Le «piano collaboratif» acquiert ses lettres de noblesse

Un carrefour du piano collaboratif est une résidence commune pour pianistes se spécialisant dans l’accompagnement de chanteurs et chanteuses. MGSTUDYO
Un carrefour du piano collaboratif est une résidence commune pour pianistes se spécialisant dans l’accompagnement de chanteurs et chanteuses. MGSTUDYO

L’Université McGill et l’Université de Montréal (UdeM) ont obtenu de la Fondation Azrieli un don de deux millions de dollars qui servira à donner naissance à un « carrefour du piano collaboratif », en d’autres termes, à une résidence commune pour pianistes se spécialisant dans l’accompagnement de chanteurs et chanteuses.

La dénomination « piano collaboratif », pas encore entrée dans les mœurs, tient à cœur à plusieurs parmi ceux que l’on a coutume de désigner sous le vocable de « pianistes accompagnateurs ». Cette appellation est désormais jugée blessante par certains, car elle sous-entend une primauté intrinsèque du chanteur sur le pianiste.

Quoi qu’il en soit, reconnaître que l’accompagnement vocal est une discipline à part entière qui requiert des qualités propres et, donc, un enseignement propre, est une judicieuse idée, qui plus est dans une métropole qui passe à juste titre pour une pépinière vocale.

« Cadeau du ciel »

Cette résidence UdeM-McGill en piano-art vocal, programme intensif de neuf mois, concernera six étudiants par année. Les membres de la première cohorte, originaires de la France, du Brésil, du Canada et des États-Unis, ont été sélectionnés ce printemps et commenceront leur résidence cet automne.

 

L’un d’eux, Pierre-André Doucet, du Nouveau-Brunswick, explique au Devoir qu’il s’intéresse à cette discipline depuis une quinzaine d’années : « J’ai étudié 11 ans à Montréal. J’ai passé mon bac, ma maîtrise, mon doctorat à l’Université de Montréal, et j’ai suivi des classes de maître ici, aux États-Unis et en Europe. » Pierre-André Doucet a été attiré par une formation « formatée aux besoins et intérêts de chacun » et par le fait d’avoir « le temps de travailler tous les aspects d’une discipline » qu’il cherche à approfondir avant d’intégrer le marché du travail.

« Retourner aux études n’était pas ma priorité. Mais après les deux dernières années, ne pas avoir à se soucier du lendemain et se concentrer sur le travail est un cadeau venu du ciel », ajoute-t-il. Les artistes recevront en effet une bourse et, grâce à la Fondation Azrieli, une allocation de subsistance et une bourse de développement de carrière à la fin de leur année.

La résidence sera dirigée conjointement par les professeurs Francis Perron (UdeM) et Michael McMahon (Université McGill). Marie-Michelle Raby, pianiste accompagnatrice, agira à titre de coordonnatrice du programme. Francis Perron précise au Devoir que si deux résidents, comme Pierre-André Doucet, avaient fini leurs études, l’un est un étudiant actuel à l’UdeM et va passer directement dans cette filière, alors que deux étudiaient l’accompagnement vocal aux États-Unis.

« Nous cherchons des gens de très haut niveau », indique-t-il. L’argent de la Fondation Azrieli permettra notamment d’attirer « quatre invités de marque, de très grosses pointures internationales, qui vont passer une semaine ou deux avec les élèves ».

Ce qui importe aussi, c’est que le programme, qui pourra compter sur le vivier de chanteurs des deux établissements, va bien plus loin que l’accompagnement de la mélodie ou du lied : « Nous essayons d’aborder tous les aspects du métier, dont la préparation de chanteurs d’opéra et l’accompagnement de récitatifs.

Ces gens-là veulent aussi devenir des coachs vocaux. Nous aurons donc des séances spécialisées de diction lyrique. » Francis Perron juge que « la formation du coach, c’est ce qui apporte un changement concret ». Lors du prochain Concours musical international de Montréal, un prix sera décerné, et le gagnant sera invité à donner un récital avec les pianistes du programme.

La nouvelle résidence est certes un programme incomparable, mais l’UdeM et McGill ne constituent pas le seul centre d’expertise dans la métropole. Au Conservatoire œuvre, à la suite de Louise-Andrée Baril, Olivier Godin, figure internationalement reconnue, qui a récemment accompagné Marie-Nicole Lemieux en tournée en France. Son Académie internationale estivale, autrefois au Domaine Forget, a été rapatriée à Lachine, dans le cadre du festival mené par Richard Turp. Olivier Godin accueillera cette année notamment le grand baryton autrichien Wolfgang Holzmair, François Le Roux et, comme coformatrice, Marie-Ève Scarfone, qui vient d’accompagner Cecilia Bartoli en remplacement de Daniel Barenboïm.

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