Musique classique - Prix Opus, consécrations attendues

Seraient-ils fidèles à leurs promesses, eux? Un jour après que l'Opéra de Montréal nous eut montré, dans son Don Pasquale, une simple pension de famille collet-monté au lieu de «l'hôtel de passe Mrs Kitty's» annoncé comme le centre même de sa production, on avait peur que les Prix Opus, pris de lubies similaires, ne consacrent hier des spectacles donnés au Turkménistan et des disques de hip-hop!

Il n'en a heureusement rien été, et les huitièmes Prix Opus, créés en 1996 par le Conseil québécois de la musique pour rendre compte du dynamisme et de la diversité du milieu musical québécois, sont restés droits dans leurs bottes (de cow-boy). Sur plus de cent concerts, une cinquantaine de disques, une dizaine d'écrits et une soixantaine de candidatures à divers titres, un jury de 81 personnes a décerné 29 prix, dont 11 prix spéciaux et un prix hommage. Ce dernier est allé à Jan Simons, baryton né en Allemagne en 1925, éminent professeur de chant de l'université McGill.

Les Prix Opus couvrent concerts, disques et livres dans un éventail de genres englobant tout, du médiéval à la création contemporaine, en passant par le jazz et l'électroacoustique. Le travail d'un tel jury, le déploiement d'autant de connaissances sur autant de territoires force une sorte de respect... Côté concerts, il n'y a sans doute eu aucune entorse à la plus imparable logique: Le Château de Barbe-bleue de Bartók à l'Opéra de Montréal, Alcina de Haendel par les Violons du Roy à Québec (un spectacle également présenté dans la métropole), le grand Wozzeck de Berg d'Orford, en région, sont les concerts de l'année.

Pour faire plus d'heureux, la même catégorie «concerts» est également déclinée par genres musicaux. Là, le choix est plus inattendu: Élégies de La Nef devance la grande traversée de Montréal baroque; le Romantisme X-trême des montréalais de VivaVoce éclipse ses concurrents de Québec et Orford; Le Château de Barbe-Bleue gagne en «Musiques moderne, contemporaine» devant Wozzeck et le concert du 15e anniversaire du NEM, qui aurait sans doute dû concourir en Musiques actuelle, électroacoustique (vainqueur: le concert Luigi Ceccarelli), où Réseaux mobilisait quatre des cinq nominations.

Au chapitre des concerts, on notera enfin que Lorraine Desmarais est consacrée en «Jazz et Musiques du monde» alors que l'OSM glane 5000 $ du ministère de la Culture et des Communications du Québec pour le meilleur concert jeune public, une bourse qu'on verrait bien aller à des initiatives plus «terrain» envers les jeunes, initiatives qui ne manquent pas et auraient, elles, vraiment besoin de soutien.

Quant aux disques, ATMA rafle tout, avec le programme Batailles en musique ancienne et baroque; la 4e Symphonie de Mahler de Yannick Nézet-Séguin et le CD du NEM (musiques de Panneton, Demers, Lesage, Evangelista) en musique contemporaine. Le prix du meilleur disque de l'étiquette empreintes DIGITALes (même si ce n'est pas tout à fait l'intitulé officiel de la catégorie) est allé à «Seuil de silences», alors qu'Indefinite Time du François Bourassa Quartet a été consacré en jazz.

Yannick Nézet-Séguin signe un «tour du chapeau» puisque, outre Wozzeck en concert et la 4e de Mahler en disque, il est aussi nommé interprète de l'année. Parmi les «gens de l'année» on trouve Chantal Juillet, personnalité de l'année (ah bon? C'est elle qui a vendu plus de 30 000 exemplaire d'un disque classique, qui plus est consacré à un compositeur québécois?), Johanne Goyette (ATMA), productrice de disque de l'année, Anton Kuerti (artiste hors Québec), Jacques Lacombe (rayonnement à l'étranger) et Gilles Bellemare (directeur artistique de l'année). Les deux prix de cet acabit qui comptent le plus, puisqu'ils sont assortis de bourses respectives de 10 000 $ et 5000 $, vont à Denis Dion, compositeur de l'année (grâce à la «création de l'année», De mains osées toiles créée par l'Orchestre symphonique de Trois-Rivières) et à l'organiste Vincent Boucher, découverte de l'année.

Les orgues Casavant, facteurs d'instruments, le Festival MMM, événement musical, et le Conservatoire de musique et d'art dramatique du Québec en tant que diffuseur, ainsi que les auteurs Stéphane Roy et Lloyd Whitesell, complètent le palmarès.