La voix précieuse de Rose Naggar-Tremblay

Rose Naggar-Tremblay
Gabriel Fournier Rose Naggar-Tremblay

Le second programme dirigé par Rafael Payare cette semaine à l’OSM célébrait la jeunesse, puisque c’est celui qui permettait au public de faire connaissance avec la lauréate du Concours OSM. Tenue virtuellement, la dernière édition de ce concours avait consacré à l’automne dernier la « mezzo » Rose Naggar-Tremblay. La chanteuse a fait très forte impression dans les trois cinquièmes des Sea Pictures d’Elgar présentés jeudi soir.

La présence de la lauréate du Concours OSM n’était pas le seul hommage à la jeunesse ce jeudi, puisqu’une vingtaine d’étudiants du programme d’immersion orchestrale de l’Université de Montréal, de McGill et du Conservatoire se sont joints à l’OSM en seconde partie pour Tableaux d’une exposition. On peut imaginer que cette initiative tenait particulièrement à cœur à Rafael Payare, qui a bénéficié au Venezuela du programme El Sistema, donnant leur chance aux jeunes par la musique. Ce fut assurément une expérience stimulante pour tous ces jeunes musiciens, qui agrandissaient la taille de l’orchestre. L’initiative n’a eu aucune incidence négative (minoration de qualité d’ensemble) pour le public.

Inventivité déplacée

Le concert débutait par la 29e Symphonie de Mozart, composée quand il avait 18 ans, la première des grandes symphonies de Mozart, avec la 25e qui la précède de six mois.

Dans Mozart, Payare choisit un effectif cossu (6 violoncelles et 4 contrebasses et le reste à l’avenant), luxe un peu inutile étant donné le rendement sonore de la salle. Il n’oppose pas les violons sur scène. La démarche musicale est assez vive et bondissante avec un 2e mouvement allant et léger, mais d’une hâte « horlogère », pas gracieuse dans le Menuet, le trio est assez ralenti, mais réussi. On trouve dans le Finale un juste équilibre des cors, que l’on n’avait pas dans le 1er volet, où ils ponctuaient le discours, mais sans vraiment le colorer pertinemment ni le phraser. Par contre, énorme bévue, Payare se met à inventer un effet en faisant jouer decrescendo la montée des violons avant les deux derniers accords de la symphonie. Mais quand on invente un effet non sollicité par le compositeur, inutile et clownesque, autant le réussir. C’était tellement raté qu’on a eu l’impression que les violons avaient oublié de jouer.

Quant au fond des choses, on pourra peut-être se permettre de faire le pitre en ajoutant de la chantilly dans le répertoire classique quand on observera les nuances dans le répertoire romantique, non ? Car les errances de phrasés dues à l’ignorance des soufflets dynamiques dans la 7e Symphonie de Bruckner mardi, ce n’est pas une nouveauté. On a vu cela dans Ma mère l’Oye et dans La valse de Ravel, ainsi que dans La mer de Debussy auparavant. Et on a revu cela dans l’exposé thématique de « Samuel Goldenberg » des Tableaux d’une exposition, jeudi.

Une contralto

Heureusement, il y a eu beaucoup de bien belles choses dans les Tableaux, notamment de la part des musiciens (saxophone, basson tenant admirablement les noires dans « Baba Yaga », contrebasson dans ce même mouvement), mais aussi du chef, impérial dans les dernières minutes de l’œuvre, à la fois sur le plan dramatique et des couleurs (impeccable alliance tam-tam et « cloches »).

On retiendra donc de la soirée les 6 ou 7 dernières minutes des Tableaux, la dame de l’OSM qui se baladait à gauche du parterre pendant Elgar en déconcentrant tout le monde à faire ses textos et à prendre des photos alors qu’on demande aux spectateurs, assis et calmes, de ranger leurs appareils électroniques et, surtout, heureusement, Rose Naggar-Tremblay dont, malgré la distraction induite, on arrivait à percevoir la profondeur de timbre, l’égalité de la voix, la maîtrise du souffle et l’émotion du chant (en dépit, aussi de l’orgue bruyant et ronflant dans Sabbath Morning at Sea)

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Nous avons repéré Rose Naggar-Tremblay depuis la saison 2017-2018. Sans chercher à engager un débat sur sa voix présentée comme « mezzo-soprano » par l’OSM, elle est une contralto. Son registre est plus grave, ou du moins très à l’aise dans le grave, sans poitriner, ni sonner creux. Il serait très facile de prétendre péremptoirement que c’est la Marie-Nicole Lemieux de la génération suivante. Mais chaque chanteuse est unique, chaque génération est unique. Le répertoire naturel de Rose Naggar-Tremblay, dans lequel on aimerait l’entendre, n’en demeure pas moins la Rhapsodie pour contralto, chœur d’hommes et orchestre de Brahms. Une idée et une occasion de programmation à saisir assez vite avant qu’on la voie partir sur les scènes internationales.

Jeunesse et créativité, de Mozart au Concours OSM

Mozart : Symphonie n° 29, K. 201. Elgar : Sea Pictures I à III. Moussorgski / Ravel : Tableaux d’une exposition. Rose Naggar-Tremblay (mezzo-soprano), Orchestre symphonique de Montréal et étudiants du programme d’immersion orchestrale (Moussorgski), Rafael Payare. Maison symphonique, jeudi 12 mai.

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