«Je resterai tout près»: rien de moins qu’un envol somptueux

L’album «Je resterai tout près», né d’un deuil tout personnel vécu par Sylvie Paquette, s’est transformé en terre d’accueil.
Photo: Le petit russe L’album «Je resterai tout près», né d’un deuil tout personnel vécu par Sylvie Paquette, s’est transformé en terre d’accueil.

On imaginait Sylvie Paquette seule avec sa guitare. Devant le fleuve, s’abandonnant à la douleur, la voix douloureuse, les accords inlassablement répétés qui bercent sans vraiment consoler. On entendait d’ici un disque triste, triste, des mélodies monocordes. Un deuil d’être tant aimé qu’elle le ferait durer, durer, pour ne jamais cesser de le porter.

« Je ne voulais surtout pas un album d’apitoiement, je voulais le contraire d’un disque d’âme en peine toute seule, toute seule, toute seule. Je voulais rendre hommage à mon amoureuse emportée par le cancer, digne d’elle, elle qui aimait tant la beauté en tout. Je voulais un concentré de beauté, un ralliement de belles personnes. »

Et c’est ce que nous recevons : un septième album court et magnifique, six chansons somptueusement arrangées, des cordes, des cuivres, des vents, une grande vague d’amour déferlant au zénith du jour. Plein soleil. Un cadeau. « Il y a toute la peine / Qui reste / J’essaie d’en faire une danse / Que je pourrais offrir / comme ça / Une jolie révérence », chante-t-elle dans Le projecteur.

« Tout naturellement, il y a eu des rencontres, la collaboration des beaux humains capables de grandeur et de sensibilité. C’est Andrea Lindsay qui m’a parlé de François Richard, qui avait travaillé avec Alexandre Désilets pour tout le côté orchestral de son grand projet : je voulais tout mettre dans ces chansons, et il a su comment rendre ça immense et léger en même temps. »

Orchestrations sans lourdeur

Les grands orchestrateurs sont des magiciens : leur délicatesse justifie tous les emportements, les mélodies esquissées deviennent, en leurs mains habiles, des fresques.

Un peu comme Daniel Bélanger avait, au temps de l’album Tam-Tam, révélé les possibilités musicales des chansons de Sylvie Paquette, François Richard agit ici comme un vecteur d’émerveillement. Ce qu’elle avait dans la tête et le cœur, il l’a non seulement entendu, mais transposé, magnifié. « Je voulais que ça soulève, que ça monte au ciel. » Comme l’écrit Anne Hébert dans son tout dernier poème, qu’avait Sylvie en réserve depuis la belle aventure de l’album Terre originelle : « Il fait sûrement beau quelque part / Parmi les galaxies confuses ». Il fait très beau dans ce poème devenu chanson exactement au moment où la compositrice en avait besoin.

Tout est à la meilleure place dans Je resterai tout près. Tout proches d’elles, à leur façon. « J’ai rencontré du monde, et j’ai retrouvé mon monde. Il y a Rick Haworth, mon guitariste de toujours ; Philippe Brault, qui a accepté de venir juste pour jouer de la basse ; Sheila Hannigan, la violoncelliste ; mon cher Daniel Bélanger qui, en une journée, a mis les mots sur ce que j’avais composé avec Beyries. J’ai cette chance qui vient avec le temps : de vraies fidélités. »

La date de péremption

L’album, né d’un deuil tout personnel, s’est transformé en terre d’accueil. « Il y a la pandémie, et là, il y a la guerre en Ukraine, on est tous devant ce choix : se terrer, rester tout seul dans son coin avec son malheur et ses peurs, ou bien vivre. Avec les autres. Dans la lumière. »

Une relecture de Ton visage, l’immortelle de Ferland, clôt l’album. « Et je le redessine, et le vent le ressouffle / Ton visage », chante-t-elle. Ce disque rappelle qu’il y a le présent dans le mot présence. Présence de celles et ceux qui sont partis, présence de celles et ceux qui sont encore là. « Je suis bénie. On a pu se marier peu avant qu’elle parte. C’était une grande fête. Tout le monde qu’on aime et qui nous aime est venu. Cet amour-là est plus que jamais vivant. Et moi aussi, jusqu’à ma date de péremption ! »

Grand éclat de rire au bout du fil. « Faut juste que j’attrape pas la COVID d’ici au lancement… » Elle pouffe encore, sur fond d’inquiétude : qui sait ? Comme quoi on peut se sentir bénie et avoir le trac. Rendez-vous le 10 mai, au Ministère.

 

Je resterai tout près

Sylvie Paquette, Audiogram

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