Donné pour mort, le CD renaît de ses cendres

Des disques compacts CD dans les rayons du magasin Archambault à Montreal. 
Photo: Valérian Mazataud Le Devoir Des disques compacts CD dans les rayons du magasin Archambault à Montreal. 

Le disque compact fête en août cette année ses 40 ans d’existence. Après avoir complètement supplanté le vinyle au cours des années 1980 et 1990, ce support était donné pour mort il y a dix ans avec l’arrivée du numérique et le retour en force du microsillon. Mais voilà que le CD connaît aujourd’hui un regain de popularité inattendu chez les mélomanes.

Gonflé par la demande de plus en plus forte des collectionneurs, le prix du vinyle s’est envolé dans les dernières années, et encore plus dans les derniers mois. Les amateurs de musique, ceux qui tiennent encore à détenir une version physique des albums qu’ils écoutent, sont ainsi de plus en plus nombreux à se replier sur le bon vieux disque compact.

« Un CD d’occasion se revend environ 5 $. C’est un peu plus cher pour les styles plus nichés, comme le rap et le métal. Mais ça reste beaucoup plus abordable que le vinyle, qui est devenu hors de prix. Les gens sont partis en peur et, chaque année, ça empire. Le prix n’arrête pas de grimper », déplore Jean-François Ouimet, propriétaire de Musique Cité, à Sherbrooke.

Fondé en 1958, le plus vieux disquaire indépendant du Québec fermera ses portes dans quelques mois, notamment parce que le commerce peine à suivre le rythme de la revente de vinyles sur Internet. Sur les sites de petites annonces, le vinyle moyen se détaille autour de 20 $. Certains objets de collection trouvent preneur à plus de 100 $.

Cette surchauffe sur le marché du vinyle a des incidences non seulement sur le marché du disque d’occasion, mais aussi sur celui des nouveautés. Alors que les artistes québécois avaient repris l’habitude de sortir leurs nouveaux opus sur ce support, certains aujourd’hui n’ont plus les moyens de produire des microsillons pour leurs fans. C’est le cas du chanteur Jérôme Minière, dont le dernier album, La mélodie, le fleuve et la nuit, n’est proposé en magasin qu’en CD. L’impression aurait pris d’un an d’attente.

« Il y a entre 10 et 14 mois d’attente pour un vinyle. Ça fait longtemps que ça s’accumule, mais ça a pris de l’ampleur l’an passé avec le dernier disque d’Adele, qui a monopolisé beaucoup de pressing plants avec l’impression de 500 000 exemplaires d’un coup. Tout le monde a pris du retard, et les grosses compagnies de disque se sont “garrochées” sur les pressing plants, ce qui a laissé peu de place aux artistes plus indépendants », explique Jean-François Rioux, propriétaire de la boutique Le Vacarme, sur la Plaza Saint-Hubert.

Pas de nostalgie

 

Pour Luc Bérard, propriétaire de la boutique L’Oblique depuis 1987, c’est essentiellement le prix du vinyle qui explique la soudaine renaissance du disque compact, et non pas un quelconque sentiment de nostalgie. Jamais le lecteur CD n’aura autant de lustre que la plaque tournante. « Le vinyle aura toujours plus de valeur aux yeux des collectionneurs. À cause de la grandeur des pochettes entre autres », souligne le disquaire montréalais.

Et pourtant, les amateurs de musique auraient de bonnes raisons de regretter l’époque où le CD était le format le plus prisé. Car tous en conviennent, la qualité du son est incommensurablement meilleure sur disque que sur les plateformes comme Spotify et Apple Music.

Maintenant, la musique sur CD sonne-t-elle mieux que sur vinyle ? Sempiternel débat qui divise les mélomanes depuis quarante ans maintenant. « Ça dépend des époques. Je pense que, pour les albums enregistrés avant les années 1980, le son est meilleur en vinyle, car ils ont été enregistrés spécialement pour un stockage analogique. Pour ce qui est du CD, c’est sûr qu’au début, il avait des faiblesses. Mais le numérique ne cesse de s’améliorer, alors que l’analogique n’a pas évolué », note Luc Bérard.

Toujours en baisse

 

Si les disquaires indépendants constatent un intérêt grandissant pour le disque compact, les ventes de CD sont encore à la baisse au Québec dans les faits. On compte en effet toujours plus de personnes âgées qui délaissent le CD pour le numérique que de mélomanes qui renouent avec le CD parce que le coût des vinyles a explosé. Mais les derniers chiffres de l’Observatoire de la culture et la communication sont révélateurs, et ils pourraient être annonciateurs d’une tendance.

Entre 2019 et 2020, les ventes de CD ont chuté de 26 %, pour ensuite s’effondrer de 48 % entre 2020 et 2021, en partie à cause de la pandémie. L’an dernier, la baisse s’est limitée à moins de 8 %.

Verra-t-on la courbe s’inverser en 2022 ? En France, les ventes de disques compacts ont grimpé de 10 % l’an dernier. « Il est difficile de faire une prédiction à ce stade-ci, mais on le souhaite. Les ventes physiques sont beaucoup plus intéressantes en revenus pour les artistes que le streaming. C’est donc une tendance que l’on voit d’un bon oeil », souligne Ève Paré, directrice générale de l’Association québécoise de l’industrie du disque, du spectacle et de la vidéo.

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