Comment fabriquer un tube d’été?

Chaque été, quelques chansons d’artistes francophones, «aux sonorités bien d’ici», arrivent aussi toujours à sortir du lot.
Photo: iStock Chaque été, quelques chansons d’artistes francophones, «aux sonorités bien d’ici», arrivent aussi toujours à sortir du lot.

Que seraient les vacances estivales sans les tubes de l’été, ces chansons qui tournent en boucle à la radio, que nous chantons à tue-tête et qui nous font danser jusqu’au bout de la nuit ? Ces prochaines semaines, « Le Devoir » vous entraîne dans un voyage musical et temporel pour (re)découvrir ces hits qui ont marqué nos étés avec la série « À l’intérieur d’un tube ».

Despacito de Luis Fonsi, I Gotta Feeling des Black Eyed Peas ou encore Coton ouaté de Bleu Jeans Bleu, on a tous encore en tête ces chansons qui se sont hissées au sommet du classement des stations de radio musicales lors des derniers étés et qui rejouent inlassablement dès l’apparition des premières chaleurs estivales. Mais qui choisit les titres musicaux qui formeront la bande originale de nos vacances ? Et qu’est-ce qui détermine qu’une chanson sera LE tube de l’été ? Des acteurs du milieu nous expliquent tout.

« C’est certain que les radios sont en première ligne et ont un grand pouvoir sur la formation des hits de nos étés », indique d’emblée Jean-Pascal Lemelin, directeur musical des stations Énergie et Rouge FM.

Il explique que chaque radio a son comité musical qui, tout au long de l’année, se réunit chaque semaine pour écouter les nouvelles chansons et sélectionner celles qui sont les plus susceptibles d’intéresser les auditeurs, en fonction, bien sûr, de l’ADN de chaque station. Quand arrive le mois de mai, toutefois, c’est le temps d’adopter une stratégie adaptée à la période estivale et de choisir les titres qui vont non seulement plaire aux auditeurs, mais surtout devenir les tubes de tout leur été. « On va choisir ce qui, à notre oreille en tout cas, nous semble un hit potentiel. Parfois on tombe dans le mille, parfois on se trompe. »

Les agents de promotion — qui font le lien entre les artistes indépendants ou les maisons de disques et les radios — ont aussi un grand rôle à jouer dans l’équation, souligne Jean-Pascal Lemelin. « C’est eux qui nous fournissent le bassin de nouveautés à écouter. Ils nous pointent aussi le titre accrocheur d’un nouvel album par exemple. »

Les auditeurs ont également leur mot à dire dans la création de ces succès estivaux. « Après notre sélection, quand on commence à pousser certaines chansons en ondes, les auditeurs vont nous guider. Ils nous envoient souvent des courriels ou des [textos] pour nous demander de jouer telle ou telle chanson. Ça nous permet de voir des tendances qu’on n’avait pas vues venir, ou de confirmer que nos choix étaient les bons. »

La recette du succès

 

Les intervenants interrogés s’entendent tous : il n’existe pas de recette magique pour créer LE succès de l’été. Par contre, on note des tendances qui reviennent chaque année.

Grosso modo, ça prend donc une mélodie accrocheuse, du rythme et des paroles simples. « Il faut que les gens se souviennent de la chanson, qu’elle leur reste dans la tête, qu’ils aient envie de l’écouter encore et encore sans jamais s’en écoeurer. Il faut aussi qu’ils soient capables de la fredonner, de la chanter par coeur même. Et puis, ça prend du rythme, on aime ça, le rythme, quand ça donne envie de bouger les épaules, de danser », spécifie l’agente de promotion Nathalie Corbeil.

Des exemples ? Encre rose de Corneille ou encore About Damn Time de Lizzo, qui sont parmi les plus jouées dans les stations de radio cette semaine. « Il y a beaucoup de rythme, ça bouge, c’est l’fun, on revient presque au disco. Tu veux juste arrêter tout et simplement danser quand tu écoutes ça », note Nathalie Corbeil.

Une chanson a encore plus de chances de fracasser les records d’écoutes si elle a « un petit côté latino », avance Jean-Pascal Lemelin. « Au Québec, c’est quelque chose qui fonctionne beaucoup, on le voit année après année dans nos classements. […] Ces sonorités-là, ça représente le soleil, la chaleur, la légèreté, les vacances… C’est ça qu’on cherche dans un hit d’été. »

Il faut que les gens se souviennent de la chanson, qu’elle leur reste dans la tête, qu’ils aient envie de l’écouter encore et encore sans jamais s’en écoeurer. Il faut aussi qu’ils soient capables de la fredonner, de la chanter par coeur même. Et puis, ça prend du rythme, on aime ça, le rythme, quand ça donne envie de bouger les épaules, de danser.

 

Despacito — qui a joué en boucle à l’été 2017 et qui continue d’avoir sa place dans les programmations — est certainement l’exemple le plus parlant. La chanson de Luis Fonsi et Daddy Yankee a connu un succès fou ici, mais aussi à travers le monde. Le vidéoclip compte aujourd’hui plus de 7,9 milliards de vues sur YouTube, ce qui le place au deuxième rang des plus visionnés de l’histoire.

Jean-Pascal Lemelin donne d’autres exemples plus récents de titres ayant ces sons propres aux pays chauds et qui sont présentement populaires à la radio, dont Trompeta de Willy William ou encore Bam Bam de Camila Cabello et Ed Sheeran.

« Ce qui est intéressant avec ces deux chansons-là, ajoute-t-il, c’est qu’on voit qu’il y a aussi toute une question de timing. Trompeta est sortie en février cette année, mais stratégiquement, on n’a pas voulu la jouer pendant qu’il faisait -20 degrés ici, on a attendu qu’il fasse plus chaud. Pareil pour Bam Bam, sortie fin mars. Ce qui fait que les gens ne sont pas encore écoeurés de les écouter, et ça cadre mieux avec leur été. »

Chansons québécoises

 

Chaque été, quelques chansons d’artistes francophones, « aux sonorités bien d’ici », arrivent aussi toujours à sortir du lot, note le directeur musical. Des chansons d’artistes déjà populaires comme Jean Leloup ou Ariane Moffatt se retrouvent ainsi souvent dans les hits de l’été. Pensons à 1990 (été 1991) et I Lost my Baby (été 1997) du premier, à Je veux tout (été 2008) et Debout (été 2015) de la seconde.

Mais de plus en plus souvent, à la surprise de tous, certains artistes québécois se font désormais connaître du grand public grâce à une chanson qui cartonne pendant l’été.

Jean-Pascal Lemelin prend l’exemple de Coton ouaté, de Bleu Jeans Bleu, qui a fonctionné comme jamais à l’été 2019. « Quand elle est sortie, on l’a ajoutée à notre programmation sur Énergie, qui est plus rock, plus humoristique, on s’est dit que ça marcherait bien. Mais on ne pensait pas que la chanson connaîtrait un aussi gros succès. On l’entendait tellement partout qu’on s’est mis à la jouer aussi sur Rouge vers la fin de l’été, même si c’est vraiment pas ce style qui joue d’habitude sur la station. »

Autre exemple : Tokébakicitte de Jérôme 50. « On sentait que ce serait un hit l’été dernier sur Énergie, mais on ne s’attendait pas à ce que ce le soit à ce point-là. Encore une fois, on l’a ajoutée sur Rouge tellement ça fonctionnait bien sur tous les marchés, alors que c’était un artiste quasi inconnu avant ça. »

« Ce sont souvent des chansons très québécoises, avec notre accent bien à nous, notre vocabulaire bien à nous, indique le directeur musical. C’est très rassembleur, comme chansons, ça interpelle beaucoup les gens. »

À vos vers d’oreille !

Nous souhaiterions connaître votre succès d’été préféré, celui qui vous a marqué à jamais, et les raisons qui en ont fait votre « meilleur ». Nous compilerons vos réponses pour constituer un palmarès des succès les plus populaires et publierons certains des témoignages qui appuient ces choix. Écrivez-nous à l’adresse amegaudreau@ledevoir.com.

 

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