Martine St-Clair a passé l’éponge sur «Lavez lavez»

Martine St-Clair ne regrette pas d’avoir enregistré «Lavez lavez», mais elle concède rétrospectivement qu’il ne s’agissait sans doute pas du premier extrait idéal pour faire la promotion de l’album «Caribou».
Photo: Capture d’écran YouTube Martine St-Clair ne regrette pas d’avoir enregistré «Lavez lavez», mais elle concède rétrospectivement qu’il ne s’agissait sans doute pas du premier extrait idéal pour faire la promotion de l’album «Caribou».

Que seraient les vacances estivales sans les tubes de l’été, ces chansons qui tournent en boucle à la radio, que nous chantons à tue-tête et qui nous font danser jusqu’au bout de la nuit ? Ces prochaines semaines, Le Devoir vous entraîne dans un voyage musical et temporel pour (re)découvrir ces « hits » qui ont marqué nos vacances.

« Lavez, lavez ! Savez-vous savonner ? » Martine St-Clair a pris les paroles de sa célèbre chanson au mot et a fini par passer l’éponge sur ce tube de l’été 1990, qui lui avait valu bien des moqueries à l’époque. Plus de 30 ans après la sortie de ce ver d’oreille inoubliable, la chanteuse insiste pour ne plus faire Lavez lavez en spectacle, au grand dam de son public. Mais elle ne renie pas pour autant son succès et assume pleinement l’avoir chanté envers et contre tous.

Pour comprendre Lavez lavez, il faut se replonger dans les années 1980. Forte de tubes comme Danse avec moi ou Il y a de l’amour dans l'air, Martine St-Clair est alors l’une des artistes les plus populaires du Québec. Au début de sa carrière, elle est même présentée dans les médias comme la rivale de Céline Dion. À la fin de la décennie, Luc Plamondon lui propose de reprendre le rôle de Crystal dans l’opéra-rock Starmania à Paris, où elle fréquentera le nec plus ultra de la pop hexagonale, de Johnny Hallyday à Francis Cabrel, en passant par Laurent Voulzy.

C’est aussi durant cette période que Martine St-Clair croise la route de Fabrice Aboulker, l’homme derrière les tubes Les yeux revolver et Le parking des anges de Marc Lavoine, l’un des chanteurs de l’heure outre-Atlantique. L’auteur-compositeur est charmé par la puissance vocale de la jeune Québécoise, à mille lieues des voix frêles des France Gall et Mylène Farmer qui se disputent alors les premières places des palmarès en France.

« Il m’invite à luncher à Saint-Germain-des-Prés et il me dit qu’il a déjà des idées. Il voit un album plus électro, pas de la ballade, un peu à la Étienne Daho. Moi, à l’époque, au Québec, je suis une chanteuse de ballades, mais je sais qu’il y a un album plus artistique qui m’attend. Je suis emballée par ce qu’on me propose », se souvient Martine St-Clair, le regard lumineux lorsqu’elle raonte cette partie de sa carrière.

Fabrice Aboulker convaincra son acolyte Marc Lavoine de se joindre au projet. La maison de disques RCA investira aussi de grands moyens dans la réalisation de ce disque, enregistré en partie en Californie avec le claviériste Brad Buxer, qui a travaillé avec nul autre que Michael Jackson.

 

Au début du processus de création, alors qu’ils sont tous les deux en voiture, Fabrice Aboulker fera entendre à Martine St-Clair quelques démos enregistrées pour le prochain opus de Marc Lavoine, sur lequel il travaille en parallèle. « Il met la cassette. C’est Marc qui chante et je trouve que ça sonne très bien. Ils reviennent de Jamaïque et il y a beaucoup de reggae. Puis arrive Lavez lavez. Je n’en reviens pas de ce que j’entends. Je demande à Fabricede la remettre. Ça ressemble à Boy George, que j’adore. Je me vois tout de suite la chanter », raconte Martine St-Clair, qui finira par convaincre Marc Lavoine de lui laisser la chanson.

« Avec le recul, je pense qu’il est content de ne pas l’avoir chantée. Il m’en doit une », plaisante Martine St-Clair qui, à maintenant 60 ans, a fait la paix avec les critiques assassines qui ont suivi la parution de cette chanson.

Réception mitigée

 

Lavez lavez sera le premier extrait de l’album Caribou. Dans le clip léché qui accompagne la chanson, Martine St-Clair apparaît plus sensuelle que jamais, le chemisier déboutonné, les cheveux bouclés courts à la Marilyn Monroe. Un changement d’image radical par rapport à la jeune femme discrète qui chantait cinq ans plus tôt Ce soir l’amour est dans tes yeux.

Et que dire des paroles de Lavez lavez. « Il est vrai que tout va plutôt bien / À part la gueule de con des voisins / Il est vrai que tout va plutôt bien / Change pas demain. » Trop franchouillardes, diront certains ; d’autres tourneront en ridicule la simplicité du texte. Comme pour donner un sens à la chanson, on dira ensuite qu’elle contient un message environnementaliste quand on la lit au deuxième degré. Mais il serait étonnant que Marc Lavoine et Fabrice Aboulker eussent saisi l’ampleur des changements climatiques au tournant des années 1990, reconnaît Martine St-Clair.

La chanteuse prend bien soin toutefois de préciser que Lavez lavez n’est pas une chanson humoristique, mais plutôt « bande dessinée », dans la mesure où elle se met dans la peau d’un personnage lorsqu’elle interprète ces paroles un brin décalées. Une approche artistique qui n’est pas sans rappeler les Rita Mitsouko et d’autres artistes français en vogue à l’époque, mais qui a fait sourciller au Québec.

« Je ne savais pas que j’allais me tirer dans le pied comme ça. Pour moi, c’était clair que c’était une bédé que les gens allaient comprendre. J’aimais tellement cette chanson. […] C’est seulement quand je l’ai chantée pour la première fois au Québec à la télévision que j’ai eu un premier doute. Ça adonnait que Robert Charlebois, qui est la voix qui m’a toujours inspirée, était aussi invité. Quand il a entendu Lavez lavez, il m’a demandé si c’était une chanson pour une pub de savon. Je suis retournée dans ma loge un peu saisie parce que je ne comprenais pas ce qu’il voulait dire », confie Martine St-Clair, qui a traversé par la suite un passage à vide entre la fin des années 1990 et le début des années 2000. C’est à cette période qu’elle s’est repliée sur la peinture abstraite, son autre grande passion avec la musique.

À refaire différemment

 

Malgré les railleries de l’industrie et des médias, Lavez lavez a tout de même été adoubée par une partie du public, qui avait besoin de légèreté durant les vacances. Le titre a ainsi fini par s’imposer sur les radios commerciales au Québec durant la première partie de l’été 1990, jusqu’à ce qu’éclate en août la guerre du Golfe, qui allait dès lors accaparer une partie du temps d’antenne.

Martine St-Clair ne regrette pas d’avoir enregistré Lavez lavez, mais elle concède rétrospectivement qu’il ne s’agissait sans doute pas du premier extrait idéal pour faire la promotion de l’album Caribou. Et pour cause, le reste du disque est beaucoup moins cartoonesque, avec des titres comme Je ne sais plus comment je m’appelle ou encore Désir = danger, l’une des premières chansons francophones à traiter de l’épidémie de sida.

Pour ne pas faire d’ombre au reste de sa discographie, l’artiste a donc pris ses distances avec Lavez lavez et a cessé de la chanter en spectacle, même si elle n’a jamais arrêté de l’aimer. Elle a fait une exception en l’interprétant récemment sur scène pour la captation de son premier album enregistré devant public, à paraître l’automne prochain.

Elle a également proposé une nouvelle version de Lavez lavez durant la pandémie pour un organisme qu’elle marraine — un clin d’oeil qui fut, pour elle, une belle manière de boucler la boucle.

En plus de lancer un nouvel album cet automne, Martine St-Clair sera en spectacle à travers le Québec l’an prochain. Aux côtés de Marie Carmen, Johanne Blouin, la Compagnie créole et plusieurs autres, elle sera à partir d’août de la tournée JS Tendresse, animée par Jean-Sébastien Girard.



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