Au-delà de la Virée, des ferments

La soprano Jeanine De Bique en compagnie de Rafael Payare dans l'œuvre de Samuel Barber «Knoxville: Summer of 1915»
Photo: Antoine Saito OSM La soprano Jeanine De Bique en compagnie de Rafael Payare dans l'œuvre de Samuel Barber «Knoxville: Summer of 1915»

L’Orchestre symphonique de Montréal (OSM) a tenu cette fin de semaine sa Virée classique annuelle, commencée sous les meilleurs auspices vendredi. Dans ses réussites, comme dans ses déceptions pour les organisateurs, elle contient des ferments fort intéressants de ce qui représente le défi des prochaines années.

Bien entendu, il y a Rafael Payare à la tête du grand concert d’ouverture ou du concert de prestige du samedi soir. Mais il y a aussi, juste avant, un chef que l’on croise au Complexe Desjardins dirigeant un orchestre gratuitement pour les passants. Il y a un chef qui ne rechigne pas à s’associer, en fin d’après-midi, à Obiora, le premier ensemble de musique classique canadien composé de musiciens et musiciennes issus de la diversité, orchestre un peu comparable en taille à I Musici. Un chef, enfin, qui organise pour son ami Pacho Flores un concert de cuivres et percussions.

Il y a dans ces réflexes une culture, celle d’où l’on vient ; celle d’où il vient. Du partage et de l’accueil. Le changement de « système » est radical et il va jusqu’au répertoire. C’est là qu’il faudra peut-être manier le dosage.

Un programme chargé

 

Notre visite à la Virée samedi à 12 h 45 pour le concert de Jeanine De Bique a commencé par un grand choc : une Maison symphonique quasiment vide. Le programme : Jean Coulthard, une compositrice canadienne, Knoxville, été 1915 de Barber et Margariteña d’Inocente Carreño. Il était évident, comme en arpentant les couloirs par ailleurs dans la journée que, comme pour d’autres manifestations culturelles, le public de 2019 était loin d’être revenu. Cependant, jadis, le seul nom du directeur musical, Kent Nagano, aurait suffi pour probablement assurer une demi-salle à un programme aventureux.

Cela dit, il ne faut pas baisser les bras. Le concert du soir, associant Scorpio de Murray Schafer, la Rhapsodie sur un thème de Paganini de Sergueï Rachmaninov et se terminant par la glorieuse Bachianas brasileiras no 7 l’a montré. Le nom d’un soliste très attendu avait drainé la foule que Rafael Payare a mise en contact avec un répertoire duquel l’OSM et la Métropole étaient jusqu’ici très éloignés. La formidable fugue finale de Heitor Villa-Lobos, gigantesque hommage à Bach, a impressionné un public très attentif.

On ne fait certes pas d’omelettes sans casser des oeufs, comme l’a montré le concert au Stade, avec son répertoire sud-américain de seconde zone et un programme trop peu accessible. Mais il y a là des idées à creuser, si tant est qu’elles soient équilibrées. Enchaînant les découvertes, la Virée a dû aussi être inhabituellement exigeante pour l’orchestre, et une pièce aussi brillante que Scorpio de Schaffer, rythmiquement piégeuse, même si très professionnellement jouée, mérite le cadre et rythme de préparation de la saison régulière.

Les solistes des deux concerts ont été à la hauteur de leur réputation : Jeanine De Bique, avec une expressivité et un ambitus vocal magique dans Barber, et Bruce Liu avec verve et esprit dans la Rhapsodie de Rachmaninov. Il a joué en bis une éblouissante Étude op. 10 n° 5 de Chopin.

Désormais, l’Orchestre symphonique de Montréal va retourner à la Cinquième Symphonie de Gustav Mahler qui sera enregistrée cette semaine.

La Virée classique

Concerts XI et XXIII. Coulthard : Introduction and 3 Folksongs. Barber : Knoxville, Summer of 1915 (soliste : Jeanine de Bique). : Margaritena. R. Murray Schafer : Scorpio. Rachmaninov : Rhapsodie sur un thème de Paganini (soliste : Bruce Liu). Villa-Lobos : Bachianas brasileiras n° 7. Orchestre symphonique de Montréal, Rafael Payare. Maison symphonique, samedi 13 août.

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