Là où la musique savante et la tradition orale se rencontrent

L’œuvre «Uiesh», de Tim Brady, qui sera créée par la cheffe du Nouvel Ensemble moderne, Lorraine Vaillancourt, est composée pour voix et 14 instruments, d’après des poèmes en innu aimun de Joséphine Bacon. 
Photo: Bernard Préfontaine L’œuvre «Uiesh», de Tim Brady, qui sera créée par la cheffe du Nouvel Ensemble moderne, Lorraine Vaillancourt, est composée pour voix et 14 instruments, d’après des poèmes en innu aimun de Joséphine Bacon. 

Dimanche, à 19 h, juste après la Virée classique, le collectif Forestare et le Nouvel Ensemble Moderne (NEM) se rencontreront à l’Auditorium de la Grande Bibliothèque dans le cadre du Festival international Présence autochtone pour un concert intitulé Quelque part et autres lieux.

Ce rendez-vous intrigue forcément. « De l’oralité à la musique écrite ; du geste à la sonorité ; du mouvement à la ligne musicale ; il est ici question de découvrir l’autre, de s’ouvrir aux sensibilités de chacun et de partager cette richesse », nous dit le Festival. Et c’est bien de découverte qu’il s’agit.

Il y a un gouffre évident entre la musique écrite dite savante, surtout contemporaine « pointue », si l’on peut dire, et la transmission orale, « surtout musicalement », remarque Lorraine Vaillancourt, qui se réjouit de la confluence. « Nous sommes un peu enfermés dans notre culture, c’est pour cela que j’ai été très contente de travailler avec la parole. Pour moi, c’est la porte d’entrée : la poésie et la littérature autochtones sont très riches », fait valoir la fondatrice et directrice musicale du Nouvel Ensemble Moderne (NEM).

Le décalage de la parole

 

L’oeuvre qui sera créée par la cheffe du NEM, Uiesh, de Tim Brady, est composée pour voix et 14 instruments, d’après des poèmes en innu aimun de la poète Joséphine Bacon tirés du recueil Uiesh – Quelque part publié chez Mémoire d’encrier en 2018. « Sept poèmes sont enchaînés sans pause. Tim Brady a fait face à un problème particulier. Lorsqu’il lisait les poèmes et qu’il écoutait Joséphine Bacon, cela ne correspondait pas ; ça ne marchait pas à l’oreille ! Il a donc retranscrit phonétiquement dans la partition la poésie de Joséphine, de la manière qu’elle la récite », raconte Lorraine Vaillancourt.

« Lorsque nous avons commencé à travailler, nous avons trouvé une personne qui enseigne l’innu‐aimun à l’Université de Montréal. Elle est venue aux répétitions et s’est assurée que l’on comprenait bien ce que la chanteuse disait. Notre chanteuse Deantha Edmunds, d’ailleurs, est innue, mais l’innu-aimun est une langue étrangère pour elle aussi. Nous avons fait un atelier exploratoire avec Joséphine. Les corrections étaient minimes. Sa poésie est concise, magnifique. » Des traductions en français et en anglais seront projetées lors du concert.

Nous sommes un peu enfermés dans notre culture, c’est pour cela que j’ai été très contente de travailler avec la parole. Pour moi, c’est la porte d’entrée : la poésie et la littérature autochtones sont très riches.

 

Uiesh intégrera aussi le concert d’ouverture du NEM, le 25 octobre, à la salle Bourgie, associé à la création de Facing the Music de Simon Bertrand sur des poèmes de Paul Auster. « Un événement autour de la parole, un projet en route depuis plusieurs années, auquel nous ajouterons un extrait d’un quatuor de Valentin Silvestrov, puisque nous dédierons notre saison aux victimes de la guerre en Ukraine », nous dit la fondatrice du NEM.

Dimanche, à la Grande Bibliothèque, dans le cadre du Festival international Présence autochtone, Uiesh sera précédé de deux oeuvres pour guitares avec l’ensemble Forestare. Il y aura tout d’abord des extraits d’Arauco ; por fuerte, principal y poderosa… (2006), du Chilien Javier Farías.

Cette oeuvre pour guitare flamenco, guitare classique, ensemble de guitares classiques, contrebasse et narration s’inspire de La Araucana (1569, 1578, 1589), poème épique espagnol d’Alonso de Ercilla y Zuniga, traduit en français par Alexandre Éthier.

Ce dernier est le compositeur de la création Chant(s) pour ensemble de guitares classiques, contrebasse et narration sur des poèmes d’Andrée Lévesque Sioui.

La soprano Deantha Edmunds, la narratrice Andrée Lévesque Sioui, le guitariste classique Adam Cicchillitti et le guitariste flamenco Philippe Jean seront les solistes de ce concert.

Quelque part et autres lieux

Le dimanche 14 août 2022 à 19 h, à l’Auditorium de la Grande Bibliothèque.

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