Pas de visas pour la musique

Depuis 2009, année où l’orchestre s’est ouvert à des musiciens venant de partout dans le monde, personne n’avait fait défaut faute de visa obtenu en temps et en heure. Sur la photo, la cohorte de 2016. 
Photo: Inès Jaussame Depuis 2009, année où l’orchestre s’est ouvert à des musiciens venant de partout dans le monde, personne n’avait fait défaut faute de visa obtenu en temps et en heure. Sur la photo, la cohorte de 2016. 

L’Orchestre de la francophonie lancera ce mercredi sa 21e saison avec un concert à l’église Saint-Andrew et Saint-Paul de Montréal. La présence au programme du Septuor de Beethoven ou de la Pastorale pour quintette à vent d’Amy Beach montre que tout ne s’est pas passé comme prévu dans l’habituel rassemblement estival des jeunes musiciens francophones.

Il y a quelques semaines encore, l’entourage de l’Orchestre de la francophonie s’activait à trouver le meilleur endroit pour accueillir le concert final de l’été 2022, la 9e Symphonie de Beethoven. Or on ne trouve aux programmes des quatre concerts estivaux offerts au public les 13, 21, 25 et 29 juillet à Montréal, que des octuors (Spohr, Mendelssohn), des septuors (Hummel, Beethoven), une Kammermusik de Hindemith, Siegfried-Idyll de Wagner au sein de programmes de musique de chambre.

S’il en est ainsi, c’est qu’après l’été 2020, celui de la réinvention et de l’enseignement à distance, puis l’été 2021, transformé en un feu d’artifice d’une centaine de propositions en ligne gratuites, pour une troisième année de suite l’inattendu s’est immiscé dans la planification de l’Orchestre de la francophonie. En 2022, il a fallu tout chambouler in extremis. Le problème cette fois : l’acheminement des stagiaires des quatre coins de la planète.

Pas que les passeports

 

« Certes, cinq ou six musiciens ont eu, même si nous les aidons financièrement, de grosses difficultés avec les prix des billets d’avion, exorbitants dans certains pays cet été, mais le gros problème a été le traitement des visas, notamment pour des musiciens d’Amérique du Sud et d’Asie », nous confie le directeur musical de l’orchestre, Jean-Philippe Tremblay.

Des demandes du mois d’avril n’avaient même pas été examinées à une semaine du début des stages, fin juin, nous dit-il. « À un moment, nous avons dû trancher et dire : votre visa ne sera pas traité la prochaine semaine puisque cela fait 14 semaines qu’il ne se passe rien. » Curieusement, un aléatoire total régnait, puisque des demandes comparables d’un même pays ont été parfois traitées, parfois ignorées. « Et c’était très compliqué de parler à quelqu’un : tout le département [d’Immigration Canada] avait l’air très occupé, peut-être pris avec les passeports », constate Jean-Philippe Tremblay.

Problème additionnel, le chef ne gérait absolument pas la nature de ces défections forcées : « Même si nous avions voulu garder un orchestre de chambre nous n’aurions pas pu. Tout était déséquilibré : nous avons perdu énormément de violons alors que nous avions presque tous les violoncelles et une bonne partie des vents. »

Jean-Philippe Tremblay est donc parti des instruments disponibles pour imaginer des groupes de musique de chambre élargis (septuors, octuors). « Encore là, il y avait des trous, mais la règle a été de ne désinviter personne. Nous avons donc fait appel à quelques violonistes canadiens. »

Depuis 2009, année où l’orchestre s’est ouvert à des musiciens venant de partout dans le monde, personne n’avait fait défaut faute de visa obtenu en temps et en heure. Désormais, pour l’édition 2023, Jean-Philippe Tremblay en est à songer d’avancer les auditions de février à novembre afin de lancer les invitations avant les Fêtes.

Le chef porte pourtant un regard attendri sur son été improvisé, qu’il a pris un grand plaisir à reconfigurer. Il ne dirigera qu’une partition, Siegfried-Idyll de Wagner, et oeuvrera comme coach de groupes de musique de chambre et comme altiste dans certains ensembles : « Comme nous sommes aussi débalancés dans les altos, cela me fera plaisir de me joindre à eux ! », s’amuse-t-il. « C’est sûr que j’ai eu une déception au début, mais à commencer à travailler cette semaine et à coacher les groupes, je vois qu’un bel été se prépare même si ce n’est pas du tout ce que nous avions prévu, pas quelque chose que nous allons vouloir refaire. »

Orchestre de la francophonie — Été 2022

Concert 1 : 13 juillet, 19 h 30, Église Saint-Andrew et Saint-Paul. Oeuvres de Scalia, Beach, Mozart, Torelli, Beethoven. Invité : Robert Uchida (violon).

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