DawaMafia veut que ça bouge

Le groupe de rap DawaMafia, composé des frères Zaka et Tali B Diwani, a été fondé en 2018.
Photo: Adil Boukind Le Devoir Le groupe de rap DawaMafia, composé des frères Zaka et Tali B Diwani, a été fondé en 2018.

Fondé en 2018, le duo DawaMafia, formé des frères Zacka et Tali B, présentera d’ici la fin de l’été son cinquième album, titré Infréquentable. Cinq albums en cinq ans, sans compter les quelques EP et les simples lancés « pour ne pas nous faire oublier », dit Tali B. Le plus récent, Salaud, est apparu le mois dernier ; ces rappeurs ne chôment pas, c’est le cas de le dire. Et ça paie : après une participation au concert collectif QCLTUR l’automne dernier à l’affiche d’Osheaga, ils offriront un premier concert aux Francos, à 23 h jeudi soir. « C’est une étape de plus dans notre carrière, c’est clair, et ce sera sans doute un spectacle avec beaucoup de spectateurs, il y aura un petit trac, mais un bon trac ! » affirme Zacka.

On l’a remarqué : cette édition des Francos a fait une belle jambe aux artistes de la scène hip-hop locale. Sur la grande scène extérieure, lors du concert d’ouverture de Koriass, et, samedi prochain, pour le concert de clôture mettant en scène Loud Lary Ajust. Deux séries de concerts extérieurs sur la scène érigée au coin des rues Sainte-Catherine et Jeanne-Mance sont consacrées au rap, parfois à ses étoiles montantes, comme Calamine (samedi) et DawaMafia (jeudi soir).

Sombre sans être menaçant, réglé mais mélodique, le son de DawaMafia ne saurait mieux incarner l’esprit de ce rap nouveau qui ne tourne pas le dos à un bon refrain bien chanté. Les gars rappent aussi finement qu’ils chantent, ce qui a le mérite de rendre plus digestes les chroniques de la rue que le duo détaille dans ses chansons aux textes précis, mais jamais vulgaires ou crus. « Y’a des textes plus joyeux ou plus sombres », reconnaît Tali B, « mais on essaie toujours de garder quelque chose d’ensoleillé dans nos chansons ».

Collaborations fécondes

 

« Notre son s’adapte à tous les styles », indique Zacka. « Je dis : même les gens qui ne sont pas nécessairement adeptes de ce genre de musique vont trouver un son qui peut leur plaire », le coupe son frère Tali B. La preuve sur le généreux album Loyal, l’un des deux longs enregistrements que le duo a fait paraître en 2020 : l’emballante fusion trap et boom-bap de Clowns (collaboration avec le MC britanno-colombien Kresnt) y côtoie le trap coulant du succès Étoile (avec Cupidon et Yung Duce), qui frôle les trois quarts de million de visionnements sur YouTube, et celui, clinquant et sourd, de Bolloré, une collaboration celle-là avec nul autre que Tronel, du duo Les Anticipateurs, qui a récemment annoncé la parution prochaine d’un projet solo.

Zacka reprend : « Notre son, c’est une ambiance — en concert, si tu bouges, moi, ça me va. Si tu ne bouges pas, y’a un problème — si je vois que personne je bouge, je vais me remettre en question ! » Originaire de Brossard, la fratrie s’est laissée très jeune porter par le rap : « Ça s’est fait tout seul, sans même qu’on ait envie d’en faire une carrière. En fait, on n’avait même pas envie de rapper, assure Zacka. Simplement, on écrivait des trucs de notre côté, on faisait des freestyles », qui, un jour, ont capté l’attention de l’agent et producteur de Québec Rico Rich. « C’est lui qui nous a poussés à approfondir l’art. Sans lui, on aurait sans doute lâché ça, ou continué juste pour le plaisir. »

DawaMafia a persisté, jusqu’à prendre racine dans le milieu parallèle du rap montréalais, conviant notamment Shreez et Raccoon à ses séances de studio — parions qu’on en apercevra au moins un des deux rejoindre le groupe sur scène, en plus de ce poids lourd du rap québécois dont nous tairons le nom pour le plaisir de la surprise et qui collaborera au prochain album du duo. Un minialbum, entièrement chanté et rappé en arabe, paraîtra également plus tard cet automne, histoire d’honorer les racines marocaines des musiciens et de tenter une percée sur le marché nord-africain.

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