pas déranger les quelques visiteurs qui se recueillent.

L’orgue Casavant, plus petit, se fait discret à l’arrière de la pièce où règne une atmosphère plus intime. Cet instrument centenaire est toutefois en fin de vie et devrait être entièrement reconstruit dans les prochaines années. Seuls quelques tuyaux et jeux seront conservés pour la postérité. Une réflexion est en cours pour déterminer quel type d’orgue le remplacera. Nul doute qu’il s’agira d’un choix audacieux, promet Vincent Boucher.

Le maître mot est « qualité » pour l’organiste, qui mène en parallèle une carrière en finance depuis 23 ans. Un métier qu’il affectionne tout autant que ses fonctions à l’oratoire Saint-Joseph. Issu d’une famille d’organistes, M. Boucher a d’ailleurs appris à maîtriser le complexe instrument après la pratique du piano et du clavecin. Une certaine expérience et de nombreux voyages sont nécessaires pour savoir s’adapter à la diversité des modèles.

Faut-il être croyant ? Ce n’est absolument pas une obligation, répond le musicien, mais c’est beaucoup plus simple. « Il y a la dimension artistique, mais le côté liturgique représente 90 % du métier, on est tout le temps à l’église », souligne-t-il.

Entre musique, nature et spiritualité

 

Le mandat de M. Boucher implique également de veiller à la conservation des instruments, à l’embauche des musiciens et à la programmation musicale.

« Avant la COVID, on avait le vent dans les voiles, admet celui qui coordonnait une cinquantaine de concerts par an. Mais il faut tout recommencer. » Les travaux de réaménagement de l’Oratoire pèsent aussi dans la balance. Désormais, les événements reprennent progressivement, notamment grâce à des partenariats avec le Festival Bach et la Société de musique contemporaine du Québec.

Silencieuses durant la pandémie, les 56 cloches du carillon se sont, elles aussi, remises à sonner. « Cela nous avait manqué, confie Vincent Boucher. Quand ça a recommencé, c’était un peu comme entendre les oiseaux qui chantent au printemps. » Depuis 2009, Andrée-Anne Doane est la musicienne titulaire du seul et unique carillon du Québec.

Actuellement en restauration, celui-ci est un acteur central de la vie musicale de l’Oratoire, avec la Maîtrise des Petits Chanteurs du Mont-Royal. Ce choeur, qui accompagne les messes et participe à des tournées internationales, est très populaire.

« On veut proposer une offre musicale très complète pour les touristes, les nouveaux étudiants et les Montréalais qui peuvent se réapproprier les lieux ou même les découvrir », indique Vincent Boucher, sur le parvis de l’Oratoire. Il mentionne la splendeur de concerts tenus lors des couchers de soleil d’été, sur les marches de la basilique.

« Les gens peuvent venir initialement pour la musique, mais ils vivront une expérience qui se rapproche du spirituel, conclut-il. C’est un endroit propice au ressourcement. » Car un objectif demeure, selon l’organiste : rassembler grâce à la beauté de la musique et de l’environnement naturel qui entoure l’édifice, sur le versant nord du mont Royal.

Ce colosse de bois et de métal est composé de 5811 tuyaux répartis en 78 jeux et de cinq claviers, en plus du pédalier. C’est le premier du genre à avoir été construit au Québec, de surcroît par un facteur allemand, Rudolf von Beckerath.

L’orgue Casavant, plus petit, se fait discret à l’arrière de la pièce où règne une atmosphère plus intime. Cet instrument centenaire est toutefois en fin de vie et devrait être entièrement reconstruit dans les prochaines années. Seuls quelques tuyaux et jeux seront conservés.

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