Mouffe, ou l’art sacré de la transmission

Le prix Mouffe souhaite mettre en valeur l’excellence de l’écriture originale de chansons francophones au Canada.
Photo: Marie-France Coallier Le Devoir Le prix Mouffe souhaite mettre en valeur l’excellence de l’écriture originale de chansons francophones au Canada.

La jeunesse brille encore dans l’oeil de Mouffe. La vénérable dame de la chanson québécoise annonce aujourd’hui la création d’un prix à son nom, le prix Mouffe, pour mousser la carrière de jeunes musiciens qui chantent en français.

C’est sous les voûtes art déco du théâtre Outremont que Mouffe nous explique pourquoi elle a accepté de donner son nom à un tel prix. On est ici chez elle, en quelque sorte. Elle fréquente cette salle depuis sa tendre adolescence. Claudine Monfette, dite Mouffe, fut davantage derrière la scène que dessus, et plutôt discrète par rapport aux artistes qu’elle a accompagnés : Charlebois, Vigneault, Diane Dufresne, Renée Martel, Louise Forestier et bien d’autres.

L’humble Mouffe ne s’accorde pas le mérite du prix Mouffe. L’argent de ce prix — 10 000 $ — vient du théâtre Outremont et des commanditaires. La motivation vient de son mentor, Gilles Vigneault.

« Il m’a déjà dit : “Tu es très chanceuse d’avoir travaillé avec pas mal tout le monde, et des grands, comme Félix [Leclerc]”. C’est vrai, j’ai fait J’ai vu le loup, le renard, le lion à 28 ans. Il m’a dit : “Tu as été privilégiée. Les grands ont partagé leur art avec toi. Tu as appris beaucoup de choses. Tu ne peux pas t’en aller en enfer ou au ciel avec tout ce bagage-là. Il vaut que tu redonnes, que tu partages. Tu as un devoir de transmission.” »

Devenir mentor

 

Il faut lui donner raison. De l’Osstidcho aux galas de l’ADISQ, en passant par des spectacles caritatifs et les festivals, rares sont ceux qui peuvent se targuer comme elle d’avoir autant marqué la scène musicale québécoise.

Clou de ce prix Mouffe, Mouffe elle-même agira comme mentor auprès du gagnant. « C’est l’occasion de donner ce que j’ai reçu, et encore plus, de donner ce que je n’ai pas reçu, c’est-à-dire l’accompagnement dans les débuts du métier », souffle-t-elle.

Trop de jeunes artistes passent à côté des « non-dits » et de « règles non écrites » des métiers de la scène, remarque-t-elle. Bien s’introduire, bien clore, bien lier les chansons entre elles fait trop souvent défaut. Et gare à celui qui n’a pas trouvé sa ligne directrice ! D’ailleurs, Mouffe rejette l’appellation de « metteuse en scène ». Ce vocable est réservé au théâtre, dit l’ancienne actrice. En musique, on parle de « direction artistique ».

Toute l’équipe du théâtre Outremont prêtera également main-forte pour pousser l’artiste retenu par le jury vers l’avant. Des conseils en publicité, à propos de l’échéancier, de la préparation et des séances de répétitions seront offerts au chanceux. Ce dernier pourra aussi se produire sur la scène du théâtre Outremont au printemps 2023.

L’honneur du prix Mouffe contient une condition sine qua non. L’écriture des chansons doit impérativement être en français. « On n’a pas résisté toutes ces années-là, et nos ancêtres non plus, pour abdiquer maintenant », tranche-t-elle. Ce n’est pas comme si la francophonie ne comptait pas assez de mélomanes, fait-elle remarquer.

Celui, celle ou le groupe qui sera retenu par les sept juges profitera aussi de la bienveillance d’une Mouffe qui écrit, encore, — « pour moi-même » — quelques chansons. Elle guide d’ailleurs la plume d’artistes émergents depuis des années lors des ateliers d’écritures de son ami Gilles Vigneault.

Malgré d’innombrables spectacles derrière le châle, Mouffe se confond en humilité. « J’ai encore de la place pour apprendre », dit-elle du haut de sa vie de septuagénaire. « Je me suis fait opérer. On m’a enlevé l’ego », plaisante-t-elle.

Et Mouffe ne tarit pas non plus d’éloges pour la nouvelle génération de musiciens, même ceux qui rappent, un style inconnu à ses débuts. Peut-être en écrira-t-elle, du rap, un jour. « Tant que c’est en français, moi, je suis partante ! »

L’appel des candidatures pour le prix Mouffe débutera le 13 septembre. Le nom de l’artiste retenu sera annoncé à la fin du mois de janvier suivant.

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