R. Kelly condamné à 30 ans de prison pour crimes sexuels

Le chanteur et compositeur R. Kelly a été reconnu coupable de trafic sexuel l’année dernière lors d’un procès.
Elizabeth Williams Associated Press Le chanteur et compositeur R. Kelly a été reconnu coupable de trafic sexuel l’année dernière lors d’un procès.

Enfant de Chicago, devenu une vedette mondiale grâce à des tubes dans les années 1990, R. Kelly a dominé pendant des années la scène R&B en dépit d’une longue série d’accusations d’agressions et de crimes sexuels.

Déchu, semble-t-il ruiné, il a été reconnu coupable en septembre 2021 d’avoir piloté pendant des années un « système » d’exploitation sexuelle de jeunes, dont des adolescentes, et condamné mercredi à 30 ans de prison par un tribunal fédéral à New York.

Il a été dépeint par la justice en « criminel, prédateur » et en « manipulateur, dans le contrôle et la coercition ».

Avec sa voix influencée par le gospel et ses textes remplis d’allusions sexuelles, R. Kelly a vendu 75 millions de disques dans le monde, ce qui en fait l’un des plus grands succès commerciaux du R&B.

Le chanteur a remporté trois Grammy Awards en 1998 avec le succès I Believe I Can Fly.

 

Mais son succès a toujours été terni par des rumeurs et des soupçons de violences sexuelles, qu’il a étouffés avec des accords financiers prévoyant des clauses de confidentialité.

Avant l’ère #MeToo, commencée en 2017, il pouvait agir en toute impunité, selon l’accusation.

« J’aime les femmes », mais « est-ce que j’aime coucher avec des filles mineures ? Absolument pas. Est-ce que des gens essaient de détruire ma carrière ? Absolument », avait-il dit pour se défendre dans un entretien à GQ en 2016.

Acquitté

 

Né le 8 janvier 1967 à Chicago, R. Kelly est élevé par sa mère, au sein d’une fratrie de quatre enfants. Dans une autobiographie de 2012, il confiait avoir été témoin de premières scènes sexuelles dès l’âge de huit ans, racontant qu’il avait ordre de les photographier. Il dit aussi avoir été victime d’un viol au même âge, commis par une femme, puis d’autres agressions et crimes sexuels avant l’adolescence.

R. Kelly, qui n’est pas allé au lycée et est considéré comme illettré, a publié 14 albums à son nom.

Chanteur dans le métro, il voit sa vie changer quand il est repéré lors d’un barbecue dans le sud de Chicago par un cadre de la maison de disques Jive Records, qui le fait signer en 1991.

Son premier album solo, 12 Play (1993), avec les titres très sexuels Bump n’ Grind et  I Like the Crotch on You, reste neuf semaines en tête du classement R&B.

Sa vie personnelle tumultueuse, notamment à cause de l’annulation de son mariage avec sa protégée de 15 ans, la chanteuse Aaliyah, n’empêche pas sa célébrité d’exploser.

Mais au début des années 2000, un journaliste du Chicago Sun-Times, Jim DeRogatis, reçoit dans un courrier anonyme deux cassettes vidéo montrant le chanteur en train d’avoir des relations sexuelles avec de jeunes filles, dont l’une va aboutir à son inculpation pour pédopornographie.

Après des années de procédures, pendant lesquelles R. Kelly a continué ses tournées, il est acquitté.

 

« Mute R. Kelly »

De 2005 à 2012, Kelly écrit, produit, réalise et interprète un « hip hopera », Trapped in the Closet, 33 chapitres d’une histoire étrange où le sexe règne encore. L’oeuvre déconcerte, mais séduit quand même la critique.

En juillet 2017, plusieurs mois avant que l’affaire du producteur de cinéma Harvey Weinstein n’entraîne une prise de conscience sur les crimes sexuels commis par des hommes puissants, le site BuzzFeed diffuse une enquête de Jim DeRogatis qui accuse R. Kelly de diriger une sorte de secte sexuelle et de séquestrer contre leur gré six femmes, entre Chicago et Atlanta.

Au même moment, à Atlanta, Kenyette Barnes et Oronike Odeleye fondent le mouvement « Mute R. Kelly » (« Faites taire R. Kelly »), qui prône le boycottage de ses chansons et mobilise des militants contre ses concerts.

En janvier 2019, une série documentaire diffusée sur Lifetime, Surviving R. Kelly, enfonce le clou. Plusieurs victimes décrivent le chanteur comme manipulateur, violent et obsédé par les très jeunes filles. Cette fois, sa maison de disques le lâche, et des artistes, dont Lady Gaga, présentent leurs excuses pour avoir travaillé avec lui.

 

Après la condamnation de mercredi, R. Kelly devrait comparaître en août pour un nouveau procès à Chicago.

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