Musique ancienne - La passion selon Claude Bernatchez

Dans le petit espace d'air qui sépare Noël du jour de l'An, Anonymus propose quatre récitals sur le thème de la quête des Mages. Pour le directeur artistique de cet ensemble de musique ancienne, Claude Bernatchez, les chants et musiques du Moyen Âge ont le pouvoir de nous faire renouer avec «la vraie histoire».

Une spectatrice enthousiaste avait employé cette expression pour décrire le plaisir éprouvé à entendre le récit de la naissance du Christ sans toutes les couches de peinture et de vernis imposées par le temps.

C'est un Claude Bernatchez exalté qui nous raconte l'anecdote dans ses locaux, rue Langelier. Réputé mondialement dans le petit monde de la musique ancienne, l'ensemble qu'il a fondé il y a près de 30 ans a pour coutume de renouer avec le grand public durant le temps des Fêtes.

Ecce Stella («voici l'étoile» en latin) est présenté pour la deuxième fois dans sa version actuelle, avec neuf musiciens: Claude Bernatchez (percussions, luth et baryton), Mélanie Demers (flûtes, percussions, soprano), Philippe Gagné (ténor), David Jacques (luth), Dominique Gagné (ténor), Robert Huard (baryton), Michèle Motard (organetto et mezzo-soprano), Sylvain Neault (vièle) et Jocelyn Guilmette (vièle).

Basé sur le drame liturgique Le Jeu d'Hérode, qui date du XIIe siècle, les chants et motets d'Ecce Stella décrivent la naissance du Christ du point de vue des Mages. Une série de tableaux représentent leur voyage à la suite de la mystérieuse étoile, leur passage devant la cour du roi Hérode, les ruses de ce dernier pour contrer le divin enfant qu'il perçoit comme un rival et enfin l'arrivée de Balthazar, Gaspard et Melchior à la crèche.

«Ce qui est intéressant là-dedans, c'est la qualité et la profondeur des musiques, l'envoûtement complètement fascinant qu'elles peuvent exercer, constate M. Bernatchez. On se trouve en présence d'un art véritable et raffiné qui repose pourtant sur des moyens très primitifs.»

De ces partitions, l'ensemble avait conçu en 2002 une ambitieuse version théâtrale, Le Mystère de l'Étoile. En dépit du concert d'éloges qui l'avait accueilli, ce spectacle avec marionnettes géantes n'a pas été repris. Dépassés par l'ampleur du risque financier lié à ce type d'événement, les membres d'Anonymus sont retournés temporairement à leurs instruments, histoire de peaufiner la musique en préparation d'un album qui doit paraître l'an prochain.

Or Claude Bernatchez entend toujours reprendre ce spectacle à grand déploiement dans l'église Saint-Roch, voire créer une structure pour le présenter tous les ans. Pour lui, les éléments dramatiques sont cruciaux dans le chemin qui mène la musique ancienne à nos oreilles. «Le problème de la musique, c'est qu'elle n'a pas été pensée pour le concert, alors on est un peu obligés de trouver toutes sortes de truchements qui font que ça peut vraiment bien se communiquer. [...] La culture du concert n'existait pas au Moyen Âge. C'était une abstraction totale.»

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Ecce Stella

Les mardi 28 et mercredi 29 décembre à 16h et 19h30

À la chapelle du Musée de l'Amérique française, 2, côte de la Fabrique, Vieux-Québec