Décès de Vangelis, géant de la musique électronique

Le compositeur est décédé à 79 ans, a annoncé jeudi le premier ministre grec.
Photo: Facebook de Vangelis Le compositeur est décédé à 79 ans, a annoncé jeudi le premier ministre grec.

Il était considéré comme l’une des figures les plus importantes de la musique électronique. Décédé le 17 mai à l’âge de 79 ans, le compositeur grec Vangelis possédait un style immédiatement reconnaissable.

Si on lui doit plusieurs excellents albums solos, c’est surtout son travail pour le cinéma qui le fit connaître. Récompensée d’un Oscar, sa musique du film Chariots of Fire (Les chariots de feu) fit école et demeure l’une des plus fréquemment citée, en hommage ou en satire, pour exprimer l’idée d’élévation sportive et de dépassement de soi. Conçues peu après, ses compositions pour les films Blade Runner et Antarctica sont tout aussi mémorables.

Né dans la ville côtière d’Agria en 1943, Evángelos Odysséas Papathanassíou grandit au sein d’un foyer épris de musique. Dès l’âge de quatre ans, il aime ouvrir le piano familial dans lequel il insère divers objets susceptibles d’en changer les sonorités. Plus encore que la musique, les sons le fascinent. En 2021, il explique au balado Space Rocks à propos du phénomène de synesthésie :« Quand j’étais enfant, je le faisais à dessein. Je sentais quelque chose, puis je me demandais : “Quel son est-ce ?” Ou j’entendais quelque chose, et je pensais : “De quel aliment s’agit-il ?” Les humains ont par surcroît chacun leur propre son. Quand je vois quelqu’un, je connais son “son”. Je ne peux pas l’expliquer. »

Devant cette passion évidente, ses parents l’inscrivent à des leçons de musique à six ans, mais l’enfant se rebelle, préférant expérimenter et jouer de mémoire. Au début des années 1960, il forme un groupe de jazz avec des copains : The Forminx. En 1966 naît un second groupe, de rock progressif celui-là : Aphrodite’s Child.

L’exil et la consécration

Désireux de fuir la dictature des colonels mise en place dans la foulée du coup d’État de 1967, Vangelis gagne Londres, mais on lui refuse l’entrée en Angleterre. Il se rabat donc sur Paris.

En France, il amorce une fructueuse collaboration avec le documentariste Frédéric Rossif. En découlent notamment L’apocalypse des animaux (1970), La fête sauvage (1975) et Opéra sauvage (1979), trois de ses plus beaux albums, riches d’atmosphère et de sonorités tantôt insolites, tantôt symphoniques.

Finalement installé à Londres, Vangelis sort successivement, entre 1975 et 1978, quatre albums formant une série : Heaven and Hell, Albedo 0.39, Spiral, et Beaubourg (l’astronome américain Carl Sagan reprendra certaines pièces de Heaven and Hell pour sa populaire série documentaire Cosmos).

En 1979, il effectue un retour en Grèce le temps d’enregistrer l’album Odes, où, en compagnie de la grande actrice Irene Papas, il revisite le folklore musical du pays. Une rencontre déterminante survient en 1980, avec le réalisateur anglais Hugh Hudson, qui prépare un drame sportif sur les coureurs Harold Abrahams et Eric Liddell, qui brillèrent aux Jeux olympiques de 1924. Sorti en 1981, le film s’intitule Chariots of Fire, et la musique que Vangelis compose pour l’occasion mène à sa consécration.

Suivre le flot

 

Oscar en poche, Vangelis devient un nom que les cinéastes s’arrachent. Caractéristique, le « son » du compositeur, qui utilise surtout des claviers, ou synthétiseurs, est alors très en vogue.

Coup sur coup, il collabore avec Costa-Gavras sur le drame politique Missing (Porté disparu, 1982), avec Ridley Scott sur le chef-d’œuvre de science-fiction Blade Runner (1982) et sa vision futuriste pessimiste que le musicien tient pour prophétique… Suivent les films d’aventure Antarctica (1983), de Koreyoshi Kurahara, et The Bounty (1984), de Roger Donaldson. Mais déjà, après avoir été beaucoup imité, son style est parodié, puis passe de mode.

Qu’à cela ne tienne, Vangelis retourne en studio et continue de faire paraître des albums solos régulièrement. Du lot, se distingue le diptyque conceptuel El Greco – Foros Timis Ston Greco (1995) et El Greco (1998), consacré au célèbre peintre Dominikos Theotokópoulos. Il revient ponctuellement au cinéma, retrouvant par exemple Ridley Scott en 1992 pour 1492: Conquest of Paradise (1492 : Christophe Colomb), un gros ratage cinématographique rehaussé par l’une des plus éblouissantes réussites musicales de Vangelis.

Notoirement réservé, il accordait peu d’entrevues. Au site spécialisé Prog, il confie en 2016 : « Chaque fois qu’un son jaillit de mes mains, c’est et ça a toujours été instinctif. Il n’y a pas de réflexion, et je n’ai ni idées préconçues, ni plans ou constructions préétablis. Je suis ce flot jusqu’à ce que la musique n’ait plus besoin de moi. »

En tout respect, on aurait aimé que la musique « l’utilise » un peu plus longtemps.

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