La musique de Québec, le secret le moins bien gardé du Québec

Le groupe Les Deuxluxes sur scène lors du spectacle pour souligner le 10e anniversaire du Pantoum à Québec, samedi. 
Photo: Francis Vachon Le Devoir Le groupe Les Deuxluxes sur scène lors du spectacle pour souligner le 10e anniversaire du Pantoum à Québec, samedi. 

La musique « de Québec » a célébré cette fin de semaine un pilier de sa scène alternative. Le Pantoum, ce fourre-tout créatif 100 % ville de Québec, a soufflé ses dix bougies lors d’un festival tenu à guichets fermés. Ce cap a été franchi avec, à la clé, l’achat du bâtiment que louaient ces passionnés de nouvelles musiques. Voyez là un signe que Montréal n’est plus la seule grande ville du Québec à attirer les musiciens émergents.

Le Devoir publiait en 2012 un entrefilet décrivant la naissance de « la commune musicale » du Pantoum en basse ville. Lors du retour du Devoir, dix ans plus tard, le lieu revendiqué comme « le secret le moins bien gardé de Québec » a bien changé.

Le bâtiment fourmille de créateurs. Gab Paquet vient récupérer un document. Les musiciens du groupe Valence transportent leurs instruments d’un local à l’autre. Ces mêmes locaux ont aussi vu éclore Hubert Lenoir, Ariane Roy, Les Louanges, pour ne nommer que ceux-là.

La salle de spectacle exiguë et un peu mal foutue a été réaménagée, et on peut y accueillir aujourd’hui environ 80 paires d’oreilles. Une deuxième salle d’environ 250 places vient tout juste d’ouvrir au rez-de-chaussée.

Il est facile d’y voir une bouffée d’air pour une ville en déficit de salles de concert de moyenne importance. Plusieurs mélomanes de Québec ne se sont jamais remis de la fermeture du Cercle. Le Complexe Méduse ne programme plus de spectacles de musique. Mis à part l’Anti et quelques autres planchers de danse excentrés, Le Pantoum apparaît comme le phare dans la nuit de Québec.

Or ces spectacles signés « Pantoum » ne constituent que « la pointe de l’iceberg » de ce « complexe de création musicale », explique le cofondateur Jean-Étienne Collin-Marcoux.

Jouer à contre-courant

Comme cela avait été imaginé au début, Le Pantoum s’impose comme un incubateur de nouveaux sons. Salles de répétitions, studios d’enregistrement à la fine pointe, organisation d’événements, mentorat en scénographie, compagnie de disques… Tout est là pour les chansons « à la Québec ».

« Pourquoi j’irais à Montréal ? J’ai tout ici », s’exclame l’autre cofondateur, Jean-Michel Letendre-Veilleux. « On est-tu juste des perroquets ou on a des idées aussi ? Nous, c’est ça qu’on fait, et on est fiers de ça ! »

« On a deux presses à vinyles à Québec. Il y a dix ans, il y en avait aucune dans tout le Canada », rappelle Collin-Marcoux.

La masse du public montréalais attire toujours les artistes émergents en quête d’auditoire. Mais, cette année, quelques musiciens de la relève ont pris « la 20 » dans le sens inverse. Cette trajectoire de carrière était, dit-on, inconcevable il y a dix ans. La nébuleuse Pantoum pèse lourd dans cette attraction et cette rétention de talents.

« Pour les artistes plus jeunes, Le Pantoum a toujours existé », se réjouit Jean-Étienne Collin-Marcoux en citant notamment Ariane Roy et ses 25 printemps. « On peut dire aujourd’hui que 8 à 10 musiciens ou groupes sont basés à Québec. »

L’achat du bâtiment au début de juillet a aussi retiré « l’épée de Damoclès » qui pendait au-dessus de la scène émergente, observe le musicien.

Grandir de l’intérieur

Cette vitalité n’était pourtant pas acquise après deux, voire trois années faméliques. Dès la fermeture du Cercle en 2017, le mot s’est passé dans la capitale. La scène alternative la plus en vogue se trouvait maintenant au Pantoum. Sauf que le bâtiment était classé « zonage résidentiel ». Les spectacles qui s’y tenaient flirtaient donc avec l’illégalité.

La limite a été franchie quand ils ont voulu offrir de l’alcool selon une contribution volontaire. Une descente de police a suivi. « Quand ils ont vu qu’on était bien organisés et collaboratifs, le ton a tout de suite changé », explique-t-il.

Les spectacles ont tout de même été suspendus durant un an pour laisser le temps à la Ville de Québec de changer son plan d’urbanisme. L’espace résolument « punk » qu’était Le Pantoum est devenu légal… au début de l’infâme mois de mars 2020.

« Au début, ç’a été violent. On se demandait si on ne faisait pas une faillite personnelle », laisse tomber Letendre-Veilleux.

La troupe de passionnés a plutôt saisi l’occasion pour régler tous les problèmes administratifs qu’ils remettaient à plus tard. Le Pantoum s’est enregistré comme organisme à but non lucratif. Les subventions ont commencé à affluer. L’argent a finalement été trouvé pour acheter les locaux en propre.

Malgré ces succès, l’objectif demeure le même : soutenir la relève musicale à tout prix. « S’il rentre un dollar, on investit un dollar », tranche Collin-Marcoux.

Et il y a de la place pour grandir. Le bâtiment de trois étages nouvellement acquis abrite d’autres locaux commerciaux et quatre appartements. « On ne va évincer personne », assurent les musiciens entrepreneurs. Mais, si la place se libère d’elle-même, la salle de spectacle contiguë y gagnera en capacité d’accueil. Les logements deviendront, eux, des résidences d’artistes ou un lieu de vie pour musiciens de passage.

Parions que, sur cette base, Le Pantoum continuera à faire lever la musique underground de Québec pour au moins dix autres années.

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