Henri Band au Cabaret - Un band de vieux garçons

Nouveau disque, nouvelle compagnie de disques — La Tribu — et nouveau show traditionnel du temps des Fêtes: il en aurait fallu bien plus pour inquiéter les gars du Henri Band. Après six ans de silence sur disque, entre des dizaines et des dizaines de concerts, les gars se sont retrouvés entre eux pour amorcer ce Tour du libraire. Banal? C'est pourtant ce qu'ils savent le mieux faire, se retrouver, chanter et boire. Ensuite, ils partagent, avec une énergie dont on n'a pas idée, leur goût de la fête, leur rock'n'roll de ceinture fléchée, leur commentaire social aussi.

Aujourd'hui dans la quarantaine, après une quinzaine d'années de beuveries légendaires, les membres du Henri Band savent toujours se retrouver. Sauf que cette fois, pour une première, ils ont laissé à un autre, Gilles Brisebois, la responsabilité de prendre soin de leurs compositions, question de mieux les arranger. «On est un groupe de vieux garçons. Il nous a ouvert de nouvelles portes. Le choc n'a pas été si doux, à la première écoute.» L'image de Christian Légaré, qui a réalisé l'album, est parlante. Le Henri Band, c'est un petit groupe serré d'amis, qui se voient à l'occasion, au nom de la musique, comme d'autres jouent au hockey à la petite semaine. En effet, le groupe n'a pour ambition que de continuer à avoir du plaisir ensemble. Un plaisir contagieux.

Même après les enfants, les séparations, après que la vie se fut chargée du quintette, le groupe continue à se revoir comme les gamins qu'ils étaient il y a peu. «On continue de parler des mêmes valeurs fondamentales, qui sont celles de la Révolution française: liberté, égalité et fraternité», explique Robert Simard, compositeur et chanteur format géant du groupe.

Plus vieux, les gars du groupe font comme de raison une musique plus mature, même si la fête fait partie de leur façon d'être. «Vieillir dans le rock'n'roll, c'est fantastique, pourvu que tu ne deviennes pas une caricature de toi-même. J'ai décidé de mettre les deux pieds à terre. Le commentaire est politique, plus incisif.» Le discours du Henri Band est politico-social, mais jamais sous une bannière de parti ou une option politique.

Pour ce nouveau disque, le cycle des rois a été laissé de côté. Le groupe avait intitulé ses précédents disques Henri I, Henri II et Henri III. Cette fois, le thème du livre est omniprésent — tout le livret reprend la facture vieillotte des livres anciens. Simard se dit amoureux des livres, de la littérature d'une époque qui est la sienne, le XXe siècle. «J'ai grandi à travers les livres, à travers Pablo Neruda ou Garcia Marquez, en compagnie des humains. L'homme, dans son hommerie, est décevant. Les livres nous permettent d'atteindre un niveau de conscience intéressant. Tu deviens réceptif à d'autres points de vue et tu grandis à travers cela.»

Selon Légaré, Le Tour du libraire «permet de faire le tour de plusieurs histoires, dont celle, rapportée par Réal Giguère dans les années 60, de Gros jambon.» Le Henri Band a livré une version flâneuse de Gros jambon, dont l'histoire s'ajoute aux nombreuses autres qu'aime raconter le groupe.

Comme les années passées, le Henri Band présente cette semaine son spectacle de Noël au Cabaret, boulevard Saint-Laurent. Autre signe d'ouverture, le groupe a décidé cette fois de laisser un micro ouvert à la fin du spectacle pour que les spectateurs aient aussi la parole et viennent livrer leurs versions d'un bon rigodon. C'est pour jeudi, le 30, au Cabaret.