«Forgotten In Space»: Voivod n’a pas tout hurlé

Le groupe Voivod en 1987, à l’époque de l’album «Killing Technology»
Photo: tirée du coffret «Forgetten in Space» de Voivod Le groupe Voivod en 1987, à l’époque de l’album «Killing Technology»

Légendes mondiales du métal hurlant, le groupe québécois Voivod souligne avec faste le quarantième anniversaire de sa fondation à Jonquière. Après une réédition plus tôt cette année de son album classique Nothingface paru en 1989, voilà qu’un magnifique coffret (CD et vinyle) réunissant trois de ses quatre premiers albums paraîtra vendredi prochain. « Il est magnifique ! » se réjouit Michel « Away » Langevin, batteur, archiviste officiel et illustrateur des pochettes des albums du groupe. « J’ai numérisé des photos et des dessins qui n’avaient jamais été publiés, je suis vraiment satisfait », dit-il à propos du coffret Forgotten in Space, farci de démos inédites et d’enregistrements en concert.

« Quand je ne suis pas en tournée ou en studio avec Voivod, j’en profite pour numériser toutes les archives qu’on a », ajoute « Away », et Dieu sait combien il a pu en accumuler en quarante ans de carrière. « Les fans nous envoient des vieux concerts sur VHS » qui témoignent de l’évolution musicale du groupe, d’abord inspiré par le thrash metal et qui, sur son chef-d’oeuvre Nothingface, a embrassé l’influence du rock progressif, innovant sur la scène métal planétaire.

Les trois albums mis en valeur dans le coffret, Rrröööaaarrr (1986), Killing Technology (1987) et Dimension Hatröss (1988), tous édités à l’époque par l’étiquette allemande Noise Records (rachetée par BMG), permettent de suivre la fulgurante évolution musicale de ces surdoués de la défonce rock. Rrröööaaarrr est d’une saisissante brutalité, presque punk dans l’énergie, alors que l’exécution des compositions tend à se raffiner et à se complexifier sur les deux albums suivants, particulièrement sur Killing Technology, le premier témoignage de la singularité musicale du groupe.

On était super dédiés. On pratiquait tous les soirs, et nous devions développer notre idée à une vitesse fulgurante puisqu’on enregistrait nos disques à Berlin et qu’ensuite, on partait en tournée. Je n’en reviens pas encore qu’on faisait ça chaque année, un album, une tournée mondiale, et ainsi de suite ! À partir de 1986, tout est allé très rapidement.

L’illustrateur qu’est Michel Langevin trouve un plaisir décuplé à admirer le graphisme du coffret, qui met en valeur le dessin de la mascotte du groupe, Korgull, apparaissant pour une première fois sur la pochette de War and Pain (1984), tout premier album de la formation.

« C’est l’image de la pochette du premier album d’Iron Maiden qui m’avait marqué — j’ai tout de suite été attiré par la pochette en me disant : “C’est mon nouveau groupe préféré”, même si je n’avais aucune idée de comment ça sonnait. Et lorsque j’ai déposé l’aiguille sur le disque, ça sonnait exactement comme je me l’imaginais. Alors, je me suis dit, en dessinant la pochette du premier album, qu’il fallait que ça représente le plus fidèlement possible notre musique : l’idée de la guerre froide, le côté apocalyptique et fantaisie de Heavy Metal », ajoute Langevin en faisant référence au film d’animation Heavy Metal (1981) et à son esthétique futuriste dérivée du magazine français de bande dessinée Métal hurlant.

« Ce qui était super avec Voivod, c’est qu’on évoluait d’une manière ou tout était relié : la musique pouvait influencer les dessins et les dessins pouvaient influencer les paroles, et les paroles la musique. Tout avançait en même temps — il faut dire que, lorsqu’on a déménagé à Montréal en 1985, tous les membres du groupe habitaient le même appartement », un deuxième étage rue Ontario, près de De Lorimier, où le groupe pouvait faire autant de bruit qu’il le désirait. « On y est restés durant toutes ces années regroupées dans le nouveau coffret, les années Noise Records, à développer notre son, nos textes, notre concept. On était super dédiés. On pratiquait tous les soirs, et nous devions développer notre idée à une vitesse fulgurante puisqu’on enregistrait nos disques à Berlin et qu’ensuite, on partait en tournée. Je n’en reviens pas encore qu’on faisait ça chaque année, un album, une tournée mondiale, et ainsi de suite ! À partir de 1986, tout est allé très rapidement. »

Plus populaires que jamais ! 

Quarante ans après sa création, Voivod est toujours très populaire en Europe et en Amérique du Nord, assure Michel Langevin, qui, tout récemment, bouclait une tournée aux États-Unis qui s’est arrêtée le 18 juin dernier au festival Pure Filth, dans l’État de New York, où le groupe a été intronisé au Metal Hall of Fame.

« Je suis content que Voivod existe encore, parce que quand je travaille sur les rééditions, il y a beaucoup de nostalgie et de mélancolie par rapport à un tas de souvenirs, par exemple le décès de Denis D’Amour. » Un projet de monument à la mémoire du guitariste, qui a laissé son empreinte sur le son métal par son utilisation d’un type d’accord baptisé « Devil’s chord », est présentement à la recherche de financement participatif. L’oeuvre du sculpteur Fred Laforge atteindra près de trois mètres et sera installée à la place Nikitoutagan, dans le secteur Jonquière de Saguenay. « Si le groupe n’existait plus, je sens que je serais triste de me pencher sur notre vieux matériel. »

Michel Langevin confirme qu’un album de compositions originales paraîtra l’an prochain. Ainsi qu’une compilation, une réédition de l’album enregistré en 2003 avec Jason Newsted (ex-bassiste de Metallica) et le dernier album studio sur lequel joue le regretté Denis « Piggy » D’Amour, décédé deux ans plus tard. Un livre ainsi qu’un film documentaire sur le groupe sont aussi au programme.

«  On est plus populaires que jamais ! » dit Langevin, qui, pendant notre conversation, nous glisse à l’oreille que lui et ses confrères Denis « Snake » Bélanger, Daniel « Chewy »Mongrain et Dominic « Rocky » Laroche seraient comblés si l’ADISQ leur décernait le prix Félix Hommage un jour. À bon entendeur.

Forgottenin Space

Voivod, BMG. Disponible, en version vinyle et CD, le 29 juillet.

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