Une nouvelle étoile naîtra près du viaduc Van Horne

La nouvelle formation La Sécurité est formée de Laurence-Anne, Félix Bélisle, Kenny Smith, Éliane Viens-Synnott et Mélissa Di Menna.
Photo: Adil Boukind Le Devoir La nouvelle formation La Sécurité est formée de Laurence-Anne, Félix Bélisle, Kenny Smith, Éliane Viens-Synnott et Mélissa Di Menna.

Les adeptes de rock, de folk et de pop acidulés se donneront rendez-vous dès vendredi pour prendre un coup de soleil à l’Entrepôt 77, un espace industriel « dans un écrin de verdure » consacré « à la musique, à la création et à la découverte » qui longe le chemin de fer, près du viaduc Van Horne.

Un superbe endroit exploité par les bonnes gens de Pop Montréal, qui ont confié aux programmateurs du festival Distorsion le mandat de meubler le week-end avec une affiche de leur cru, laquelle réunit notamment les Torontois de Holy Fuck, le groupe « moccasingaze » Zoon, Gus Englehorn, N Nao et ce nouveau groupe punk-new wave tout frais formé de membres de Choses Sauvages, de Jesuslesfilles ainsi que de Laurence-Anne.

Pas besoin d’un télescope géant pour observer la naissance de cette nouvelle étoile : elle s’appelle La Sécurité.

Après avoir lancé en mai dernier dans l’espace infini du Web ses deux solides premières chansons, le groupe s’apprête à offrir son tout premier concert à vie. Ce sera grandiose ! « Ce sera peut-être notre dernier », badine Éliane Viens-Synnott, autrice, compositrice, chanteuse et claviériste.

Ce ne serait pas exagéré de le qualifier de « supergroupe », « quoiqu’à l’échelle montréalaise, un microcosme, ça ne veut pas dire grand-chose », rétorque modestement Félix Bélisle, chanteur, claviériste et bassiste des excellents distillateurs disco-électro Choses Sauvages, qui a d’abord imaginé ce nouveau projet comme un duo avec Éliane, sa copine. « On a tous joué dans différents projets », dit l’ex-batteuse de l’orchestre de Vanille, dans lequel jouait aussi Mélissa Di Menna, chanteuse, guitariste et claviériste de La Sécurité.

Le dernier membre se nomme Kenny Smith, batteur-multiinstrumentiste, « un jeune musicien hallucinant, très stylé, un petit gars arrivé de la banlieue de Guelph et qui ressemble à Bowie », qui a inspiré une chanson (encore inédite) de La Sécurité nommée Waiting for Kenny. Le gars, que Félix a pris sous son aile — il a réalisé son microalbum solo —, était arrivé en retard à une de leurs répétitions, lui qui gère deux boulots pour gagner sa vie, dont un au bar L’Esco. « Et Laurence-Anne, on se connaît depuis longtemps, on va en camping et on joue à la balle molle ensemble », précise Bélisle, qui a collaboré avec l’autrice-compositrice pour sa reprise de la chanson Bien dans rien d’Ariane Moffatt qui apparaît sur l’édition anniversaire de l’album Aquanaute.

« On a ramassé tout ce beau monde ensemble pour faire de la musique ! » poursuit Félix. Et ça sonne comment ? Comme Devo, d’abord, une des nombreuses passions musicales d’Éliane, jusque dans la dimension absurde des textes du mythique groupe punk-électro américain. « Nos textes sont souvent ludiques et absurdes, c’est comme ça que j’aime écrire. Devo m’a tellement formée quand j’étais ado, l’influence m’est restée », dit Éliane, pendant que son copain vante sa plume lorsqu’elle écrit en anglais (Éliane a grandi dans l’Ouest canadien).

Le son Devo saute aux oreilles sur la chanson Suspens, alors que Try Again (le groupe mijote un premier album bilingue) est plus amorphe, la batterie et la guitare donnant corps aux mots d’Éliane, non sans évoquer le minimalisme visionnaire du groupe funk-rock-rap new-yorkais ESG, des soeurs Scroggins.

Éliane dit qu’elle avait envie de jouer de la musique debout plutôt qu’assise derrière une batterie pour faire changement, Félix, lui, avait envie de ne pas être le chanteur du projet « et juste jouer de la basse en arrière, ça fait du bien ». Et de concocter des grooves un brin plus rugueux que ceux qu’il élabore avec ses collègues de Choses Sauvages. « Et j’aime beaucoup avoir le rôle de réalisateur — avec Choses Sauvages, on travaille avec plusieurs réalisateurs différents. Là, je sens que j’ai une autre forme de contrôle. C’est une autre saveur musicale que j’avais en moi et que j’avais envie d’explorer dans un nouveau projet », mené par Éliane, l’impulsion punk du son de La Sécurité. « Éliane me fait écouter du Crass dans l’auto ! » dit Félix en rigolant.

Le festival Distorsion donnera son coup d’envoi dès 17 h vendredi, et se poursuivra à compter de 14 h samedi et dimanche. Holy Fuck (vendredi, 21 h), Golden Dawn Arkestra (samedi) et les curieux Suisses de l’Orchestre tout-puissant Marcel Duchamp (dimanche) sont en tête d’affiche. La Sécurité sera sur scène à 19 h dimanche.

Le retour du festival Mizik Kreyol de Montréal

Un festival n’attend pas l’autre dans la métropole. Distorsion d’un côté, finale du Festival international Nuits d’Afrique (encore jusqu’à dimanche), et maintenant le retour du festival Mizik Kreyol de Montréal, qui quitte le terrain de la Tohu, qu’il a investi pour ses huit premières éditions, pour le parc Frédéric-Back voisin. L’ambiance sera tout aussi festive, affiche à l’appui : à sa neuvième édition, le festival a réussi à attirer des orchestres parmi les plus importants de la scène kompa actuelle. Juste la visite de T-Vice, digne successeur du grand orchestre Top Vice, assurerait le succès de l’événement, mais voilà que s’ajoutent Nu Look (mené par l’auteur-compositeur-interprète Arly Larivière), Djapot et EKIP (formé par d’ex-Djakout #1). Boissons et mets antillais servis sur place. Le festival débute vendredi et se termine dimanche. Philippe Renaud


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