29 heures de nouvelles libertés

Ce projet pilote, qui s’est terminé à 3 h du matin lundi, sera assurément analysé et étudié.
Photo: Denis Hubert Ce projet pilote, qui s’est terminé à 3 h du matin lundi, sera assurément analysé et étudié.

Ce fut le clou de la seconde conférence MTL au sommet de la nuit, organisée du 18 au 20 mai au Monument-National : NON-STOP 24/24, projet pilote en forme de grande fête dansante ininterrompue de 29 heures se déroulant à la Société des arts technologiques (SAT) et durant laquelle les danseurs ont pu légalement acheter de l’alcool passé 3 h du matin.

Dans la grande salle, le vétéran de la scène techno de Detroit John « Jammin’ » Collins servait déjà depuis une bonne trentaine de minutes sa mixture de techno et house assortie de voix soul et R&B savamment développée au long d’une carrière de plus de trois décennies lorsque la dérogation est entrée en vigueur. Sur le coup de trois heures du matin, les deux bars au rez-de-chaussée de la SAT ont continué à servir de l’alcool, légalement, à la clientèle, un mélange très hétéroclite de jeunes et de vieux renouant avec les plaisirs de la danse au cœur de la nuit.

Il n’y a pas eu de lâcher de ballons. Pas de décompte comme au jour de l’An ni de confettis pour marquer la levée de l’interdit. Juste comme ça, aller se commander un gin tonic à 3 h 05 du matin devenait un geste normal, comme ce l’est dans de nombreuses métropoles européennes, où la vie nocturne a été mieux étudiée, comprise, planifiée et encadrée qu’à Montréal.

Photo: Denis Hubert

Surtout, il n’y a pas, à notre connaissance, eu de débordements ni d’écarts de conduite apparents. Peu avant 3 h du matin, une patrouille du SPVM s’est introduite dans la grande salle de la SAT — la visite des forces policières était prévue dans le cadre du projet pilote, nous a fait savoir l’équipe de la SAT. Devant eux, quelques centaines de danseurs, sourires béats, profitant de l’ambiance installée par le DJ américain. La patrouille s’est ensuite dirigée à l’étage où, dans la Satosphère, le DJ montréalais Christian Pronovost enfilait les disques de bon house percussif et mélodieux, rendant à nouveau hommage à son ami Robert Ouimet, emblématique DJ de l’ère disco et pionnier des nuits montréalaises subitement décédé le mois dernier. Pronovost s’était vu confier la plage horaire rêvée, de 3 h à 5 h du matin, et l’a occupée avec l’expertise qu’on lui connaît ; lorsque la Satosphère a fermé, les DJ sont passés à la terrasse au toit, Ellxandra et Mr. Touré se chargeant de servir les bons grooves à l’heure du latté et des œufs tournés.

Une expérience concluante ?

Ce projet pilote, qui s’est terminé à 3 h du matin lundi, sera assurément analysé et étudié, et on espère qu’il sera reconduit, tant il a semblé concluant. Cette soirée sentait la belle nuit d’été prépandémique : passé 2 h du matin, les trottoirs du centre-ville étaient encore bondés, les taxis se faufilant le long de la Main occupée d’abord par les amateurs de musique punk quittant, rassasiés, les salles réservées par les organisateurs du festival Pouzza Fest, qui lui aussi goûtait à nouveau à la liberté après deux années difficiles.

Lors de la conférence présentée ces derniers jours par l’organisme MTL 24/24, l’administration municipale en a profité pour annoncer la mise à la disposition d’un fonds de 2,1 millions de dollars destiné aux bars et aux restaurants visant à favoriser la relance de ce volet de l’économie nocturne. MTL 24/24 a également dévoilé le Rapport économique sur la nuit socioculturelle de la métropole, une étude réalisée avec le soutien de la Ville de Montréal, du gouvernement du Québec et de Tourisme Montréal.

Le document met des chiffres sur l’activité socioculturelle nocturne de la métropole : le commerce socioculturel de nuit représente près de 33 500 emplois. Les données récoltées en 2019 indiquent que 22 % des touristes ont visité Montréal pour profiter de sa vie nocturne, injectant 909 millions de dollars à l’économie de la métropole.

Au chapitre des recommandations, le Rapport valide plusieurs demandes formulées ces dernières années par les principaux acteurs de la vie nocturne socioculturelle, dont la création d’un Bureau de la nuit pour assurer une bonne gouvernance, une restructuration du zonage « dans certains secteurs pour faciliter l’implantation de projets culturels nocturnes », et la flexibilité des heures d’ouverture des bars, des clubs et salles de spectacle et du droit de vendre de l’alcool. Détail intéressant : le Rapport suggère également « [d’]évaluer la possibilité d’ajouter comme condition pour l’obtention [de nouveaux permis d’alcool 24 heures sur 24 pour les salles de spectacle et les bars] l’engagement de présenter une programmation qui fasse place à la scène culturelle locale ».

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