Opéra - Impressionnant Louis Riel

Il reste de l'ordre de l'ironie qu'un compositeur canadien-anglais se soit mis en tête de composer un opéra sur le sujet encore si dramatiquement d'actualité que celui de la répression des métis, francophones et catholiques par les Orangistes en l'honneur du centenaire de la Confédération canadienne, et qu'une faculté anglophone reprenne ce même ouvrage pour célébrer ses cent ans. Néanmoins, le propos de l'art, qui est aussi de traduire l'injustice sociale et politique, les divisions encore latentes de ce pays, les bêtises commises au nom de Dieu comme du pouvoir, ces deux alliés si souvent inséparables, reste foudroyant dans cet opéra.

La musique, menée de main de maître par Hauser, frappe sec. Tous les registres utilisés par Somers, de la mélodie folklorique au plus grand raffinement contrapuntique, de la burlesque scène de rue torontoise à l'humilité sincère de l'exil du héros, de la violence de la pendaison initiale et finale comme des batailles ou de la simplicité naïve des dialogues mère-fils, tout cela vit avec une efficacité dramatique incroyable.

La mise en scène sobre et radicalement provocante de Racine gomme les trous et ajoute à la réussite, aidée par des éclairages somptueux où le personnage dialogue avec son ombre, où la lumière suggère ou invoque, dans un découpage spatial intelligent et parlant. Tout tient de la grande vérité dramatique. Les «encadrés» faits avec les trois rideaux, les masses symboliquement déplacées — malgré certains tics —, l'utilisation vivante de la masse chorale et des figurants, voilà qui ajoute à un grand spectacle d'opéra.

Quant aux chanteurs, hormis quelques petites exceptions, ils sont tous très bons. Pas encore des professionnels aguerris, mais des «étudiants» capables de formidablement faire passer la rampe à ce qui habite leur personnage, malgré une verdeur certaine. Les trois principaux protagonistes (Riel, MacDonald et Mgr Taché) ne craignent pas l'ambition torve comme les aspects humains des drames qui les déchirent.

Tout se déroule souplement dans le fosse comme sur le plateau; du moment crucial à l'infime détail subtil qui contribue au sens, tout articule une pensée qui fait réfléchir. Voilà la force où se hissent ces apprentis musiciens au contact de tels maîtres et d'une telle partition. Pour une fois, l'opéra nous parle si bien de notre histoire encore si présente qu'on reste fasciné, voire pantois. On regrette simplement qu'il n'y ait pas d'épilogue narrant les péripéties hypocrites menant à la réhabilitation de Riel en... 1999. Mais Harry Somers était déjà mort