I Musici et Les Violons du Roy se rencontrent sous la baguette de Jean-François Rivest

Pour cette troisième rencontre, le chef d’orchestre Jean-François Rivest a voulu interpréter un répertoire précis, centré sur les cordes.
Photo: Marie-France Coallier Le Devoir Pour cette troisième rencontre, le chef d’orchestre Jean-François Rivest a voulu interpréter un répertoire précis, centré sur les cordes.

L’orchestre de chambre I Musici de Montréal et Les Violons du Roy joignent leurs forces jeudi à Montréal et samedi à Québec lors de concerts dirigés par Jean-François Rivest. La comédienne Catherine Sénart s’allie également aux musiciens dans ce programme qui sera ensuite accessible en webdiffusion du 2 au 12 juin.

Ce n’est pas la première fois qu’I Musici et Les Violons du Roy s’unissent sur scène : leur rapprochement avait été facilité quand Jean-Marie Zeitouni avait pris les rênes de l’orchestre de chambre montréalais après avoir été le bras droit de Bernard Labadie à Québec.

La première expérience eut lieu en 2013, sous la baguette du chef Zeitouni, qui dirigeait alors Introduction et Allegrod’Elgar, Tallis Fantasia de Vaughan-Williams, A Simple Symphony de Britten, puis les Danses populaires roumaines et Musique pour cordes, percussion et célesta de Bartók.

Le tour suivant, à Lanaudière en 2017, fut partagé entre Bernard Labadie et l’ancien chef d’I Musici avec les Symphonies nos 3, 5 et 7 de Beethoven, la 40e de Mozart, la 104e de Haydn et l’Inachevée de Schubert, le dernier des concerts ayant été particulièrement mémorable puisque Bernard Labadie, victime d’un zona foudroyant, laissa mener l’orchestre par la violoniste Pascale Giguère dans la symphonie de Haydn, Jean-Marie Zeitouni faisant des miracles pour assurer la 5e Symphonie de Beethoven.

Les cordes avant tout

 

Pour cette troisième rencontre, le chef d’orchestre Jean-François Rivest a voulu interpréter un répertoire pécis, centré sur les cordes. « J’ai tout de suite pensé à La nuit transfigurée [d’Arnold Schoenberg], qui part d’un très beau gros groupe de cordes. »

Et pour ce qui est des Concerti grossi d’Arcangelo Corelli, le chef Rivest souligne que « c’est une fausse conception de penser que toute la musique baroque a été composée pour des orchestres 5, 4, 3, 2, 1 [du nombre de musiciens, des premiers violons à la contrebasse]. Corelli avait, comme nous le montrent des gravures d’époque, de gros orchestres — avec 80 musiciens, parfois ».

La réunion permet ainsi d’avoir « un son particulier, enrichi par un gros continuo avec deux clavecins, un orgue positif, deux théorbes et luth ». « Donc, l’expérience sonore et l’expérience de l’échange entre le concertino de trois ou quatre musiciens et le grand ensemble seront très particulières. »

Entre Corelli et Schoenberg, où la comédienne Catherine Sénart lira le poème de Dehmel, il y aura Où la nuit, que Jean-François Rivest décrit comme une œuvre poétique. La création de Stacey Brown repose d’ailleurs sur le texte Un ailleurs, de Sandrine Davin, « qui parle des âges de la vie et du vieillissement comme quelque chose de beau et lumineux ».

Le pied dans la porte

 

Jean-François Rivest a été officiellement engagé par I Musici pour assurer le pont avec le futur directeur musical de l’ensemble. Et, chose inédite dans ce genre de situation, il est lui-même candidat au poste : « Je n’ai pas de développement à communiquer au niveau administratif », nous dit-il, louant « un boulot important de développement interne ». Le pied dans la porte l’avantage toutefois indéniablement : « J’ai acquis une grande confiance de leur part, on développe l’administration et on me fait confiance, du moins à court terme. Et la bonne nouvelle, c’est qu’on fait du bon travail, qu’on a fait une bonne saison musicale. »

L’expérience sonore et l’expérience de l’échange entre le concertino de trois ou quatre musiciens et le grand ensemble seront très particulières

 

Le chef d’orchestre apprécie grandement « la réactivité et la qualité de compréhension par l’expérience de très haut niveau » des musiciens d’I Musici. « Il y a plusieurs niveaux de contentement », reconnaît Jean-François Rivest, citant « la souplesse et la variété de la capacité d’adaptation dans les divers styles ». « Ça, c’est un peu l’héritage de Jean-Marie Zeitouni, qui a travaillé très fort pour apporter toutes sortes de styles différents », conclut-il.

Les projets d’I Musici pour la saison prochaine seront dévoilés prochainement, mais Jean-François Rivest — et c’est une différence par rapport à son prédécesseur — croit beaucoup à ce qu’il appelle « l’héritage de Yuli », c’est-à-dire la primauté absolue du répertoire de cordes. « Il n’y aura pas de concerts où l’on sera 50 sur scène avec des bois et des cuivres. Je continuerai à travailler sur l’ADN d’I Musici et sa vocation fondamentale. »

Dernier empressement, et non des moindres : « On a hâte que le public se redéveloppe comme avant. Ce n’est pas facile de remplir les salles. Venez au concert : rien ne remplace cette expérience ! »

 

I Musici et Les Violons du Roy

Corelli : Concerti grossi op. 6 nos 1, 8 et 11. Stacey Brown : Où la nuit. Schoenberg : La nuit transfigurée. Direction : Jean-François Rivest. Salle Pierre-Mercure (Montréal), jeudi 26 mai 2022, 19 h 30. Le Diamant (Québec), samedi 28 mai 2022, 19 h 30.  Diffusion en ligne du 2 au 12 juin.

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