Clara Luciani, la chamade des coeurs battants

Clara Luciani extériorise les douleurs et les transfigure, les vide de leur matière sombre et rend le présent lumineux.
Photo: Adil Boukind Le Devoir Clara Luciani extériorise les douleurs et les transfigure, les vide de leur matière sombre et rend le présent lumineux.

Du fin fond, tout en haut du MTelus ce mardi soir sur la Terre, on entend les cœurs battre. La chamade. Il est 22h20. Elle va arriver. Un grand battement la précède. La voilà. Tranquillement, sans bondir, pas spectaculaire, mais à cœur ouvert. Plus la chanson-titre de son album avance, plus elle est mobile dans ses pantalons amples : ça part du Cœur et ça se prolonge le long de ses jambes, qu’elle a grandes et qu’elle allonge exprès. Symbole : me voici, me voilà, fière, magnifique, au sommet.

Quatre ans qu’on attendait son retour. Et elle fait sa première tête d’affiche au Québec : deux soirs consécutifs, deux fois le MTelus plein pour elle. « Vous retrouver concrétise un rêve », dit-elle, et on la croit : elle est de l’autre côté de la pandémie, comme nous, et elle a traversé l’océan pour le sentir et nous le signifier.

Chanter, soigner, guérir

 

Sa chouette sorte de chanson pop pulsante est hymne à la vie ravivée, de la grande chanson populaire de variétés, faite pour faire du bien, porteuse de ce qui a fait mal et qu’on a grand besoin de soigner, jusqu’à la guérison. Un peu à la manière d’une Françoise Hardy (qu’elle évoque irrésistiblement), Clara Luciani extériorise les douleurs et les transfigure, les vide de leur matière sombre et rend le présent lumineux.

Elle encourage les amoureux à se commettre dans Tout le monde (sauf toi) : « Le moment, c’est maintenant », lance-t-elle sous les hourras. Sans jouer à la bête de scène (qu’elle n’est pas), Clara se démène avec naturel et joie. Mini-chorégraphies, déhanchements sans prétention, elle s’amuse et profite de tout. Y compris de la présence de l’ami Pierre Lapointe (sacrée bête de scène, lui !), le temps de partager la sublime Qu’est-ce qu’on y peut ?, qu’ils ont créé ensemble, dans la tradition des grands duos français des années 1970 que l’on dansait dans les bals de banlieue (pensez La Boum). L’ovation est monstre, le MTelus est tout attendri.

Le cœur grand ouvert

 

Elle a du cœur, Clara, et elle nous permet d’ouvrir les nôtres. Et quand la piste de danse s’anime à nouveau, elle est l’instigatrice autant que la participante extatique. C’est son parterre, ses planches, mais toujours elle semble se réjouir comme une ado d’être enfin au cœur de la soirée de ses rêves.

Ça n’arrêtera plus de gagner en intensité, alors que ses tubes s’empilent comme dans un grand jeu de Meccano. Trop vite, on en est à la salve imparable des chansons à brandir et à célébrer : Le reste, La grenade, Respire encore ! « Je veux vous voir transpirer », réclame-t-elle. Ça sue partout, tellement que ça éclabousse. Bras en croix, Clara resplendit : elle pourrait danser toute la nuit, et la foule aussi !

Et puis c’est le rappel, et la voilà seule avec sa guitare. Qui refait une chanson des débuts, la très souffrante Drôle d’époque. On mesure. C’est de là qu’elle vient. Du temps où elle « ne savait pas plaire ». Un cœur, ça peut aussi se remplir…

Luis Clavis au MTelus comme à l’extérieur

Tout a bien démarré. C’était une soirée de cette sorte. Mission réchauffement idéalement remplie. En bermudas pâles de festivalier en goguette, Luis Clovis avait apporté ce qui restait de soleil avant qu’il ne se couche. On retenait plus l’ambiance générale soulful et relaxe que ce qui distinguait les chansons entre elles. Rondeurs dans le funk, refrains pas méchants, chœurs à l’appui. Pas de souci. On ne demandait pas autre chose qu’une petite rigole aux hanches, pas encore la vallée ruisselante qu’allait provoquer Clara Luciani le long des échines. « Je suis bien, je suis bien, je suis bien », a-t-il scandé, et la foule avec lui. Un chouïa gentil organisateur plagiste, mais plutôt bienvenu. Luis n’était pas mécontent de la réaction à ses harangues : les gens, bien disposés, se sont laissé porter. Juste assez pour justifier un prochain rendez-vous dans son carré de sable.

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