Des voix s’élèvent contre la fermeture du Conservatoire de l’Université McGill

Le 20 juin dernier, l’Université McGill annonçait la fermeture de son conservatoire, une école de musique active depuis 118 ans.
Photo: Adil Boukind Le Devoir Le 20 juin dernier, l’Université McGill annonçait la fermeture de son conservatoire, une école de musique active depuis 118 ans.

Deux semaines après l’annonce de l’École de musique Schulich de la fermeture définitive du Conservatoire de musique de McGill, programme communautaire Schulich, enseignants, parents et élèves se mobilisent pour tenter d’amener l’École à reconsidérer sa position.

Le 20 juin dernier, l’Université McGill annonçait la fermeture de son conservatoire, une école de musique active depuis 118 ans. Comme l’a rapporté Le Devoir dans son édition du 22 juin, l’établissement mettait en avant la chute abrupte du nombre d’inscriptions depuis le début de la pandémie, le départ de professeurs et des locaux manquants.

Depuis lors, une mobilisation s’est enclenchée et une pétition nommée « Save/Sauvons McGill Conservatory of Music » a été lancée par le comité exécutif du Syndicat des chargé(e)s de cours et instructeurs(trices) de McGill (SCCIM). Le SCCIM cherche à « démontrer à McGill combien le Conservatoire est important pour tous et pour la communauté » et ne formule qu’une demande : « Le Conservatoire doit demeurer ouvert et actif et sa fermeture doit être annulée de façon définitive. »

Représentante du syndicat et professeure, Jeanette Wong regrette une « décision administrative, dénuée de leadership et de vision à long terme ». Genevieve Snider, professeure de piano, précise que la pétition cherche aussi à rallier des noms reconnus, des amis du Conservatoire, des philanthropes : « Nous voulons que la direction y pense à deux fois et analyse vraiment les choses. »

Des motifs mis en doute

 

Professeure de piano depuis 40 ans au Conservatoire, Josiane Lefebvre conteste les motifs mis en avant par l’Université. Sur la question des locaux manquants, elle souligne le soutien du corps professoral de la Faculté de musique. « Jamais les membres de la Faculté n’ont été avertis d’un possible risque de fermeture du Conservatoire. Maintenant qu’ils savent que c’est une question de survie, ils nous ouvrent leurs locaux. »

Mme Lefebvre doute du déficit financier. Quant au nombre de professeurs et d’élèves, le corps professoral serait, selon nos interlocuteurs, de 60, pour un maximum de 80 à plein régime, avec 300 élèves, jusqu’à 550 en période florissante. « Nous ne sommes pas descendus sous le nombre de 300, et les élèves veulent revenir en présence. Je ne sais pas d’où sortent les chiffres avancés », déplore Mme Lefebvre.

Contactée par Le Devoir, l'agente des relations avec les médias pour l’Université McGill, Claire Loewen, a réitéré mardi qu’« avant la pandémie, le Conservatoire comptait chaque année un corps enseignant de près de 100 membres et accueillait plus de 550 étudiants », alors que « l’an prochain, dans le meilleur des cas, nous accueillerions 100 étudiants tout au plus ».

Dans l’écosystème musical, le Conservatoire de McGill, relativement peu connu à Montréal, est un maillon important qui enseigne la musique du niveau débutant au niveau collégial dans les deux langues. Cette formation est d’autant plus importante que l’éducation musicale obligatoire a disparu des programmes scolaires. Le Conservatoire organise aussi des examens reconnus par le ministère pour 500 à 600 élèves par année.

Après le Conservatoire, les élèves les plus motivés restent dans la filière musicale au cégep, puis à l’université, qui forme l’élite. Pour le reste, « cela fait de futurs spectateurs de l’OSM et des institutions culturelles », dit Josiane Lefebvre. « Quant aux bénéfices de l’éducation musicale sur l’apprentissage scolaire et l’épanouissement professionnel et social, ils ne sont plus à démontrer », renchérit Genevieve Snider.

Jeanette Wong insiste sur la dimension sociale : « Certes, il y a plus d’argent à gagner à former l’élite, mais nous servons la communauté. Nous pensons que les choses ne s’excluent pas : il n’est pas nécessaire de jeter aux orties le programme communautaire », souligne celle qui regrette l’« absence d’écoute » de la part de l’administration de McGill.

À court terme, Genevieve Snider souligne avoir demandé à Sean Ferguson, nouveau doyen de l’École de musique Schulich, un audit externe pour faire un état des lieux et envisager des solutions. « Il faut une approche collaborative. Ils disent que c’est à regret qu’ils prennent cette décision. Alors, s’il y a un problème, laissons-le se faire analyser par des gens extérieurs. »

Questionnée sur sa volonté de maintenir le Conservatoire, l’Université McGill s’est cantonnée à ses déclarations de juin : la décision est le fruit d’une « analyse rigoureuse » et « le Conservatoire n’est plus viable ».

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