Trois Canadiens en finale du Concours «Voix 2022»

L'Allemande Valerie Eickoff, mezzo-soprano 
Photo: Concours musical international de Montréal L'Allemande Valerie Eickoff, mezzo-soprano 

Dans sa nouvelle formule, le Concours musical international de Montréal (CMIM) permettait à dix chanteurs et chanteuses de se présenter avec orchestre lors de demi-finales lundi et mardi avec l’OSM. Cinq élus reviendront sur la scène de la Maison symphonique jeudi.

Sarah Dufresne, Valerie Eickhoff, Hugo Laporte, Simone McIntosh et Nils Wanderer seront les finalistes du volet « Aria » du CMIM 2022, jeudi à 19 h 30 à la Maison symphonique. Ces candidats ont été choisis par Thomas Allen, Robert Holl, Adrianne Pieczonka, Christine Schäfer, Hartmut Höll, Richard Rodzinski et Renaud Loranger, un jury, présidé par Zarin Mehta.

Cinq Canadiens étaient qualifiés à ce stade de l’épreuve : les sopranos Sarah Dufresne et Lauren Margison, les mezzos Deepa Johnny et Simone McIntosh et le baryton Hugo Laporte. Trois sont donc rescapés. Voici notre regard sur les deux soirées de demi-finales par type de voix.

Candidates

 

Chez les sopranos, Sarah Dufresne, une colorature originaire de Niagara Falls et présentement à l’Atelier lyrique a fait forte impression, notamment dans « Pâle et blonde », l’air de la folie d’Ophélie de Hamlet d’Ambroise Thomas. Lauren Margison a fait valoir à plusieurs reprises la richesse de son registre grave, mais a pourtant choisi « Signore ascolta », l’air de Liu de Turandot de Puccini, pour lequel sa voix est fort cossue.

Les trois mezzo-sopranos ont des profils très différents. L’Allemande Valerie Eickhoff a le registre le plus aigu. Elle est mûre pour les grandes scènes, avec son chant sans failles, ses aigus lumineux et sa classe intrinsèque. C’est une splendide artiste. Représentant le Canada et le Sultanat d’Oman, Deepa Johnny a une belle voix de mezzo tendant vers le grave, une belle Carmen en puissance, un peu à la Rihab Chaieb. Son « Asie » de Shéhérazade (Ravel) était d’une admirable pudeur expressive, son registre de prédilection.

Entre les deux, Simone McIntosh, logique dauphine de Rose Naggar-Tremblay au Concours OSM, chanteuse élégante est une mezzo des plus classiques, une Dorabella (Cosi) et sans doute une rossinienne efficace. Elle a calmement abordé son épreuve avant de tout emballer avec un étonnant « Dieu ! Que viens-je d’entendre ? » de Béatrice et Bénédict de Berlioz d’un grand impact et d’une prononciation remarquable.

Candidats contrastés

 

Le contreténor allemand Nils Wanderer est déjà sur la voie d’une carrière prometteuse. Il a notamment travaillé avec Edith Wiens et son agenda est rempli. Son programme avec « Es ist vollbracht » de la Passion selon saint-Jean et le fameux « Cold Song » de Purcell était conçu comme un viatique pour la finale. Ça n’a pas manqué. Ce « Cold Song » a pourtant totalement déraillé à la fin. Aucun candidat n’a commis telle bévue sur les deux soirées et cela aurait dû lui valoir l’élimination à ce stade.

Que de bonheur à découvrir le ténor coréen Jihoon Son, candidat le plus généreux et phénomène de prononciation, tant en français qu’en italien. Le timbre possède un léger côté nasillard mais l’artiste est formidable. On aurait aimé le voir nous en donner davantage.

Le bilan concernant les barytons est plus mitigé et les trois auraient mérité d’en rester là. Bryan Murray, à la voix plutôt haut perchée, que l’on connaît par le volet « Mélodie », a sorti le grand jeu de l’interprète élégiaque intellectuel et profond, notamment dans « Wo die schönen Trompeten blasen » de Mahler. Dans un concours d’opéra, on aimerait entendre une variété de caractères et notamment le voir chanter à un moment un air d’un héros qui s’énerve un peu.

Pas de commentaire particulier sur Hugo Laporte, dont on connaît la solidité, mais aussi le petit côté engoncé et le manque de relief (on est très loin des Dupuis, Bintner et Sly qui ont brillé dans ce concours). On l’imaginait sans doute très heureux et flatté d’être en demi-finale d’un concours international. On n’ose imaginer maintenant qu’il est en finale, tout comme on n’a aucun indice de ce qui a pu l’amener à ce stade dans la tête du jury. La voix la plus grave, de baryton-basse, un peu plus fruste, de l’Ukrainien Vladyslav Buialsky était inégalement mise en valeur par son choix de répertoire : bien dans Faust et Macbeth, moyennement dans Les noces de Figaro.

Des favoris pour la finale ? Eickhoff, Dufresne, McIntosh dans cet ordre. Mais avec les éliminations et les qualifications que nous avons vues aux divers stades de la compétition, tout est possible.

Soulignons au final le travail redoutablement exigeant accompli par l’OSM, mené par Olivier Thouin, et le chef Jacques Lacombe : dix candidats, ce sont trente airs à accompagner en deux jours avec une fin de semaine de battement après une pleine semaine consacrée à la Neuvième de Beethoven avec Rafael Payare. C’est intense.

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